JOHN M. KELLY LIBDAKY

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from the Library Collection of Holy Redeemer Collège, Windsor

University of St. Michael's Collège, Toronto

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W9LY REDEEMER l^p<^ WINDSOR

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University of Ottawa

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LES

LIVRES DE SAMUEL

LES

LIVRES DE SAMUEL

A la suite du rapport favorable que deux Reviseurs de notre ordre nous ont fait d'un ouvrage manuscrit du T. R. P. Dhorme, professeur de l'Ecole biblique de Saint-Étienne de Jérusalem, ouvrage qui contient la traduction littérale des Livres de Samuel, avec commentaires, nous en permettons l'impression.

Donné à Rome, le 15 mai 1909.

Fr. Hyacinthe M'« CORMIER, M. G. 0. P.

IMPRIMATUR

Parisiis, die 30 Aug. 1909.

P. PAGES,

v. s.

TVI'OMIAI'UIE KIRMIN-DIDOT ET C"'.

ÉTUDES BIBLIQUES

LES

LIVRES DE SAMUEL

LE P. PAUL DHORME

DES FRÈRES PRECHEURS

PARIS

LIBRAIRIE VICTOR LECOFFRB J. CABALDA & Ci«

RUE BONAPARTE, 90

1910 ^

HOLY REDEEMER LIBRARY. WINDSOR

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AVANT-PROPOS

Ce commentaire qui paraît dans les Éludes Bibliques a été conçu et exécuté d'après le plan exposé par la Revue Biblique, il y a près de huit ans'. Rechercher, à l'aide des Septante et de la Vulgate, avec tous les secours de la critique textuelle, la teneur primitive du texte hébraïque, traduire et interpréter ce texte à la lumière de la philologie et de l'histoire, chercher à analyser le procédé littéraire qui a abouti à la rédaction définitive, tel est, avant tout, le but poursuivi. L'auteur est le premier à constater com- bien il est resté en deçà de l'idéal dont il cherchait à se rapprocher et il demande, par avance, au lecteur de lui être indulgent s'il ne trouve pas dans ce livre tout* ce ^ju'H en attendait. Pour ce qui est, en particulier, de la distinction des récits, nous nous sommes rangé au système qui nous a paru le plus probable, sans vouloir lui donner d'autre valeur que celle d'une hypothèse conjecturale destinée à ren- dre moins obscur le travail de la composition littéraire et sans pré- juger la question du Pentateuque. C'est sous cette réserve que nous avons utilisé les sigles qui figurent dans la traduction.

Les livres de Samuel ont toujours fait partie du canon des écrits inspirés et c'est à ce titre que l'Eglise les présente à l'édification des fidèles. L'auteur du présent commentaire ne perd pas de vue le ca- ractère sacré du livre, même lorsqu'il traite les questions d'ordre purement scientifique ou critique. Aussi déclare-t-il se soumettre de tout cœur au jugement du Siège Apostolique concernant les opinions qu'il a cru devoir adopter.

Jérusalem, ce 3 juillet 1908.

1. RB., 1900, p. 414 ss.

LISTE BIBLIOGRAPHIQUE

COMMENTAIRES CATHOLIQUES.

Pour les Pères, voir les pp. 13-14 de l'Introduction.

Cajétan, In libros Jehosuœ, Tudicuin, Ruth, Regum, Paralipomenorij

Hezne^ Nechemix et Esiher, Rome, 1531-1532. Calmet, Commentaire littéral sur tous les livres de l'Ancien et du Nou^

veau Testament. Clair, Les livres des Rois, dans la Bible de Lethielleux. Cornélius a Lapide, In Josue, Judices, Ruth, IV libros Regum et II Para-

lipomenon, Anvers, 1G42. Crampon, La Sainte Bible, édition posthume par les Pères de la Compagnie

de Jésus. FiLLioN, La Sainte Bible.

Grotius, Annotationes in Vêtus Testamentum, Paris, 1644. HouBiGANT, f^otœ criticse, I, Francfort-sur-le-Mein, 1777. De Hu.m.melauer, Commentarius in libros Samuelis, dans le Cursus des

Pères Jésuites. Peteus, Deitriige zur Text und Literarkrilik sowie zur Erklàrung der

Biicher Samuel. Schlogl, Die Bûcher Samuels, dans le commentaire de Scliâfer, Vienne. ViGOUROUx, Manuel biblique.

COMMENTAIRES NON CATHOLIQUES.

BuDDE, The books of Samuel (1894), dans la bible polychrome de P. Haupt.

Die Biicher Samuel [1902)^ dans le commentaire de Marti.' Cheyne, Critica biblica.

Driver, Notes on the hebrew text of the books of Samuel. Keil, Biblischer Comme ntar ûber das Alte Testament. Klostermann, Die Biicher Samuelis und der Konige. LôHR, réédition de Thenius (3'''^).

NowACK, dans son Handkommentar zum Alten Testament. P. H. Smith, A critical and exegetical commentary on the books of Sa- muel. Thenius, Die Bâcher Samuels, dans la collection de Hirzel. Wellhausen, Der Text der Biicher Samuelis.

SIGLES ET ABRÉVIATIONS

E. Document désigné sous le nom d'Élohiste.

J. Document désigné sous le nom de Jahviste.

P. Document désigné sous le nom de Gode Sacerdotal [Priestercodex).

R. Rédacteur.

R"^. Rédacteur deutéronomiste.

R*"'. Rédacteur utilisant un récit de E,

R''. Rédacteur utilisant un récit de J.

X. Auteur ou rédacteur inconnu.

'... ' Changement dans le texte massorétique.

[ ] Mot ou groupe de mots retranché du texte massorétique.

[...J Ajouté pour la clarté de la traduction.

(...) Glose probable.

TM. Texte massorétique.

G. Grec des Septante.

G (A). Alexandrinus.

G (B). Vaticanus.

G (La».|. Receiision de Lucien, éditée par de l^agarde .

Syr. Version syriaque Pesitto.

Vet. Lat. Vieille Latine.

Vulg. Vulgate.

Marg. cod. Go th. Leg. Marge du codex Gothicus Legionensis, édition

Vercellone. Aquila, Symmaque, Théodotion, Grec hexaplaire, cités d'après l'édition de

Field. Variantes de la Vulgate d'après l'édition de Vercellone.

OUVRAGES ET PÉRIODIQUES CITÉS EN ABRÉGÉ

AJSL. The american Journal of semitic Langiiages and Literatures,

Chicago. BA. Beitrage zur Assyriologie iind semitischen Sprachwissenschaft,

Leipzig. Choix de textes... Diioioie, Choix de textes religieux assyro-babyloniens. CIS. Corpus Inscriptionum semiticarum. CoRMLL, Einleitung... Einleitung in das Alte Testament. Delitzsch, AHW. Assyrisches Handwdrtevhuch. EBPN. Cf. Ranke.

FiELD. Origenis Hexaplorum guip supersunt. Geiger, Urschrift... Urschrift und Uebersetzungen der Bibel. Gesenius-Buhl. Hebràisches und Aramàisches Handwôrterbuch ilber das

Alte Testament, 14^ éd. Gesemus-Kautzsch. Hehrcu'sche Grammatik, 21" éd.

GGAO. Cf. IIOM.MEL.

Holmes-Parsox. Vêtus Testamentum grvecum cum variislectionibus.

HoLziNGER, Hexateuch... Einleitung in den Hexateuch.

HoMMEL, GGAO. Grundriss der Géographie und Geschichte des Alten

Orients. Jaussex, Coutumes des Arabes... Coutumes des Arabes au pays deMoab. KAT. ^ . Die Keilinschi iften und das Alte Testament de ^^I^CKLER et Zim-

MERX.

KB. Keilinschriftliche Bibliothek.

De Lagarde, Uebersicht... Uebersicht ïiber die im Aramàischen, Arabi-

schen und Hebràischen i'tbliche Bildung der Nomina. La(;ra>ge, ers. Etudes sur les religions sémitiques, 2" éd. Mlss-Arnolt, HW. Assyrisch-Englisch-Deutsches Ilandwôrterbuch. INIDPV. Milteilungen und Nachrichten des deutschen Palàstina-Vereins. MDVG. Mitteilungen der Vorderasiastischen Gesellschaft. Nestlé, Marginalien... Marginalien und Materialien. OLZ. Orientalistische Literaturzeitung. P. G. Patrologia Grœca, éd. Migne. P. L. Patrologia Latina, éd. Migne. Ranke, EBPN. Early babylonian personal names.

OUVRAGES ET PÉRIODIQUES CITES EN ABREGE.

RB. Reçue biblique internationale.

Stade, GYI. ou Geschichte... Geschichte des Volkes Israël.

R. Smith, Kinship and marriage... Kinship and marriage in early Ara-

bia. Thureau-Dangin, ISA. Inscriptions de Sumer et d'Akkad. Vercellone. Variie lecliones Vulgatœ Latinse bibliorum. Vincent, Canaan... Canaan d'après l'exploration récente. Wellhausen, Die Composition... Die Composition des Hexateuchs und

der historischen Bûcher des Alten Testaments, 2" éd. ZATW. Zeitschrift fïir die alttestamentliche Wissenschaft.

ZDMG. Zeitschrift der deutschen morgenlândischen Gesellschaft.

7DPY. Zeitschrift der deutschen Palâstina-Vereins.

- INTRODUCTION

Noms et division de l'ouvrage.

Les deux livres que les bibles hébraïques présentent sous le nom de livres de Samuel, les Septante sous le nom de premier et second livre des Royaumes, la Vulgate sous le nom de premier et second livre des Rois, n'en formaient qu'un à l'origine : le livre de Sam lel. La présence des notes massorétiques à la fin du second livre est un premier témoignage. Les Hexaples nous apprennent, d'ailleurs, que les Hébreux, suivis par Aquila, ne séparaient pas les deux livres. On lit, en effet, à la fin du premier livre, dans les Hexaples : TéXoç aùv Oew r?S<; TCpcoTv;; xwv gaaiXstwv o §£ 'Ax'jÀaç, 'Eopaîotç ï-b]j.z-)oq, âteïXsv, àXXà {ji,iav tàç ouo xsTTC^Yjy.sv '^. Ori- gène, cité par Eusèbe [Hist. eccl.^ VI, 25), nous dit : ^^aiXciûv 7:pwT7], osuTcpa, Tïap' aj-oi^ £v, 2a;j.ou-r]X 6 ^z'o-aï^t-.o^. Dans la sixième catéchèse de Cyrille de Jérusalem on a le texte suivant- : tôv ce Xoitcwv îorxopixwv [3toX''o)v, •/) -pûirq y,al -r) osuTipa -ûv ^^îT'-Xîiwv, [j/'a irap' 'Eâpar'otç èo-ii ^t'ôXo;; [;,{a Bè, v,oà -r; Tp(rrj xal i^ -siapr^. Saint Jérôme, dans le Prologus galeci' tus : Tertius sequitur Samuel quem nos Regiiorum primum et secundum dicimus^. Ce n'est qu'en 1517 que la division en deux livres pénétra dans la Bible hébraïque par l'édition de Daniel Bomberg, à Venise. Le titre de « Samuel » a été sans doute donné au livre, parce que Samuel y joue, dès l'abord, le rôle principal. C'est lui aussi qui sacre les deux rois dont l'histoire nous est racontée. Dans le Baba bathra (f. 14 b) on prétendit que ce titre venait de ce que l'auteur était Samuel lui-même. C'est une supposition toute gratuite.

L'histoire contenue dans le livre de Samuel embrasse la période qui va

1. FiELD, II, p. 543.

2. MiGNE, p. G., XXXIII, 500.

3. MiGNE, P. Z., XXVIII, 553.

LIVRES DE SAMUEL. 1

2 LES LIVRES DE SAMUEL.

de la fin des Juges aux dernières années de David. Après la judicature d'Éli et de Samuel (I Sam. i-vii) vient l'établissement de la royauté (viii-xii). A partir du chap. xiii commencent les récits relatifs au premier roi Saûl : ses guerres et ses désobéissances. Au chap. xvi entre en scène David et, jusqu'au chap. xxxi, nous aurons les péripéties de la lutte entre les deux rivaux. C'est sur la mort de Saûl que se ferme notre premier livre actuel. Le second livre est tout entier consacré à David dont l'histoire devait se terminer au chap. viii pour une première rédaction. Les guerres du roi, la révolte de son fils Absalom et celle du Benjaminite Séba' remplissent les chap. ix-xx. Une nouvelle conclusion à la fin du chap. xx, semblable à celle qui achevait le chap. viii, marque la fin de l'histoire proprement dite du roi. Les chap. xxi-xxiv comprennent les appendices qui n'avaient pu trouver place dans le corps de la narration. C'est dans I Reg. i-ii que nous aurons la fin de l'histoire de David.

II Le texte.

Le texte du livre de Samuel nous est parvenu dans un état très dé- fectueux. Selon Budde, il y aurait à peine un autre livre de l'Ancien Testament mis à part Ezéchiel et Osée dont le texte massorétique ait été aussi mal conservé que celui de Samuel ^ Par bonheur, le texte des Septante suppose à sa base une recension de beaucoup préférable à celle de TM. Un simple coup d'œil sur le commentaire placé directement au-dessous de la traduction fera comprendre quelle incomparable utilité offrent les leçons du Grec (G) pour la restitution du texte primitif-. Des diverses recensions sous lesquelles nous est parvenue cette traduction, celle du Vaticanus, que nous appelons G (B), est la plus précieuse, parce qu'elle est la moins liée au texte massorétique actuel, tandis que celle de l'Alexandrinus, G (A), et le texte de Lucien édité par Lagarde, G (Lag.), ont été certainement retouchés en maints passages pour se rapprocher du texte massorétique. Un essai de Mez sur la Bible de Josèphe avait conclu à une dépendance entre G (Lag.) et Théodotion^ Smith a réfuté cette

1. Die Biicher Samuel, p. \\i.

2. Une étude complète des rapports entre la version grecque et le texte massoré- tique a été fournie par N. Peters dans son ouvrage Beitrdge zur Text- und Literar- kridk der Biicher Samuelis. L'auteur compte trente-neuf cas le texte massorétique est lacuneux par homœoteleuton ou haplographie, tandis que le grec n'offre que quinze cas (p. 161).

3. Die Bibel des Josephas untersuc/it fiir Buc/i V-VII der Arc/idologie.

INTRODUCTION. 3

thèse, en montrant que le texte de Théodotion est certainement distinct de celui de G (Lag.) et qu'il faut classer à part le texte suivi par Josèphe. Il concède cependant que le texte suivi par Josèphe offre plus d'aiïinité avec G (Lag.) qu'avec G (B). De bonnes leçons peuvent être glanées dans Aquila et Symmaque', tandis que la version syriaque est de très peu de secours, étant donné que les passages elle diffère du texte massoré- tique sont influencés par la version grecque. Cette dernière constatation se reproduit pour le texte de l'ancienne latine {Vet. lat.), tel qu'on peut le reconstruire d'après les fragments publiés par Sabatier^ et les leçons données en marge dans le Codex Gothicus Legloneiisis'^. La Vulgate nous fait connaître parfois quelle était l'interprétation des rabbins, et nous avons pu constater que saint Jérôme s'accordait le plus souvent avec Aquila dans les endroits douteux. La version du grand docteur rend très fidèlement le sens du texte massorétique. On a depuis longtemps relevé quelques cas la traduction de l'ancienne latine s'est conservée à côté de celle de saint Jérôme. Citons seulement les exemples classiques de II Sam. i, 18, 19 et iv, 5. La version grecque offre aussi un certain nombre d'exemples nous avons deux traductions du texte masso- rétique, l'une destinée à se rapprocher davantage de ce texte. Citons I Sam. III, 21 s. ; V, 4; X, 15; xii, 4; xv, 3 etc.. On voit que, dans l'uti- lisation des versions, il faut loties quoties critiquer leur texte pour con- stater si des erreurs accidentelles ou intentionnelles ne s'y sont pas glissées '^. C'est l'œuvre du commentaire.

III

La composition.

La tradition juive, telle qu'elle est représentée par le Talmud et par Kimchi, reconnaissait trois auteurs du livre de Samuel, à savoir les pro- phètes Samuel, Gad et Nathan. Le premier aurait écrit les vingt-quatre pre- miers chapitres, tandis que le reste appartiendrait aux deux autres. Isidore de Séville modifie un peu cette opinion, lorsqu'il attribue la seconde partie de Samuel non plus à Gad et Nathan*, mais à David "\ Selon Théodoret, chacun des prophètes écrivait ce qui s'était passé durant son temps, et

1. Textes dans Field, Origenis Hexapla, t. I.

2. Biblioruin sacroruin latinss versiones antiquœ.

3. Dans Vercellone, Variée lectiones Vulgatos latinse bibliorum .

4. Dans l'oiivrage déjà cité, N. Peters s'est Hvré à ce travail sur le texte des Septante.

5. Etymologix, liv. VI, chap. ii.

LES LIVRES DE SAMUEL.

finalement d'autres auteurs se servirent de ces mémoires pour rédiger les quatre livres des Rois^. Cette hypothèse qui distingue soigneusement le rédacteur final de ceux qui fournirent la documentation était aussi celle de Diodore de Tarse-. Selon Isaac Abravanel^ au xv* siècle, ce serait Jérémie qui aurait ainsi utilisé les mémoires de Samuel, Gad et Nathan, et c'est aussi l'avis de Grotius'^. Pour Sanctius, l'éditeur serait Isaïe ou Ezéchias, tandis que Richard Simon recourt à son école de Prophètes ou d'écrivains publics. Selon le Père de Hummelauer, le prophète Nathan aurait corrigé les différentes portions, écrites respectivement par Samuel, Gad et Nathan lui-même. Schlôgl, tout en reconnaissant que ces prophètes peuvent avoir écrit les premiers documents utilisés par l'auteur final, conclut en ces termes : « Quel fut l'auteur du livre primitif et quels furent les rédacteurs postérieurs, nous ne le savons plus; c'étaient vraisemblablement des élèves des prophètes ou des prêtres du temps. » D'après Vigouroux, Fil- lion, Crampon etc., le rédacteur daterait du temps de Roboam.

Ce qui a porté les auteurs à attribuer la substance du livre de Samuel aux trois prophètes Samuel, Gad et Nathan, c'est le passage de I Chron. XXIX, 29 s., nous voyons que les actions du roi David ont été écrites dans les livres de Samuel, de Nathan et de Gad. « Mais, dit Vigouroux, rien ne prouve que ce texte s'applique à nos deux premiers livres des Rois 5. « Quant à dire que le rédacteur a eu sous les yeux les écrits de ces pro- phètes, rien dans le livre de Samuel ne nous y autorise. Le seul endroit l'auteur indique sa source est II Sam. i, 18 et il s'agit alors du « Livre du Juste », déjà cité dans Jos. x, 13^. Calmet, après avoir énuméré les raisons qui ne lui permettent pas de voir dans l'auteur de Samuel un con- temporain des événements, conclut en ces termes : « Toutes ces raisons nous obligent de reconnaître trois choses : la première, que les deux pre- miers livres des Rois ont été composés sur des mémoires originaux, authentiques et du même temps. La seconde, que l'auteur n'était pas con- temporain, que le temps auquel il a écrit est incertain et qu'il a écrit assez tard. Et la troisième, que l'écrivain, quant à sa personne, est inconnu. »

La question n'est donc pas tant de savoir quel est le rédacteur final de Samuel, que de savoir sur quels documents il s'est appuyé et comment il les a utilisés. Sans entrer ici dans le détail d'une analyse qui appartient

1. Quœst. in I Reg., Prsef.

2. MiGNE, P. G., XXXIII, 1588.

3. Richard Simon, Histoire critique..., chap. ii.

4. Cité par Calmet.

5. Manuel Biblique (10® éd.), II, p. 85.

6. Sur ce « Livre du Juste », cf. le comm. de II Sam. i, 18.

INTRODUCTION. D

au commentaire, nous ferons remarquer que nous trouvons dans le livre de Samuel des modifications accidentelles, que d'autres auteurs catho- liques expliquent différemment, mais nous croyons reconnaître des narrations juxtaposées, portant sur le même fait et le présentant avec des divergences de détails. C'est ainsi, à notre humble avis, que nous trou- verons un double récit de l'institution de la royauté i, un double récit du rejet de Saûl par Samuel-, une double explication du proverbe « Saûl est-il aussi parmi les prophètes ^P », une double présentation de David à Saùl^. L'explication la plus probable de ce phénomène était d'admettre que l'auteur final nous donnait ses différents documents, se contentant de les souder entre eux par les passages rédactionnels. La théorie d'Eichhorn^ est que l'auteur de II Sam. aussi bien que celui de I Chron. a eu comme thème une courte biographie de David que chacun aurait amplifiée à sa manière; il considère comme doublets I Sam. xxiv et xxvi, et sépare, comme plus récents que le reste, I Sam. i-iii et vu. De Wette^ n'a pas de peine à réfuter Eichhorn et Bertholdt ce dernier supposait une double recension de la courte biographie de David, suivie l'une par fauteur de II Sam., l'autre par l'auteur de I Chron. mais il ne donne pas une théorie complète sur la composition du livre. II reconnaît des traces de compila- tion. Gramberg ' suit une double narration à partir de I Sam. xi jusqu'aux premiers chapitres de II Saju. Malheureusement, comme l'ont reconnu Thenius et Smith, l'arbitraire intervient beaucoup trop dans sa dissection. Ewald, qui admet six auteurs pour les livres historiques depuis les Juges jusqu'au dernier livre des Rois, a bien perçu l'influence deutéronomienne dans des chapitres tels que I Sa?n. viii et xii. Thenius se prononce aussi pour l'hypothèse des documents; il a assez bien distingué les doubles récits dans la vie de Saûl.

Un système plus complet a été exposé, d'une façon peut-être trop con- cise, par Wellhausen^. L'auteur reconnaît que la rédaction finale est deutéronomienne et divise le livre de Samuel en trois parties principales, après avoir mis à part, comme on le fait communément, l'appendice II Sam. xxi-xxiv. La dernière partie, II Sam. ix-xx (continuée jusqu'à

1. Cf. critique littéraire des chap. viii-xi (I Sam.).

2. Cf. critique littéraire des chap. xiii-xiv. \v (I Sam.}.

3. Cf. X, 12 et XIX, 24 (I Sam.).

4. Cf. critique littéraire des chap. xvii-xviii (I Sam.).

5. Einleitung in das Alte Testament.

6. Einleitung in das Alte Testament.

7. Kritische Geschichte der Religionsideen des AUen Testaments, p. 71 ss.

8. Die Composition des HerateucJis und der liistorisclien Bilclier des Alten Tes- taments (2« éd.), p. 238 ss.

LES LIVRES DE SAMUEL.

I Reg. Il), formerait une unité littéraire, que l'auteur appelle la seconde histoire de David, mais ne serait pas complète au début. La partie du milieu qui va de I Sam. xiv, 52 à II Sam. viii, 18 pourrait aussi prétendre à l'unité, mais les ajoutes rédactionnelles ou les modifications posté- rieures y seraient assez fréquentes. La première partie, 1 Sam. i-xiv (Eli, Samuel, Saûl), constituerait une unité plutôt historique que littéraire, car elle réunit trois narrations distinctes : i-iii; iv, 1 vu, 2; ix, 1 x, 16, xi, 1-11, 15, XIII, 2 XIV, 51 . Sur ce fond se sont superposés d'abord I Sam. ii, 27-36 et peut-être II Sam. vu, 1-29 qui sont antérieurs à l'exil et ont pu subir l'influence deutéronomienne, tandis que beaucoup plus tard au- raient été composés I Sam. vu, 2-8, 22, x, 17-27, xi, 12-14, xii, 1-25. Ces péricopes auraient été introduites à une époque les Juifs n'avaient plus de roi. Il faut y ajouter enfin les indications chronologiques qui intervien- nent comme cadre de l'histoire.

La question littéraire du livre de Samuel est entrée dans une voie nouvelle avec la publication de l'ouvrage de Budde, Die Bûcher Richter und Samuel^. Une simple comparaison entre les premiers chapitres de I Sam. et la fin du livre des Juges montre assez clairement qu'il a pu y avoir continuité de rédaction entre ces deux narrations -. La théorie de Budde a consisté à retrouver dans le livre de Samuel les mêmes documents qui ont servi à la composition du livre des Juges et à y reconnaître les mêmes procédés rédactionnels. Selon lui, une double source E et J se trouve à la base de la narration finale. Un premier rédacteur a réuni les deux sources en un corps, tandis qu'une autre rédaction accusait tantôt l'influence de D, tantôt celle de P^. Ce système a été sans cesse perfec- tionné par l'auteur, tant dans son édition des Livres de Samuel dans la Bible polychrome de Haupt ^ que dans son commentaire des mêmes livres dans la collection de Marti ='. Cornill et Gautier, dans leurs introductions, se sont rangés du côté de Budde, tandis que Driver, Lôhr, Smith et Nowack font des réserves. Tous, d'ailleurs, s'accordent à reconnaître la juxtaposition de plusieurs sources et le travail du rédacteur final, en fai- sant la part plus ou moins large à R*^. KitteH a partagé le livre de Samuel en une série de morceaux biographiques réunis par un rédacteur.

1. Giessen, 1890.

2. Cf. critique littéraire de i-iv.

3. E = auteur élohiste; J = auteur jahviste; D = Deutéronome; P = Code sa- cerdotal; R ^ Rédacteur; = Rédacteur deutéronomiste.

4. The books of Samuel, 1894.

5. Die Bûcher Samuel, 1902.

6. Dans la Bible de Kautzsch.

INTRODUCTION,

Mais Budde ^ a montré combien il était impossible de partager les récits en biographies distinctes. Nous n'avons pas l'histoire de tel ou tel indi- vidu, mais d'une époque qui se rattache à celle des Juges et à celle des Rois. Or il n'est pas du tout nécessaire de supposer plus de deux sources primitives pour cette histoire et nous verrons, dans le commentaire, com- ment nous pouvons suivre ces deux sources à travers nos deux livres de Samuel. Souvent nous nous écarterons de Budde pour l'attribution de tel morceau à l'une ou à l'autre des sources, mais des ressemblances de style et de procédés littéraires entre ces sources et celles qui ont servi au livre des Juges nous ont paru indéniables. Nous leur avons gardé les noms de E et de J, sans préjuger la question de l'Hexateuque. Budde n'a pas suffi- samment insisté sur ce fait que E emploie plus fréquemment le nom de w^r^hn tandis que J recourt au nom de r\^r\\ Extrêmement instructive à cet égard nous a paru l'élude de I Sam. v-vi et II Sani. vi, dans lesquels l'alter- nance de l'arche de lahvé et de l'arche de Dieu, alternance qu'il faut préciser par une ou deux corrections d'après G, nous a permis de distin- guer chaque fois des récits parallèles et formant chacun un tout complet. Le lecteur voudra bien se reporter à l'analyse que nous avons esquissée à la suite des chapitres en question. Ce sera le meilleur moyen de contrôler la théorie. Le plus souvent, le seul argument qui nous a permis d'attri- buer le récit à E ou à J est d'ordre purement littéraire. H y a toute une série d'expressions qui sont employées de préférence par celui-ci ou celui-là; tel insistera sur un détail que l'autre négligera. C'est surtout en matière de critique littéraire que la proposition « le style c'est l'homme « peut intervenir comme critérium. Les quelques passages que nous avons cru pouvoir attribuer à R'^ ou à P ont aussi leur physionomie spéciale. L'emploi de ces sigles n'a rien qui puisse nous effaroucher, car tout le monde admet maintenant que des groupes de récits avec chacun leur genre littéraire spécial ont pu exister côte à côte jusqu'à l'époque de la captivité. « Il se peut donc, écrit le P. Brûcker^, que les trois ou quatre écrits rédigés sous la direction de Moïse, et correspondant aux quatre docu- ments des critiques^, aient longtemps existé séparément. Et il n'est pas interdit de retarder le moment de leur fusion complète et définitive jus- qu'à l'exil de Babylone ou jusqu'à l'époque d'Esdras. »

Nous reconnaissons donc un double récit dans nos deux livres de Samuel. Il appartient au commentaire de discerner avec précision ce qui revient à l'un ou à l'autre. Remarquons seulement que la part de chacun est

1. Die Bûcher Samuel, p. xv.

2. L'Eglise et la critique biblique (1908), p. 145.

3. C'est nous qui soulignons.

LES LIVRES DE SAMUEL.

très inégale. C'est ainsi que II Sam. ix-xix est presque en entier de J et que les épisodes de E y sont de très peu d'étendue. Le rédacteur a parfois utilisé les deux sources pour aboutir à un récit unique, tantôt il les a jux- taposées ou complétées Tune par l'autre. C'est naturellement au rédacteur que reviennent les résumés chronologiques ou les indications généalo- giques, qui sont destinés à marquer la fin d'une époque. C'est ainsi que

I Sam. XIV, 47 ss. était destiné à clore le règne de Saûl, tandis que

II Sam. VIII devait achever le règne de David. Une nouvelle clausule nous est donnée dans II Sam. xx, 23 ss. C'est que la suite du livre à partir du chap. XXI est constituée par des appendices, comme on l'a remarqué de- puis très longtemps. Quant à la date s'est effectué le groupement des récits, elle n'est, pas plus que pour le livre des Juges, antérieure à la pro- mulgation solennelle du Deutéronome en 621. Les récits, au contraire, remontent à une date beaucoup plus ancienne et ont être écrits peu de temps après les événements. Les détails topiques y abondent et les traits de mœurs sont saisis sur le vif. Quant à déterminer lequel des deux récits a précédé l'autre, c'est un problème dont la solution nous échappe encore. Les différences présentées par ces deux sources peuvent s'expliquer par des différences de points de vue, sans qu'on puisse en tirer de conclusion pour la détermination des dates. Cette conclusion ne pourrait se tirer que par une comparaison avec les sources des livres des Rois et c'est un travail que nous ne pouvons entreprendre pour le moment. Pour le Père de Glatigny, la rédaction des livres de Samuel aussi bien que celle des livres des Rois ne pourrait se placer avant la captivité de Babylone : « en conséquence, ils seraient de la même époque, et les deux premiers livres des Rois, comme les deux suivants, auraient été rédigés pendant la capti- vité babylonienne^ ». Le même auteur ajoute : « Ainsi le premier livre des Rois 2 fut rédigé sur des documents anciens, à l'époque de l'exil baby- lonien. Le deuxième livre des Rois^ se trouve dans le même cas^... »

IV L'histoire.

Nous avons reconnu que les documents dont se composent les livres de Samuel appartiennent, pour les deux récits principaux, à une époque voi-

1. Les commencements du canon de l'Ancien Testament (1906), p. 129.

2. C'est-à-dire le premier de Samuel.

3. C'est-à-dire le second de Samuel.

4. Op. laud., p. 130.

INTRODUCTION.

sine des faits. La couleur locale y est très vive et le ton de la narration est d une simplicité qui est un garant de véracité historique. Les auteurs n'ont pas cherché à atténuer la vérité pour faire l'apologie de leurs per- sonnages : le péché d'Éli, les fautes de Saûl, les crimes de Joab, l'adul- tère de David, l'inceste d'Amnon, la révolte d'Absalom, tout est dépeint sans parti pris de flatter celui-ci ou celui-là. Aussi les critiques sont-ils d'accord à reconnaître une très haute portée historique à ces récits et il serait oiseux de chercher à réfuter des systèmes aussi exagérés que ceux de Winckler et de Jeremias qui voient partout l'influence des mythes as- traux, ou de Jensen qui reconnaît dans les épisodes les plus naturels des succédanés de l'épopée de Gilgamès. Renan lui-même n'a pas caché com- bien ces pages dont plusieurs, selon lui, remontaient à l'époque même de David, offraient de vraisemblance historique i. Nous avons des docu- ments uniques pour la reconstitution des événements qui ont motivé et suivi l'un des faits les plus importants de l'histoire d'Israël, l'établisse- ment de la royauté. Ces faits se répartissent, d'ailleurs, sur un laps de temps assez restreint, en sorte qu'il est facile de suivre pas à pas les pé- ripéties de l'action.

Toute une partie de cette histoire s'explique par la présence des Philis- tins sur les frontières d'Israël, et par nous rejoignons la vie de Samson qui avait eu pour destinée de lutter contre les Philistins [Jud. xiii-xvi). Samuel, comme juge, doit faire face aux incursions de ces ennemis (I Sam. vu) et c'est aussi pour triompher d'eux que Jahvé, représenté par l'arche, doit descendre au camp d'Israël (I Sam. iv). C'est pour repousser les Philistins que Saûl est choisi comme roi et sacré par Samuel (I Sam. IX, 16), tout comme Samson était amené fatalement à se quereller avec eux {Jud. xiv, 4). Saûl est sans cesse tenu en haleine par ces envahisseurs, soit qu'il veuille les chasser d'Israël de concert avec son fils Jonathan (I Sam. xiii-xiv), soit qu'il les poursuive jusque chez eux à la suite de la victoire de David sur Goliath (I Sam. xvii), soit qu'il soit forcé, pour parer à leurs attaques, d'abandonner la chasse à l'homme qu'il avait organisée contre David (I Sam. xxiii, 27, 28). Lorsque David, traqué par son adver- saire, se sera caché successivement dans les forteresses du sud et ne s'y trouvera plus en sécurité, il se verra réduit à demander asile aux Philistins et à demeurer chez eux. Saûl trouvera la mort dans un combat contre les Philistins (I Sam. xxxi) et, quand David sera parvenu à la royauté, il aura à se défendre contre ces perpétuels envahisseurs (II Sam. v, 17 ss.). L'ima- gination populaire avait conservé le souvenir de ces luttes et de ces triom-

1. Histoire du peuple d'Israël (12* éd.), II, p. 66.

10 LES LIVRES DE SAMUEL.

plies. Chez ces Philistins on trouvait des gibbori/u, dont Goliath était le plus illustre représentant, et qui se rattachaient à la fameuse race des Re- faïni (II Sam. xxi, 15 ss.). On connaissait les combats singuliers dans lesquels l'un ou l'autre d'entre eux avait été battu par un fils d'Israël {ibid.). iSIais finalement une sorte de compromis s'établit entre David et ses ennemis, et il est fort probable que les Philistins figurèrent avec les Cretois leurs frères dans la milice de David, sous le nom de Peléthiens et de Keré- thiens (II Sam. viii, 18; xv, 18). On sait, d'ailleurs, que tout un corps de troupes était composé de gens de Gath, l'une des satrapies philis- tines (II Sam. xv, 18 ss.), et n'était-ce pas aussi chez un homme de Gath, Obèdédom qu'était descendue l'arche de Jahvé (II Sam. vi, 10 ss.)?

Un autre peuple dont nous retrouverons finalement aussi des représen- tants dans l'armée de David (II Sam. xxiii, 37) fut pour Israël un ennemi non moins insolent que les Philistins. Les fils d'Ammon ne négligeaient aucune occasion de se rendre odieux aux Hébreux, soit qu'ils assiégeassent la ville de Jabes en Galaad (I Sam. xi), soit qu'ils congédiassent de façon tout à fait humiliante les messagers de David (II Sam. x). Saûl les battit mais sans les subjuguer. Il fallut toute l'habileté de Joab et l'intervention personnelle de David pour réduire ces peuplades de la Transjordane qui comptaient sur leur éloignement pour échapper aux représailles. La prise de Rabbath-Ammon leur capitale décida de leur sort (II Sam. xii, 26 ss.). Leurs auxiliaires, accourus d'Aram, n'hésitèrent pas à traiter avec David et nous verrons figurer un Araméen dans la fameuse milice des Trente (II Sam. XXIII, 34).

Au sud de Juda campaient les Amalécites, ces ennemis héréditaires d'Israël d'après Ex. xvii, 16. Ceux-là étaient spécialement les adver- saires de lahvé (I Sam. xxx, 26) et les Israélites avaient plus d'un grief contre eux (I Sam. xv). Bien que décimés par Saûl (I Sam. xv), ils n'en continuaient pas moins leurs razzias dans le Négeb et poussèrent même jusqu'à Siqlag, la résidence de David chez les Philistins (I Sam. xxx). On voit que l'installation en Canaan, considérée comme un fait accompli, ne laissait pas que d'être encore précaire. Cette situation fut un bien pour Israël, car la nécessité de faire face à ces ennemis, et spécialement aux Philistins, créa parmi le peuple une cohésion plus grande et fut le prin- cipe de l'unité territoriale. Sans cesse sur les dents, les troupes éprou- vèrent le besoin d'un chef permanent qui ne fût plus un héros de quel- ques jours comme avaient été les Juges. Si Jahvé voulait se choisir un roi qui libérât son peuple du joug des Philistins (I Sam. ix, 16), le peuple aussi réclamait un chef qui fût de force à le mener aux combats (I Sam. VIII, 20). Tout convergeait donc vers l'établissement de la royauté

INTRODUCTION, 11

et Samuel n'avait plus qu'à abdiquer au profit du nouveau roi. La théo- cratie disparaissait et, avec elle, la prépondérance du sacerdoce telle qu'elle s'était établie au temps d'Éli et de Samuel. Sans doute on con- sultait encore le prêtre qui portait l'éphod avec les urim et les tummim, mais le sacrifice devenait le fait du roi (I Sam. xiii; xiv, 32 ss.; II Sam. Yi, 17 ss.). Cela avait suffi à rendre la royauté moins désirable qu'aux premiers jours. « est donc ton roi, s'écriait Osée, afin qu'il assure ton salut dans toutes tes villes; et tes juges, dont tu disais : Donne-moi un roi et des princes ? Je te donne un roi dans ma colère et [le] re- prends dans ma fureur! » [Os. xiii, 10 s. Van Hooiiacker). Ce conflit entre les exigences du moment et l'idéal théocratique se prolongera du- rant toute l'histoire d'Israël. Les invectives des prophètes contre la po- litique tout humaine des rois ont eu leur écho dans la description de la royauté que nous donne I Sam. viii.

Un autre effet de cette présence des ennemis sur les frontières d'Israël fut de grouper en un les forces dispersées des tribus. Quand Saûl se vit élu roi, il n'hésita pas à convoquer à la guerre toutes les tribus. Il prit une paire de bœufs, les coupa en morceaux qu'il envoya par des mes- sagers dans tout le territoire d'Israël, en disant : « Quiconque ne sortira pas à la suite de Saûl, ainsi en sera-t-il fait avec ses bœufs! » (I Sam. XI, 7). Cette unité, créée et maintenue par Saûl, menaça de se briser, le jour la compétition de David s'afficha résolument. Cependant ce dernier ne fut chef que d'une partie de la nattion durant la vie de son adversaire. A la mort de Saûl, la scission éclata, car si David avait pu s'imposer à ses frères de Juda, Israël tenait pour le fils de Saûl. Il fallut toute l'habileté d'Abner pour rétablir l'unité compromise (II Sam. m), il fallut surtout la mort d'Isbaal qui vint très à propos enlever à David le seul concurrent possible (II Sam. iv). Entretenir et consolider cette union fut l'une des tâches les plus ingrates du règne de David. Sans doute, la prise de Jérusalem et le transport de l'arche en cette ville créèrent pour les tribus un centre religieux commun (II Sam. vi), mais ce fut alors au sein même de la famille royale qu'éclata la division. La révolte d'Ab- salom à laquelle David ne put opposer aucune résistance montre bien que la cohésion des éléments disparates qui composaient le peuple de lahvé était assez factice. Si Juda restait attaché à David qui était « son os et sa chair », les autres clans n'hésitaient pas à prendre le parti d'un rival, qu'il fût le propre fils du roi comme Absalom ou un Benjaminite audacieux comme Séba' (II Sam. xx). Pour apaiser ces dis- sensions intestines, pour réprimer les rebelles, la main de David n'avait plus la fermeté suffisante. Soit que le roi eût épuisé ses forces dans sa

12 LES LIVRES DE SAMUEL.

lutte pour arriver au trône, soit que les soldats redoutassent pour lui les hasards des combats (II Sam. xxi, 17), ce ne fut pas généralement David qui marcha à la tète des troupes, mais ses neveux Joab ou Abiâaï, ou bien des étrangers comme le Hittite Urie et ceux qu'énumère II Sam. XXIII. La royauté n'est déjà plus une simple institution mili- taire : le roi se distingue du général, comme il se distinguera du prêtre, et la monarchie réglera la composition des armées et du sacerdoce au lieu de cumuler elle-même les charges militaires et religieuses (II Sam. VIII, 16 ss.; XX, 23 ss.). En même temps on installa un archiviste chargé de transmettre à la postérité les hauts faits du règne, exactement comme en Egypte ou en Babylonie les scribes relataient les expéditions du roi ou ses constructions de temples [ibid.).

Ainsi avons-nous pu assister à Téclosion de la monarchie en Israël. Désormais le peuple de lahvé aura comme les autres peuples une poli- tique à suivre et des intérêts spéciaux à ménager. Son histoire com- portera toutes les vicissitudes de l'histoire humaine mais avec cette dif- férence profonde qu'un pacte reliera les rois à lahvé et que les prophètes inspirés se tiendront près d'eux pour leur rappeler ce pacte et tonner les anathèmes contre les transgresseurs. lahvé lui-même aura toujours la haute main sur les destinées d'Israël qui doivent aboutir au règne du Messie.

Si maintenant nous nous demandons à quelle époque se placent les événements racontés dans notre livre de Samuel, il faudra répondre avec Budde que le point le plus sûr est que l'an 1000 avant notre ère tombe durant le règne de David. Parmi les époques adoptées pour celle de la division des royaumes d'Israël et de Juda, la plus probable est celle de Rost qui place cette division vers l'an 932 [Marti 930, Rtlhl 931, Mahler 945). Il faut remarquer que la Bible nous donne des chiffres ronds, deux fois le nombre 40, pour les règnes de David et de Salomon (II Sam. v, 4; I Beg. XI, 42). C'est donc très approximativement qu'il faut admettre le chiffre de 972 pour la date de la mort de David et celui de 1012 pour la date de la mort de Saûl. Nous ne savons pas même approximativement la durée du règne de Saùl, de sorte qu'il nous est impossible de fixer la date de l'établissement de la royauté. Comme David resta plus d'un an chez les Philistins (I Sam. xxvii, 7) et que ce temps précéda immédia- tement la mort de Saûl, on peut placer vers 1014 ou 1015 cet épisode de la vie de David. David pouvait alors avoir une trentaine d'années, car il a déjà épousé trois femmes et il est à peu près du même âge que Jonathan qui est déjà un général exercé. D'autre part, David n'avait pas vingt ans lorsqu'il fut présenté à Saûl; il était le plus jeune des fils d'isaï

INTRODUCTION. 13

et ne pouvait même pas suivre ses frères à la milice. Il y aurait donc une dizaine d'années entre la rencontre de Saùl et de David et le séjour de David chez les Philistins, ce qui place cette rencontre vers 1025. A cette date Saûl est déjà père de Jonathan qui a aussi une vingtaine d'années, tandis que Saûl est un jeune homme lors de son avènement. Avec un écart plus ou moins considérable on pourrait peut-être assigner ainsi l'an 1045 pour la constitution de la royauté.

La tradition exégétique.

Parmi les Pères Grecs, Origène a écrit quelques annotations sur les deux livres de Samuel^. On a aussi de lui une homélie sur la pythonisse d'Endor (I Sam. xxviii, 3-25)2. Saint Jean Ghrysostome a traité de Saûl et de David dans trois homélies et de la mère de Samuel dans cinq ho- mélies 3. De Procope de Gaza nous avons un commentaire assez étendu sur les deux livres de Samuel*. L'auteur y examine les versets dont l'in- terprétation peut offrir une difficulté ou soulever quelque problème. Il y cite souvent les leçons d'Aquila, de Symmaque ou de Théodotion. Les questions de Théodoret sur les livres des Rois et des Parahpomènes sont pleines d'observations intéressantes ^. Le texte lui-même fournit des leçons utiles pour l'histoire de la version grecque. On a reconnu que ce sont souvent les interprétations de Théodoret qui ont passé dans le texte de Procope de Gaza^.

Les Pères Latins se sont attachés spécialement à tirer les leçons mo- rales du texte de Samuel. Saint Ambroise a écrit une Apologia prophetœ David dans laquelle il cherche à atténuer le mauvais effet que peut pro- duire la triste conduite de David dans l'histoire d'Urie et de sa femme ^. Eucher de Lyon traite des livres de Samuel dans la première partie de ses Instructiones ad Saloniiim s. Le commentaire attribué à Saint Grégoire le Grand sur le premier livre de Samuel n'est pas authentique 'K

Il est probable que Saint Éphrem avait écrit un commentaire complet

1. MiGNE, p. G., XVII, 59 ss. Édition Klostermann, t. III, p. 295 ss.

2. MiGNE, P. G., XII, 1011 ss. Édition Klostermann, t. III, p. 283 ss.

3. MiGNE, P. G., LIV, 631 ss.

4. MiGNE, P. G., hXXXVlI, pars prima, 1079 ss.

5. MiGNE, P. G., LXXX, 527 ss.

6. EiSENHOFER, Procopïiis von Gaza (1897).

7. MiGNE, P. L., XIV, 851 ss.

8. MiGNE, P. L., L, 785 ss.

9. Bardenhewer, Patrologie, p. 608.

14 LES LIVRES DE SAMUEL.

de Samuel. Il n'en reste que des fragments retrouvés dans la Cliaine de Sévère d'Édesse '.

Citons ensuite Saint Isidore de Séville dans ses De Veteri et Novo Te- stamento quœstiones ^, le vénérable Bède dans son In Samuelem pro- phetam allegorica expositio^ et ses In libros Regiun qugestiones XY.Y^, l'auteur des Quœstiones Hebraïcœ in libros Regiun et Paralipomenon attribuées à saint Jérôme ^, Raban Maur dans ses Commentaria in li- bros IV Regum '^, Hugues de Saint-Victor dans ses Adnotationes eluci- datoriœ in libros Regum ^

A la Renaissance il faut signaler les commentaires de Nicolas de Lyre, Tostat et Cajetan; au xvii* siècle ceux de Sanctius, Menochius, Malvenda et Cornélius a Lapide chez les catholiques, de Schmid chez les protestants. Au xviii'' siècle le commentaire de Le Clerc (Clericus) , les Annotationes de Grotius, et surtout le Commentaire littéral de Dom Calmet dans le- quel on trouve encore beaucoup à glaner.

Le commentaire de Thenius, dont la première édition date de 1842 et la seconde de 1864, est surtout consacré à la critique textuelle^. L'auteur y fait un large usage de la comparaison avec les Septante pour corriger le texte massorétique. Dans une troisième édition complètement refondue par Lôhr, le point de vue est modifié par le nouvel éditeur qui s'attache beaucoup trop à la massore^. Le commentaire de Keil (première éd. en 1864, deuxième en 1875) est, comme le reconnaît Hummelauer, textus hebrœi plus sequo tenax. Les notes concises de Wellhausen dans Der Text der Rucher Samuelis'^^ offrent une foule de suggestions heureuses et de restitutions désormais acquises. Très nourri et très solide, quoique négligeant la critique littéraire, le commentaire de Hummelauer dans le Cursus Scripturœ Sacrœ des Pères Jésuites. Paru en 1886, cet ouvrage n'a pu utiliser le gros commentaire de Klostermann, Die Rïicher Saniue- lis und der Kônige, édité en 1887 dans la collection de Strack. Au milieu de conjectures très ingénieuses, le travail de Klostermann renferme énor- mément de changements purement gratuits et de bouleversements inu-

1. Bardexhewer, Patrologie, p. 362.

2. MiGNE, P. Z., LXXXIII, 391 ss.

3. MiGNE, P. L., XCI, 499 ss.

4. Ibid., 715 ss.

5. MiGNE, P. L., XXIII, 1329 ss.

6. MiGNE, p. L., CIX, 9 ss.

7. MiGNE, P. L., CLXXV, 95 ss.

8. Dans Rurzgefasstes exegelisches Handbuch ziim Alten Testament édité chez Hirzel (Leipzig).

9. Une réfutation des principes de Lôhr dans Smith, Samuel, p. 395 ss.

10. Gôttingen, 1871.

INTRODUCTION. 15

tiles. On ne saurait trop regretter qu'il ait été mis si largement à contri- bution par le P. Sclilôgl dans Die Bâcher Samuels (1904), collection de Schâfer. Budde a consacré plusieurs ouvrages à l'étude de Samuel et s'est occupé spécialement de la question littéraire : Die Bûcher Richter luicl Samuel, ihre Quellen und ihr Aufbau (1890), Tlie books of Samuel (1894) dans la Bible polychrome de Haupt, Die Bûcher Samuel dans le commentaire de Marti (1902). Pour l'intelligence du texte hébraïque les Notes on the hehrew text of the books of Samuel de Driver sont ex- cellentes (1890). H. P. Smith a commenté les livres de Samuel dans The international critical commenlary (1899), et Nowack dans sa propre collection (1902). D'excellentes études de détail se rencontrent dans les Beitrage zur Texi und Literarkrilik sowie zur Erklàrung der Biicher Samuel de N. Peters (1899). Le travail de Cheyne dans ses Critica bi- blica est contaminé par son leraliméel. Nous n'avons pu utiliser qu'au dernier moment les Critical notes on Old Testament Jiislory, The tradi- tions of Saul and David de St. A. Gook (1907). Comme vues d'ensemble on peut citer encore les articles sur Samuel de Stenning dans A Diclio- nary of the Bible de Hastings, de Stade dans l'encyclopédie de Cheyne, de Von Orelli dans la Realencyklopàdie. Le Dictionnaire biblique de Vigoureux n'est pas encore arrivé à Samuel.

I SAMUEL

TRADUCTION ET COMMENTAIRE

Chapitres I-III Samuel et Ëli.

I [E] 1 II y avait 'parmi les gens de Râmâ' un homme 'du clan de Souph', de la montagne d'Éphraïm. II s'appelait Elqânâ, fils de leroham, fils d'ÉIi-

1. D^nain; TM : D^nain. isis (cf. G); TM : DISIÏ.

I, 1. Généalogie d'Elqânâ (cf. I Chr. vi, 11-13, 19-21). Au sujet du début, Calmet remarque avec justesse : « La plupart des livres historiques de l'Ecriture sont ainsi liés les uns aux autres, sans titre et sans transition; les auteurs sacrés, instruits par le Saint-Esprit, ont voulu nous donner dans ces divins ouvrages une suite d'é- vénements proportionnés aux desseins de Dieu, sans se mettre en peine ni de nous apprendre leurs noms, ni le temps auquel ils ont vécu, ni de contenter notre curiosité sur d'autres choses qui nous paraissent importantes, mais qui sont étrangères à leur dessein et à leur but. » Le mot irtN n'est pas rendu dans G (B, Lac); il n'est pas superflu, d'après Jud. ix, 53; xiii, 2. Les deux mots Cinain et DiSIÏ ne peuvent être accolés. On a, dans G, Ssttpa (B), Si^a (Lag.), qui montre bien que le D de D'îSIï est à une dittographie de la première lettre du mot suivant. Comme, d'autre part, G rend =]iy par Senp, St:pa, dans ix, 5, on peut conjecturer que son texte était ici isiï [Wellliausen), nom gentilice d'après ix, 5, ou patronymique d'après la fin du verset. Quant au duel DTiain, on ne le trouve nulle part ailleurs, car le nom de la patrie de Samuel sera toujours nain. Dans G il y a alternance de ApfjiaOaifjL et Pajxa, suivant que le nom a ou n'a pas l'article. Wellhausen attribue la ponctuation DTiain et la lecture Ap[j.a8ai[ji à l'influence de la tradition postérieure qui connaissait Paji.a6E[jL {IMacc. XI, 34) etApi[Aa6aia {Matth. xxvii, 57; Me. xv, 42). On n'aura donc pas de diffi- culté à lire, avec Klostermann, Dinmn~]a « d'entre les gens de Râmâ ». Mais la ponctuation de TM et la lecture de G sont l'indice qu'on identifiait la Râmâ de Samuel avec Paj^aOefi et ApifiaOata, Dans I Macc. xi, 34, Pa[Aa6e[j. est située du côté de Auoôa (Lydda, El-Ludd). Dans l'Onomasticon, Ap[i.a6£[x est aussi localisée près de Diospolis (= Lydda) et est identifiée avec Api[j.a9ia qui, sous la forme Api[jLa6aia, est donnée comme ayant été remplacée par P£|x-f tç. Ce Remphis a été ensuite déformé en Remftis, finalement Rends, au nord-est de Lydda. Cette identification de la Râmâ de Samuel avec Rends a été proposée par Lagrange [L'Université catholique, 1891, p. 168 ss). On connaissait une autre Râmâ, dans la tribu de Benjamin. C'est aujourd'hui Er-Râm sur la route de Jérusalem à Béthel. Pour « la montagne d'Ephraïm », cf. Jud. xvn, 1, nous avons un début similaire. Nous la retrouverons dans ix, 4.

Le nom du père de Samuel est T\2'p^ii, « Dieu a possédé », qu'on peut comparer

I SAMUEL, 1 2-3. 17

hou, fils de Tohou, fils de Souph; c'était un Ephraïmite. ^ Il avait deux femmes dont l'une s'appelait Anne et la seconde Peninnâ. Or Peninnâ avait des enfants, mais Anne n'en avait pas.

3 Cet homme montait, chaque année, de sa ville, pour aller faire ses adorations et sacrifier à lahvé des armées, à Silo. (Là se trouvaient les

avec le nom assyrien Rasi-ilu « Dieu possède », signalé dans Muss-Arnolt, Assyrisch- EngUsch-DeutscJies Handwôrierbuch , p. 986. Au Heu de Dm'', G (B; hpEjjiEriX et G (Lag.) l6p£[i.t75X supposent Sxcmv II est facile de voir que Dill^ est un hypocoristique ponctué pu' al par les massorètes pour lui donner un sens. Or, au temps de Samsu-iluna, suc- cesseur de Hammourabi, on trouve un certain larhanm qui est évidemment un hypo- coristique ouest-sémitique (cf. l'arabe iarhamu imparfait de rahima « être miséricor- dieux ))) : Ranke, EBPN, p. 114. Notre nom était donc probablement larham sous sa forme primitive. Quant à nîI.T'Sx, il est remplacé par IniSn' dans I Clir. vi, 12 et Sn'iSx dans I Chr. vi, 19. Le nom de îinn, qui échappe à l'analyse, pourrait être comparé avec le premier élément de Tahûm-lîdis connu à l'époque hammoura- bienne (Pick, Orientalistisclie Litteratur-Zeitung, 1906, col. 104).

A la fin, Schlôgl supprime ^m^^< sans raison, tandis que Wellhausen, Kloster- mann et Budde lisent D'ilSN d'après G (B) èv NaaeiS EœpaifA. Mais il faut remarquer que cette leçon de G suppose une mauvaise coupure =i''jrj2 et que, dans G (Lag.), on a èÇ ôpou? Etppatji. qui n'est qu'une interprétation du gentilice "irnSN*. Dans I Chr. vi, 18-23 on rattache Samuel à la tribu de Lévi qui, d'après Num. m, 5 ss., pouvait seule exer- cer le sacerdoce.

2. L'adjectif numéral est placé avant le substantif D'iUJJ comme dans xvn,12; xxv, 2;Jud. m, 16 etc.. [Driver). Au lieu de nnx, une variante d'après Ginsburg a nriNH qui serait plus correct : cf. G. tt] [ita. Le nom de njn appartient à la racine pn « avoir pitié «. Selon Wellhausen, cité par Lôhr, il faut comparer avec l'arabe ï;.aw du Kitâb el-Agliâni, X, xliv, 17, qui est un ancien nom pour signifier «compagne ». Quant à la forme njJD, pour njiJS, c'est probablement un féminin de "[l^S conservé dans le pluriel Di;3'iJ3 « grains de corail ». On peut rapprocher les noms de femmes babyloniennes Elmêsum «pierre précieuse » et //^f<ZaZi«/« féminin de Huldlu «pierre précieuse » (Ranke, EBPN, p. 186 et 187).

La mère du héros est stérile, comme la mère d'Isaac et celle de Samson, comme le sera la mère de Jean-Baptiste. Au sujet des deux femmes d'Elqânâ : « selon l'usage commun des Israélites qui ne se sont jamais fait de scrupule sur cela, fon- dés sur les exemples des patriarches et sur la tolérance de la loi » [Calmet).

3. Le verbe nSy est fréquentatif. La locution nniai Dia'ia « d'année en année » comme dans Jud. xi, 40 et xxi, 19 (E). Elqânâ monte à Silo une fois l'an, probable- ment au temps du grand pèlerinage annuel [Jud. xxi, 19 : E). Dans G « de sa ville » est glosé i'i Ap[JLaOai[x.

Pour Budde, le nom de « lahvé des armées » distinguerait le lahvé de Silo de celui des autres sanctuaires. De le pèlerinage annuel. Mais la présence de l'arche à Silo explique suffisamment le culte spécial du sanctuaire; car le nom de « lahvé des armées » impliquait un rapport plus direct entre l'arche et lahvé (cf. iv, 4; II Sam. VI, 2). De la connexion étroite qui existe entre le nom de « lahvé des armées » et l'arche, ainsi qu'entre l'arche et l'armée Israélite, Kautzsch en conclut que « lahvé des armées » représente le seigneur des armées terrestres, spécialement le seigneur de l'armée d'Israël (cf. xvii, 45 et Ex. vu, 4; xii, 41) : ZATW, 1886, p. 17 ss. et 260. Mais

LIVRES DE SAMUEL. 2

18 I SAMUEL, 1 4-5.

deux fils d'Éli, Hophnî et Pînehas, prêtres de lahvé.) '^ Un jour qu'El- qânâ sacrifiait or il avait coutume de donner des portions à sa femme Peninnâ et à tous ses fils et toutes ses filles, ^tandis qu'à Anne il don- nait 'une seule' part; 'et pourtant' il aimait Anne, mais lahvé avait

5. p-S'; TM : nnx. CEX (G); TM : n^2X.

Van Hoonacker remarque fort justement (Zes douze petits prophètes, p. 231) que cette appellation se retrouve dans un certain nombre de cas il n'y a aucune connexion entre lahvé et les troupes d'Israël. D'autre part, il existe une armée des cieux repré- sentée par les astres [Is. xxxiv, 4; Jer. xxxni, 22 etc.). Ce sont, en effet, les étoiles qui combattent contre Sisara dans le cantique de Débora [Jiid. v, 20). Peut-être alors pourrait-on comparer avec l'armée du dieu des cieux, Anou, chez les Babyloniens, laquelle armée se composait sans doute des étoiles [Clioix de textes..., p. 191, m, 4). Il faudrait donc interpréter le nom de « lahvé des armées » comme exprimant tantôt le seigneur des armées célestes, tantôt le seigneur des armées terrestres, mais il est difficile de savoir lequel des deux concepts est le primitif. Dans Aquila et Symmaque m.X^Ï est bien rendu par aipaiftov, ainsi que dans Vidg. par exercituum. G (B) a xw vjpûo Gcw 2a6awO qui intercale inSx entre T]''\r\^ et nlN2ï, tandis que G (Lag.) a blo- qué une double traduction iCj xupfw Sa6aw6 ôew TzavTozpâtopi.

Le nom de nbu7 (ailleurs "^ixj et iSkl?) est transcrit IlriXtDv ou SrjXwjj. par G. Ces leçons de G, rapprochées du gentilice l^Si**!?, supposent pour forme primitive p"Si*i27 qui se retrouve dans Sêliln, le nom de la ville chez les Arabes (cf. Lagrange, in Jud. XXI, 19 ss.).

Lôhr a reconnu avec raison que la suite du verset est une parenthèse destinée à rattacher l'épisode de la naissance de Samuel à l'histoire des fds d'Éli (ii, 12 ss.). On verra, en effet, qu'Éli ne figurera qu'à partir du verset 9 et qu'il jouera le seul rôle dans le récit qui suit. Il serait étrange devoir figurer les enfants avant le père. Aussi G a-t-il tourne la difficulté en interprétant : « et se trouvait Eli, avec ses deux fils, etc.. ». D'après ce texte, Thenius et Klostermann voudraient intercaler ^i iSy devant "iju?. Mais si l'on s'explique bien la modification introduite par G, on ne com- prend pas du tout comment TM aurait perdu l'élément essentiel de la narration.

Depuis longtemps Lauth a reconnu que le nom de DnJ'iS correspondait à l'égyptien Peï-nhsï « le noir ». Ce nom d'abord porté par le petit-fils d'Aaron [Num. xxv, 7) a pu persévérer dans l'onomastique des temps postérieurs. Mais il est très curieux de constater que le second nom iJEn s'explique aussi par l'égyptien Hfnr « le têtard » employé comme nom propre [Spiegelberg, dans ZDMG, 1899, p. 634).

4. La tournure D1\l \"1''" pour signifier « un jour que... » comme dans xiv, 1; II Reg. IV, 8; Job\, 6 etc.. D'après les différents passages figure cette expression, le texte doit se poursuivre par 1 et l'imparfait. On ne peut donc considérer "jn^T comme représentant la phrase principale. En réalité, comme l'a bien reconnu Wellhausen, c'est nsim du V. 7 qui forme la suite. Le reste est une parenthèse destinée à prépa- rer l'épisode qui suit. G(B) omet nTil^ai probablement parce que dans le v. 8 on ne parle que de fils. Il est intéressant de constater que les femmes ont part au sacrifice, comme dans Dcut. xii, 12; xiv, 22-29, etc.. Les parts du sacrifice s'appellent nij;2 comme dans ix, 23; E.v. xxix, 26; Lev. vu, 33; vni, 29.

5. La présence dans le texte du mot Ciax crée de graves difficultés. Keil et Gese- nius rattachent à nn»X Hja et traduisent par « une double part ». Driver n'a pas de

I SAMUEL, 1 ()-8. 19

fermé son sein. ^' Aussi sa rivale excitait-elle son irritation, à cause de 'son sein', (parce que lahvé avait fermé son sein). '^ Ainsi agissait-il, chaque année, lorsqu"il montait' au temple de lahvé f ] elle se mit à pleurer et ne mangea pas. ^Elqânâ, son mari, lui dit : « Anne ! » 'Elle

6. nnni; TM .- ni^yin.

1. r\thv; TM : nnSy. Om. njDî/Dri p.

peine à montrer à combien de subtilités grammaticales doit recourir cette interpré- tation. Dans le targum on a "l'iris « une part de choix », mais ce n'est pas une inter- prétation. D'après une leçon [x(av ôtTiXîiv, mentionnée dans Field, Klostermann pro- pose « un morceau aussi gros que pour deux », ce qui revient à la traduction de Keil et de Gesenius. Budde suggère D'iSK TO « avec le visage peiné », mais on aurait eu plutôt urSJ m (cf. V. 10) ou DtJD Î71 [Gen. xl, 7). D'après Vulg. tristis, Schlôgl propose DflX qui est un hapax douteux dans Is. xi\, 10. La solution de Thenius, admise par Wellhausen, consiste à lire "iS DSî^ d'après G j:Xr)v Srt. Il faut alors couper le ver- set après mx et lire mN. Pour "ts DDK, cf. Num. xni, 28; Deut. xv, 4; Jud. iv, 9. D'a- près G jtEpI TTjv [xrÎTpav aÙT% et d'après le v. 6 (cf. Gen. xx, 18), restituer i.'^i devant nDm. lahvé a fermé le sein d'Anne, de même qu'il était cause de la stérilité de Sara (cf. Gen. XVI, 2; xx, 18). « On relève dans plus d'un endroit de l'Écriture comme un effet de la toute-puissance du Seigneur de donner des enfants à une femme stérile, et souvent on reprochait la stérilité comme un effet de la colère de Dieu » [Calmet).

6. Le mot désigne la femme rivale. C'est l'équivalent de l'assyrien sirritu. La locution nayin Tliyi « au point de la faire tonner » est étrange. D'après G (B) ôtà TouTo, Klostermann propose un primitif ri" y\2V2 auquel se serait ajouté nam comme une explication. Smith, d'après G (Lag.) 8tà xb l^ouOiVEfv aÙTr)v, remplace naynn par nnsin « à cause de son opprobre » (cf. Is. iv, 1; liv, 4). Il nous semble plus sûr de considérer nD^in comme provenant de nam, lequel est expliqué par la proposition qui suit. Le caractère de glose de la proposition finale est indiqué par le fait qu'elle reprend simplement la fin du v. 5. Pour le mépris des rivales à l'égard de la femme stérile, cf. Gen. xvi, 4 ss.

7. Nouvelle parenthèse. La phrase du début crée une difficulté à cause de rrc^yi masculin et du suffixe féminin de nnSy. Thenius, Wellhausen et Nowack ponctuent r\'i2^)l> « ainsi était-il fait etc.. » Driver remarque que cette locution impersonnelle se justifie difficilement en hébreu et propose n\yyn d'après Si/r, Mais on comprend fort bien qu'on ait remplacé rWDV par niuyn tandis que le contraire ne se conçoit pas. La meilleure solution est celle de Budde qui ponctue nriSy. Vulg: a lu DniSy. La locution nJU73 HJxy comme dans I Beg. x, 25. Dans n''32 le premier 2. est probablement à une dittographie. Le temple est « la maison » de lahvé. En assyrien, le temple s'appelle bitu « maison » de tel ou tel dieu. Au lieu de njDÎTDn p, Klostermann, suivi par Smith et Schlôgl, lit nan D573m qui proviendrait de r^^n Dom « et Anne se cacha ». Mais il est facile de voir que nJDïDn p est une glose desti- née à expliquer la phrase précédente qui faisait rapporter nnSi? à Peninnà.

8. Le début est plus complet dans G qui, après n^n, a, en plus : za\ sTnîv aùiôj- 'lôou âyw y.ùpie. Ce texte est soutenu par m, 4, 8, 16. Il faut restituer dans TM : iS "lONm nS IDNî'iil 'iJÏX ''J3n. Il y a eu erreur d'homœoteleuton à cause de la répétition de nS inxil. La lecture naS pour noS ne se retrouve pas ailleurs. La locution ~22h yii

20 I SAMUEL, 1 9-11.

lui dit : <c Me voici, mon maître! » Il lui dit' : « Pourquoi pleures-tu et pour- quoi ne manges-tu pas? Pourquoi ton cœur est-il triste? Est-ce que je ne suis pas pour toi meilleur que dix fils ? » ^ Anne se leva, après 'qu'on eut mangé les aliments cuits', 'et elle se rendit en présence de lahvé'. Or le prêtre Éli était assis sur le trône, contre le montant de la porte du temple de lahvé. '^Et celle-là, ayanj; l'âme pleine d'amertume, se mit à prier lahvé et versa des larmes. '^Puis elle voua un vœu et dit :

8. Ajouter : nS IDNil IJIK iJ^n iS "lONnl (G).

9. nSurnn Six; TM .- nS^i nb^K. mni ^JsS 3S';iirii (G); TM : nn^ nnxi.

comme on a V) iS dans Pro^'. xxv, 20. On a, d'ailleurs, 7]3,aS yi*! dans Deut. xv, 10 et a''iS Xn dans Gen. xl, 7, pour exprimer la tristesse. Il est donc inutile de remplacer y"ll par '13'' (cf. II Sam. xxiv, 10) d'après G Tu;:T£t qb comme fait Smith. Pour l'ex- pression finale cf. Di3:i nVlUTD r(2 niilD dans Ruth iv, 15.

9. Au lieu de nS^K qui contredit ce qui précède, G a lu qSdn*. Wellhausen remarque très justement que nSuJl n'est pas en situation puisqu'il faudrait supposer qu'on quitte ensuite Silo. Il propose, sans changer une consonne, de lire nSuJ3n Six « après avoir mangé les aliments cuits ». Alors Anne quittera la table et pourra revenir (v. 18) avant la fin du repas. Budde n'admet pas cette interprétation et se range à l'hypothèse de Klostermann qui lit, après Dpm : n3ï;bn nSjX .yinK nJFlT « et elle laissa sa nourriture, derrière elle, dans la chambre ». Mais il semble bien que, dans ce cas, hSdk devrait précéder HlinK. La correction de Wellhausen a, en outre, le grand avantage de ne pas s'écarter du texte. Quant à nniL* ''"inNl qui, selon Driver, serait le seul exemple d'un infinitif absolu après une préposition, il ne se trouve pas dans G (B) et a pu être ajouté d'après les locutions similaires. Mais G a alors xa\ xaiÉair) htbniov Kupfou qui suppose n'in'^ *iJdS lïTim parfaitement en harmonie avec ce qui suit. C'est ici qu'on nous présente le prêtre Éli assis sur le trône à la porte du temple. Il faut rattacher le mot .TîlTn à l'assyrien manzazu « montant de porte » (de nazâzii « être debout »). L'emploi du mot bs'in « temple » indique bien qu'il y avait à Silo un sanctuaire permanent (cf. m, 15 et Jer. vu, 12 ss.). La présence de l'arche de lahvé en faisait le centre du culte en Israël et le pèlerinage annuel en rehaussait l'éclat (cf. 3 et Jud. xxi, 19 ss.). Un sanctuaire rival était celui de Dan, d'après Jud. xviii, 3t.

10. Pour ïirpj ma cf. II Ileg. IV, 27; Job m, 20 etc.. Nous avons "Sy pour "Sx. Fréquemment dans les livres de Samuel nous trouvons la permutation de Sy et de Sn (cf. 13; II, 11 etc.), de même que dans les livres des Rois.

11. Emploi de nlXSi* mni comme dans le v. 3. G amplifie le vocatif : Âowvai xûpis EXwE. Pour la forme du vœu, cf. celui de Jacob [Gen. xxviii, 20-22 : E) et celui de Jephté {Jud. XI, 30 s. : E). L'emploi de nON est caractéristique de E (cf. Holzinger, Ilexateuch, p. 183). Emploi de "IDT comme dans Gen. xxx, 22 (E). G a omis par mé- garde la phrase suivante : -|naN~nN' rî3©n"NSl qui est bien dans le goût du paral- lélisme. Pour D''U7JX VIT cf. en assyrien zêr amêlûti « semence d'humanité » pour signifier « progéniture ».

Anne veut faire de son fils un naziréen comme Samson [Jud. xiii, 5). Le signe distinctif est le port de la longue chevelure. Sur cet usage, cf. Lagrange, Juges,

I SAMUEL, 1 12-16. 21

« lahvé des armées, si tu daignes regarder l'afiliction de ta servante, si tu te souviens de moi et que tu n'oublies pas ta servante, et si tu donnes à ta servante un rejeton mâle, je le donnerai à lahvé pour tous les jours de sa vie et le ciseau ne passera pas sur sa tête! » ^~ 'Or', comme elle priait avec profusion en présence de lahvé, Eli observait sa bouche; ^^mais Anne parlait en son cœur : ses lèvres seules remuaient et on n'entendait pas sa voix. Aussi Eli la prit-il pour une femme ivre. 1^* Alors Eli lui dit : « Jusques à quand manifesteras -tu ton ivresse? Débarrasse-toi do ton vin! » '-^Anne répondit et dit : « Non, mon maî- tre, je ne suis pas une femme de mauvaise 'vie', et je n'ai bu ni vin ni boisson enivrante ; mais j'épanchais mon âme en présence de lahvé. i'"' Ne

12. \-l1T; TM : HMI. 15. Qil (G); TM : mi-

p. 259 ss. L'idée religieuse à la base de cette pratique n'est pas celle d'un sacrifice, mais bien plutôt le souci de ne rien retrancher à la personne consacrée : « en toute occurrence un sujet est censé imprégné de quelque fluide sacré ou magique, on s'en représente tout son corps pénétre et bondé, y compris ongles et cheveux » (Oldenberg, La religion da Véda, trad. Henry, p. 365). C'est pourquoi lorsque le naziréen est souillé, il doit raser sa tête pour qu'il lui repousse une chevelure non souillée [Niim. vi, 9 ss.). G a voulu faire de Samuel un naziréen complet d'après Niim. VI, 1 ss.; d'où v.cà oTvov xa\ [léâuajjia Tife-uat..

12. Avec Wellhausen lire 'in'iT pour n'im. L'emploi de n3"in avec un verbe pour signifier « faire telle chose avec abondance » (cf. Gesenius-Kautzsch, § 114 n, note 1). A partir de 'iSvT commence la proposition circonstancielle.

13. Pour niS'Sï? mna cf. l'assyrien qibû itti libbisu « s'entretenir avec son cœur». Ici « parler tout bas ». Emploi de "SîT pour Sn : cf. 10. Éli la prend pour une femme ivre. Budde remarque que le jugement porté par Eli indique comment, dans les grandes solennités, le peuple pouvait facilement dépasser les bornes de la so- briété.

14. Au lieu de "iSy, G a rb Tcaiocépiov HXst, destiné à épargner la personne du prêtre. Le féminin '[''IDn'tiyn est un vestige de l'ancienne forme. A la fin G a en plus xa\ tioosuo-j Ix TîpoatuTïOu Kupfou.

15. Avec Thenius et la plupart des critiques lire Di''~n^p d'après G oxXrjpà riii.ipx. Le texte de G suppose, en efi'et, un original hébraïque et n'aurait pas remplacé le fa- cile mVnu^p par le plus difficile Dil~nU7p. Pour la locution cf. Job xxx, 25. Le IDUJ' représente la boisson enivrante, assyrien sikaru. Le verbe "j2'U7 « répandre » avec ■ttfSJ comme dans Ps. xlii, 5. Emploi du même verbe avec 2S dans Ps. lxii, 9 et Thren. 11, 19; avec n''Ù7 « chagrin » dans Ps.*cii, 1 ; cxlh, 3.

16. Emploi de 'iJS'l avec le sens de « comme », de même que dans Job m, 24; iv, 19. G a lu simplement ~n2'^, tandis que Smith propre n23 et Klostermann "isS. Le nom de Bélial, SyiSs, est généralement précédé d'un substantif : U?iN, p, ns. Dans Ps. xvni, 5, G, on voit que S^'S^ est parallèle au se'o/ ou à la mort. Or, en décompo- sant le mot en ses deux éléments, on obtient "iSs et Sv, c'est-à-dire « qui ne laisse

22 I SAMUEL, i J.7-20.

regarde pas ta servante comme une fille de Bélial, car c'est à cause de l'excès de ma peine et de mon affliction que j'ai parlé jusqu'ici! » '"Éli répondit et dit : « Va en paix et que le Dieu d'Israël accorde la de- mande que tu lui as faite! » '^Elle dit : « Puisse ta servante trouver grâce à tes jeux! » Puis la femme reprit sa route, 'rentra dans la cham- bre' et mangea. Désormais sa face ne fut plus 'abattue'. ^^Ils se levèrent dès le matin et, après s'être prosternés devant lahvé, ils revinrent et rentrèrent dans leur demeure, à Râmâ. Elqânâ connut Anne, sa femme, et lahvé se souvint d'elle, '~o 'et Anne conçut'. Puis, 'au tei^me' des jours, elle enfanta un fils et l'appela du nom de Samuel, « car [dit-

18. Ajouter nnsuSn N2nT (G). !iSs: (G); TM : nS-^\-i. 20. Mettre au début n:n inni. nspnS; TM : mspnS.

pas remonter ». La caractéristique de l'enfer est d'être le pays d'où l'on ne revient pas, d'où l'on ne remonte pas {RB., 1907, p. 61). On trouve dans l'enfer babylonien la déesse Belili qui, selon Hommel, n'est autre précisément que Bala-îli « on ne re- monte pas «, équivalent de SyjSa (Hommel, GGAO, p. 341). Nul doute qu'il ne faille identifier Bélial avec une puissance infernale ; de son emploi pour désigner Satan dans l'apocalyptique des Juifs et dans II Cor. vi, 15. Nous ne voyons pas la nécessité de remplacer lm2"i par imiy (Klostermann, d'après G ixTÉTay.a) ou par iriSIKn [Smith).

17. -jnS'ky pour "nSNU. Pour DiS*»l?S 'I^Sn cf. XX, 13, 42.

18. L'emploi de "innSUJ au lieu de T]nCK (cf. 11, 16) est tout à fait étrange et accuse peut-être la main du rédacteur. On ne peut, en tout cas, y voir l'indice d'une double source. Après nsnS toute une phrase a disparu de TM, mais s'est conservée dans G xai Ela^XOev sic xb y.aTdcXufia aÙTÎ)?. Restituer nTGU^Sn KHril [Wcllhausen). Il y avait une chambre, nS'ù'S, auprès du temple, comme dans ix, 22. Plus tard n3^*S désigna les chambres dans la cour du temple [Jer. xxxv, 2, 4; Ezech. xl, 17, etc.). Après SDNnl G a en plus [xeià tou ivôpb; aÙT% xat Ir.i.z'^ qui n'est pas plus nécessaire que le """inxi r\TW du V. 9. A la fin TM pourrait peut-être se légitimer par l'emploi de D'iJS dans .Job IX, 27. Mais G xa\ to rpôcrwTtov aÙTî]? (TJvÉwasv Ixi suppose un original hébraïque (cf. Gen. IV, 6) et permet de lire ïlSsJ pour nS"Tin.

19. L'expression ip32 ia3*tZ?lT est caractéristique de E (cf. Lagrange, Juges, p. xxxiv). Le verbe ini comme l'assyrien idû (déjà dans le code de Hammourabi) pour signifier le rapport sexuel. Pour ID" cf. le v. 11.

20. Au lieu de supprimer nJO inm, comme font Wellhausen, Smith, Budde, No- wack, sous prétexte que la phrase n'est pas en place (cf. G : Lac.), il semble préfé- rable de placer les deux mots au début du verset comme suite du v. 19. Au lieu de mspnS lire nSpnS d'après Ex. xxxiv, 22; II Chr. xxiv, 23 et six manuscrits. Il semble bien que l'aboutissant du jeu de mots devait être b^lNUT « demandé » (cf. en- core le V. 28), ce qui ne veut pas dire du tout que le récit se rapportait primitivement à la naissance de Saûl. D'après Kimchi SxiDUT proviendrait de SxQ SlNUT, tandis que, selon Wellhausen, l'interprétation de TM supposait SxQU; « celui qui est de Dieu ». Un certain nombre d'auteurs ont voulu voir dans ^NICU; une dérivation de

I SAMUEL, 1 21-23. 23

elle] je l'ai demandé à lahvé ! » 21 Quand le mari, Elqânâ, monta, avec toute sa famille, pour offrir à lahvé 'dans Silo' le sacrifice annuel, [ ] 22 Anne ne monta pas, car elle dit à son mari : « Jusqu'à ce que l'enfant soit sevré ! Alors je l'amènerai ; il se présentera devant lahvé et demeurera là-bas pour toujours! » -^Elqânà, son mari, lui dit : « Fais ce qui paraît bon à tes yeux! Demeure jusqu'à ce que tu l'aies sevré. Puisse seulement lahvé réaliser 'ta parole' ! » La femme resta donc et allaita son fils jusqu'à

21. Ajouter nS^3 (cf. G). Oni. "niJ-riK. 23. "^Il-T (G, Syr.); TM : ^n.

SiS*ir!iaUT « écoulé de Dieu », en considérant la chute de "J comme purement eupho- nique ou comme due à une formation caritative (Pra?/or/«.9, dans ZDMG, 1903, p. 777). Mais Driver faisait déjà remarquer qu'il n'existe pas, en hébreu, de noms propres formés d'un participe passif et d'un nom divin. Gesenius a expliqué SnIQÏ^ comme composé de W^ « nom » avec l'ancienne désinence casuelle û, d'où « nom de Dieu ». On trouve en babylonien un certain nombre de noms à premier élément sumu dont le sens est celui de « fils n, d'où SnidU? pourrait s'interpréter « fils de Dieu ». Mais à l'époque de Hammourabi, comme déjà dans l'obélisque de Manistousou, les noms ouest-sémitiques à premier élément sumu traitent ce sumu comme un élément divin {■= sud-arabe nao) : cf. Ranke, EBPN, p. 217. On trouve, d'ailleurs, un Sumu-ilu « Sumu est dieu » parmi les rois d'Our antérieurs à la première dynastie babylo- nienne. Ce Sumu-ilu est un bon équivalent de SkIOU? qui devait primitivement s'in- terpréter de la même façon.

Pour mn*ia, G (B, A) Tzapà xoptou 0:ou SaSawS, G (Lag.) -apà xupfou 2a6aa)8 Oîou. Peut- être G a-t-il été influencé par les w. 3 et 11.

21. Au lieu de ni.T'S G a lu nS\273. Le texte primitif était sans doute nStt?2 mn"'S (cf. le V. 3). Il s'agit du sacrifice annuel DlaiH niT (cf. rvcî^n^ D'iDin au v. 3) et nous verrons, dans xx, 6, que le « sacrifice annuel » est en même temps le sacrifice auquel doit prendre part toute la famille. C'est pourquoi nous avons ici in''D,~SDl. On retrouve ce sacrifice familial dans Gen. xxxi, 54. Il est évident que n"TJ~nx de la fin ne peut être complément de niîS- Ce n'est pas Elqânâ, mais Anne qui a fait le vœu. G a le pluriel qui ne résout pas la difficulté. Il faut retrancher Tn^TIXl qui semble bien une glose postérieure. A la fin G ajoute xa\ Tîdtaaç lac, ôcxdtia; t% yî); aùtou qui a pour but d'exalter la générosité d'Elqânà.

22. Pour la tournure... Saj*) TJ cf. Jud. xvi, 2. La mère attend que l'époque du sevrage soit arrivée. Chez les Arabes « l'époque du sevrage des enfants n'est pas fixée. Ordinairement on les laisse téter jusqu'à un an et demi ou deux ans » (Jaussen, Coutumes des Arabes, p. 29). D'après Geiger, KIostermann, et Budde, il faudrait lire ."1^131 pour HNIJT et expliquer le changement du qal en nif'al par le besoin d'éviter l'expression anthropomorphique « voir la face de lahvé ». Lohr remarque très juste- ment que l'imparfait nN"i:;1 ne se peut intercaler dans la série de parfaits TinN^i^m et 2u;'i1. L'emploi de "iJSTIiS' pour signifier « en présence de » se légitime par 11, 11, 17,18.

23. L'expression ni;''!;! 211211 "^"iûV comme dans Jud. x, 15 et xix, 24 (E). Au lieu de Tin lire, d'après G et Syr., TJIIT- G a xb IÇeXGbv Ixtou c-:o[AaToç aou qui est l'expres- sion caractéristique pour les vœux d'après Num. xxx, 3, 13 etc..

24 1 SAMUEL, i 24-28 2 1.

ce qu'elle le sevrât. '-^Puis, quand elle l'eut sevré, elle l'emmena avec elle, [et elle prit] un jeune taureau de trois ans', un êphâ de farine et une outre de vin. 'Elle vint' donc au temple de lahvé, à Silo, et l'enfant était 'avec eux', -■' On immola le jeune taureau, puis 'la mère' de l'enfant 'vint' vers Eli, ~^et dit : « Je t'en prie, mon seigneur, aussi vrai que vit ton âme, mon seigneur, c'est moi la femme qui se tenait debout près de toi, ici même, pour prier lahvé! 2" Au sujet de cet enfant j'ai prié, et lahvé m'a accordé la demande que je lui ai faite. ^SEt certes, moi aussi je l'ai prêté à lahvé : pour tous les jours qu'il 'vivra', il est prêté à lahvé! »

Le cantique d'Anne. II. ' Anne pria et dit :

24. ï;Wn 122 (G); TM : nz'hw 01122. N2I^1 (G); TM : inxint DQ!? (G); TM : lyj.

25. DN (G); TM : "JlN. iiZT\) (G); TM ^xi^T 28. nn (G); TM : n^l. Fin du verset dans ii, M.

II. 1. %-|Sn2 (G); TM : mn^a. Om. i2 [G (B, Lag.)].

24. Los mots inSoi "1U7X3 sont omis dans G. On verra dans le v. 25 qu'il n'y a qu'un jeune taureau d'immolé. D'après G h [j-ôj/w toisti'Çovti, Calmet proposait déjà de rattacher le D de iD'i"123 au mot qui suit. Lire donc 'tir^ùJa 122 qui est confirmé par Gen. xxv, 9. L'êphâ est la mesure pour les solides et correspond au bath pour les liquides. D'après Josèphe [Ant.jud., VIII, ii, 9), le bath vaut soixante-douze setiers, c'est-à-dire environ trente-huit litres. Gédéon offre aussi un êphâ de farine dans son sacrifice {Jud. vi, 19). Plus tard, au lieu de n^p « farine ordinaire », on offrit la nSb « farine purifiée » (Stade, Biblischc Théologie, t. ï, p. 169). L'usage du vin comme celui de l'huile, pour le plus ancien culte, est attesté par Jud. ix, 9, 13. A la fin, au] lieu de lyj lyjm qui n'a pas de sens, lire, d'après G |j.£t' auxGv, WBV pour lyj. Il faut alors, toujours d'après G, xaiEia^Xôev, N'hm pour iriK^m. A la fin du verset, G a toute une ajoute pour faire coïncider la venue de Samuel avec le pèlerinage annuel. Wellhau- sen a très bien remarqué que cette addition de G fait reparaître Elqânâ qui, d'après la suite du récit, ne doit plus jouer aucun rôle.

25. Le texte de G met en relation le v. 25 et le v. 26 : xa\ T.ooQ-f[-^a.-^z^ Awa fj \l.■ff:r^c, Tou 7:aioap(ou zpbç HXei. Lire NZnl pour IN^*)! et DN pour nx.

26. Le début iJlK 12 comme dans Jud. vi, 13, 15; xni, 8. L'expression 7iU^23 ''n comme dans xvii, 55 (E). Pour la prière debout, cf. Gen. xviii, 22; xix, 27.

27. Emploi de ~bx pour signifier celui au sujet duquel on prie, comme dans Is. xxxvii, 21. Formule finale comme au v. 17.

28. Le verbe SnUJ à Vhif'il dans le sens d'<( accorder une prière » ou de « prêter » (cf. Ex. XII, 36). Au lieu de nTl qui est insignifiant, lire, d'après G Sçï^ «ùtô;, simple- ment ln. Pour SiNU? « prêté », cf. II Reg. vi, 5. La dernière partie du verset n'existe pas dans G en cet endroit, mais se retrouve sous une forme légèrement différente dans II, 11. On voit que le cantique d'Anne n'a pas été intercalé à la même place dans le texte suivi par TM et dans celui de G. Nous transportons, avec G, la finale du V. 28 dans ii, 11.

II, 1. Le texte de G (B) avait simplement 1î2Km comme introduction, xa\ a-av. G

I SAMUEL, 2 2-3. 25

Mon cœur a exulté en lahvé, ma corne s'est élevée, 'grâce à mon Dieu'! Ma bouche s'est dilatée contre mes ennemis : [ ] je me suis réjouie en ton salut!

2 Pas de Saint comme lahvé, [ J pas de Roc comme notre Dieu!

3 Ne dites pas tant de choses hautaines [ ], que l'insolence ne sorte plus de votre bouche !

2. Om. -jnSl ]''N 1D.

3. Om. nnia m ■. G (B). ïSt {qerc).

(A, Lag.) harmonise avec TM. La différence d'introduction entre G (B) et TM montre bien que le cantique a été inséré à une date postérieure. Pour le parallélisme de ySî/' et de rraUT, cf. Ps. V, 12; ix, 3. G laTepetiOr) suppose probablement n':i'J au lieu de vhy. L'expression iJlp rîTDI, comme dans Ps. lxxv, 5, 7; lxxxix, 18, 25; cxii, 9. Pour la métaphore de la corne, Calmet cite Horace, liv. III, od. x\i, ad Amphoram :

Tu spein redacis nicntibus anxiis, Vircsque ; et addis cornua pauperi.

Au lieu de mn"!! (2*^) qui est à l'influence du premier hémistiche, G h OjCj jjlo-j suppose XiSnS qui est adopté par Wellhausen, Klostermann, Lôhr etc.. L'emploi de am pour signifier « ouvrir » la bouche contre quelqu'un (Sy), comme dans Ps. xxxv, 21; Lxxxi, 11. Le l3 de TM n'existe pas dans G (B, Lag.). Peut-être est-il à une dittographie du '^1 qui précède. Klostermann, Smith, Budde etc.. le gardent. « Je me suis réjouie en ton salut » : cf. Ps. xx, 6. La corne mentionnée dans ce v. 1 ré- pond à la corne de la dernière strophe (v. 10).

2. La proposition "inSs T^S' '^2 rompt le rythme et est rejetée comme glose par presque tous les commentateurs. G (B, Lag.) a où/. à'^Ttv Syioç jcÀriv aoù qui suppose une répétition de t?i"ip après 'î^s ij. Le caractère de glose par rapport à mn''3 ul^p'^^S* est ainsi plus nettement accentué. Mais dans G (B, Lag.) la proposition est placée à la fin du verset, de façon à éviter la redondance qui résulte de la juxtaposition de "inSl Ullp '{''N* "ïD et de mn"i3 tt;i~p~'î''N. Au lieu de llï, G a traduit oî/.aios qui semble supposer pl"îS. Schlôgl remplace TCi par p''^ï. Mais Klostermann observe très justement que G a une tendance à remplacer IIS par un autre mot, lorsqu'il figure comme une épithète de lahvé. Ainsi dans Dent, xxxii, 4, 30 et Ps. xviii, 32 "lis est remplacé par ô Osé;, tandis que dans II Sam. xxii, 32, il est remplacé par xTtuTr);. Ces traductions ont pour but d'éviter tout ce qui pourrait faire penser au culte de la pierre. Un bon parallèle à 1j\~îSnd IIï 'j'iNI est Ps. xviii, 32. Pour l'idée contenue dans le verset, cf. Ex. xv, 11; Dent, xxxn, 39.

3. La négation Sx du début régit à la fois Tl2~n llin et Xï'' (Gesexius-Kautzsch, § 152 z). Smith propose de voir dans I2"in et nnn une double lecture d'un seul ll^fn. C'est pure conjecture. La juxtaposition de deux verbes, dont le second dé- pend du premier, est connue en hébreu (Gesexius-Kautzsch, § 120 g). Si on lit deux fois T\r\'2.^ avec TM, on s'aperçoit que le premier stique est beaucoup trop long, eu égard au reste de la strophe. Dans G (B) on a simplement OiTjXd. G (Lag., A) harmonise avec TM en ajoutant st; iczspoyi^v. Nous lisons donc une seule fois nnu. Klostermann, en comparant avec^'x. xxxii, 18, propose délire deux fois miia. L'hypothèse est inutile. Selon Wellhausen r'>T\l':ii représenterait l'adjectif masculin (au sens neutre) avec le loca-

26 I SAMUEL, 2 4-5.

Car lahvé est le Dieu très sage et 'ses' gestes sont sans reproche.

'' L'arc des héros est brisé, tandis que ceux qui chancelaient ont ceint la force;

'" Les rassasiés se louent pour du pain, tandis que les affamés 'cessent de travailler';

iif : « En haut! » L'expression se trouverait dans la bouche de ceux qui sont apostro- phés. Dans ce cas on devrait avoir, selon la remarque de Budde, îlIQ^'n au lieu de *l"inri. Il est clair que nnia est le féminin employé au sens neutre ; son parallèle est pny. Le verbe nï*! « sortir » de la bouche, en parlant de la parole : cf. l'assyrien sit pi « ce qui sort de la bouche » pour signifier la parole. Pour pnî? « insolent », attri- bué aux paroles, cf. Ps. xxxi, 19; lxxv, 6; lxxxix, 52. Le pluriel ni^T comme dans Job xxxvi, 4. C'est un pluriel d'abstraction, qui renforce l'idée : cf. D''31DX « fidé- lité », niJ'ia « grande intelligence » (Gesenius-Kautzsch, § 124 e). Le mot n'H'i est ap- pliqué à Dieu dans Ps. lxxiii, 11. Tel quel, le dernier hémistiche signifierait « et elles ne sont pas éprouvées les actions ». Crampon : « Et les actions de l'homme ne subsistent pas ». Le qerë et la Vulg. (et ipsi prseparantur cogitationes) lisent iS au lieu de ni. Le sens de pn au nif'al est celui d'être juste, sans reproche, et spéciale- ment en parlant des voies de Dieu [Ezech. xvni, 25, 29 etc.). Le vers s'oppose au précédent. Les impies ont beau proférer contre Dieu des blasphèmes insolents. Dieu sait ce qu'il fait. Il aura son heure. Il n'est pas nécessaire d'ajouter, avec G, un suffixe après niSSy. Le texte de G (B, Lag.) a traduit cet hémistiche par xa\ ôsoç ixotfiâi^wv lmT7]0£\j{xaTa aùioî», qui suppose Sn'T pour nSt et p'n pour IJDnj. Peut-être a-t-il été influencé par Proi'. xvi, 2; xxi, 2; xxiv, 12.

4. Le pluriel Dim s'accorde avec Qi^ia par attraction (cf. Is. xxi, 17). Il est donc inutile de lire nnn, avec Smith, qui compare G r\'zU^r^<si. G a fait l'accord selon la grammaire, tandis que l'hébreu accorde selon le sens. Schlogl propose Dinurp

Wn D'Isba « les vaillants archers ont été brisés ». La juxtaposition de ces deux plu- riels est très lourde, et le changement est inutile. Pour le participe Su^DJ, cf. Zacli. xn, 8. Pour la locution STI ITîN cf. Ps. xviii, 33. Dans une hymne à Istar : « Les fai- bles sont devenus forts, et moi je suis devenu faible » [Choix de textes..., p. 363,61). Pour la série d'antithèses, cf. Job v, 11 ss.; xii, 17 ss. L'arc des méchants, dans Ps. XXXVII, 14 s.

5. Le verset continue les antithèses. Au lieu de IIDUJJ G TjXaTTa)9ï]aav semble avoir lu lionj ou, comme restitue Smith, T\DT\. Il faut faire de DnSa le complément de "113^-2 et non de D''2?3^, comme fait G zXrîpstç aptwv. Vulg. a très bien traduit : Repleti prias, pro panibits se locavcrunt. Le second hémistiche s'oppose mot pour mot au premier, mais il est facile de voir que TM est trop court. Une excellente conjecture de Reif- mann, reprise par Klostermann, Driver, Budde, Nowack, rattache IV à iSin et sup- pose que TV est une corruption de iy^. D'où Yiy lS7n « ont cessé de travailler, ont cessé d'être esclaves (Qiliy) » qui forme l'antithèse exacte de « se sont loués pour du pain ». Pour l'emploi de iSin, cf. /oô m, 17. Il est donc inutile de remplacer *iSin par y^^t "wy^^ comme fait Smith, en s'appuyant sur TOptjxav y^v et Ps. xxv, 13. Peters lit l'y pour TV : « cessent d'avoir encore faim ». Zapletal propose IvS iSin « chôment pour toujours » et ajoute : « Je crois que ma conjecture est si simple et, par suite.

I SAMUEL, 2 ()-8. 27

Celle qui était stérile a mis au monde sept enfants, tandis que celle qui avait beaucoup de fils est flétrie !

0 lahvé fait mourir et fait vivre, il fait descendre au .se'o/ et en fait remonter !

"lahvé appauvrit et enrichit; il alDaisse, mais aussi il élève.

s 11 relève le faible de la poussière, du fumier il retire le pauvre,

8. n"i2D; TM : 112,3. Om. : Sin DHiS^ nu;1T y^N' IpîfC HinlS 13 « Car à Jahvé appartiennent les colonnes CillDy?) de la terre et sur elles il a placé le monde ». Cf. G.

mérite tellement la préférence que je n'ai pas besoin de réfuter les corrections pro- posées par les autres ». Pour le second hémistiche, cf. /<■/■. w, 9 et Ps. cxiu, 9. Les sept enfants sont le nombre consacré pour signifier une belle famille {Riith iv, 15). Le verbe Sax, à la forme pulal, se dit des plantes qui se llétrissent ou des campa- gnes qui se dessèchent; ici, de la femme sans progéniture. Lohr, Nowack, Zapletal prennent le mot tout à fait métaphoriquement : « elle est dans la tristesse ».

6. De même que les versets 4 et 5 formaient trois vers dont chacun offrait deux hémistiches antithétiques, les versets 6, 7 et se répartissent en trois vers dont chacun offre deux hémistiches parallèles. Le premier hémistiche n'inDT n''13a HMi offre une ressemblance frappante avec Dent, xxxii, 39 : nTlKI D'^'CH iJX : « C'est Moi qui fais mourir et qui fais vivre ». Le second hémistiche est parallèle au pre- mier : « descendre au .se o/ » est synonyme de mourir, « remonter du sc'âl » est sy- nonyme de vivre. Pour ces expressions, comme pour l'idée du se'ôl en général, cf. MB, 1907, p. 62 s. La proposition débutant par un participe Tina se continue par un imparfait précédé du a'aiv consécutif (cf. Ps. xxxiv, 8; lxv, 9 etc.). Pour l'idée contenue dans le second hémistiche, cf. Ps. xxx, 4. De même Ps. xvi, 10; xlix, 16.

Dans une hymne au dieu Ninib, nous trouvons le vers suivant : « De celui qui descend aux enfers, tu fais revenir le cadavre » (RB, 1907. p. 63). En assyrien, l'épithète muballit mîtûd « qui fait revivre les morts » s'emploie fréquemment dans les hymnes aux dieux solaires {KAT^, p. 639). Mardouk est le dieu « qui aime à faire revivre les morts » [Surpû vu, 84); la déesse Goula est le grand médecin « qui fait revivre les morts » {Surpû vu, 80). On célèbre Mardouk comme « seigneur de l'in- cantation pure qui fait vivre les morts » [Choix de textes..., p. 71, 26).

7. Budde propose de remplacer xîjilia par 'é>'\)'2 (de^*n « être pauvre »). Mais 'ùh'' a, au nif'al, le sens de « être pauvre » (Gen. xlv, 11). Ici V lu fil est causatif du nifal. Pour le second hémistiche cf. Ps. lxxv, 8.

Lôhr cite Esope : ta u.]/7]Xà -cansivo? xa\ Ta:i£ivà àvuioî'. Calmet cite Hésiode, Op. et dies, 5 s. :

'Pia [J.ÈV yào Ppiâsi, péa (BpixovTa yaXinxst, psta û' àplÇTjXov jjLivûO = t y.a'i àôrjXov àéÇst.

8. Pour ce verset, cf. Ps. cxni, 7. Les mots ^~ et TTilN sont en parallélisme dans Ps. Lxxii, 13. G a la copule devant riDU.*iS'D. Idée analogue dans le psaume messia- nique LXXii, 12 s. D'après G (B, A) [xsTà o'jvaatwv Xaôiv et G (Lag.) (j-stà ouvaaTwv Xaoîi, Klostermann, Smith, Budde, Zapletal lisent UV ''l'^TJ pour □'la'i'i:. Mais le texte

28 I SAMUEL, 2 8-10.

Afin de les faire asseoir parmi les chefs et de leur faire posséder uu trône 'princier'. [ ]

9 II garde les pieds de 'ses fidèles', mais les méchants sont exterminés dans les ténèbres.

Ce n'est pas par la force que l'homme triomphe, "^ lahvé 'brise' 'son adversaire'.

'Le Très-Haut' tonne dans les cieux, lalivé juge les confins de la terre : Il donne la puissance à son roi et II élève la corne de son oint!

9. Til^iDn {qerê).

10. nn^^ (G); TM : iT)n\ b^in {kcihib). -ji^Sj;; tm : iSy.

de G a pu être influencé par Ps. cxiii, 7. Au lieu de 7123, Winckler {Altoricntalische ForscJiungen, II, p. 240) propose TilD « prince » et cite plusieurs passages une pareille substitution doit être opérée. Le concret « prince » est mieux en harmonie avec D''3ilJ que l'abstrait « gloire ». La phrase débutant par un infinitif accompagné d'une préposition (l'ittrinS) peut se continuer par un verbe à l'imparfait (a'^nj'') : cf. Gesenius-Kautzsch, § 114 r. Le dernier vers partir de mn''S "iD) n'est pas rendu dans G. Wellhauscn, Smith, Nowack le regardent comme une interpolation. Lôhr et Budde remarquent qu'on ne peut trop faire fond sur G, qui n'a pas non plus le v. 9=» et qui ajoute tout un passage à l'intérieur du v. 12. Il est facile de voir, néanmoins, que le vers détonne absolument dans le contexte, comme une idée cosmologique dans une série d'oppositions sociales ou morales. Le mot "ipsa soulève des difficultés spéciales, car on ne le rencontre qu'ici (le mot plïD dans xiv, 5 est à une mau- vaise dittographie). Sous toutes réserves nous proposons 'inay au lieu de "ipyo : cf. les colonnes de la terre dans Ps. lxxv, 4 Qi Job ix, 6. Vulg. : cardines terne.

9. Le premier stique (de "iSaI à ^)^21^) est absent de G. Nous avions vu que le der- nier vers du v. 8 était également alisent de G. Dans le texte de G qui remplace cette lacune oiâ'ouç EÙ/^rjv tw £Ù)(^o[xévo) xat EÙXéyrîasv 'ér/) c^tx.afou, Wellhausen a reconnu une phrase introduite par G pour harmoniser le sens du psaume avec la situation sup- posée par le récit. Zaplctal, cependant, la restitue dans le texte. Avec le qerê lire T^TiDn « ses dévots » qui est parallèle à a''î;u;T- Cf. Ps. xxxvii, 28. Le verbe IDT» comme dans /er. xlix, 26; l, 30; Ps. xxxi, 18. La fin du verset ï;\S~1i:i'' n32 N'S-lD doit se rattacher au début du v. 10.

10. D'après G (dlaOîv^ t^qvt^qzi.), on peut lire nn'' pour inn'' [Wellhausen). On obtient ainsi 7^^7\'^ comme sujet, opposé à yj'iN de l'hémistiche précédent. Driver s'en tient au TM et renvoie à Ps. x, 15; xi, 4; xlvi, 5, etc.. Lire il'ilG avec le kethib d'après u?lx de l'hémistiche précédent; le qerê I'i3'i"ia « ses adversaires ». Après ce premier hé- mistiche, G a toute une interpolation, empruntée à Jer. ix, 23 ss. C'est un dévelop- pement des pensées exprimées dans le v. 3 ss. et dans le dernier hémistiche du V. 9. Driver cite comme cas parallèle Ps. xiv, 3, le texte de G a inséré un passage emprunté à Rom. m, 13-18. Au début du second hémistiche, le mot tjV [qerê ^rvj « sur lui ))) a été lu nSi?, àv£6ri, par G. Klostermann propose nSV « celui qui monte ». Budde, après Flirst et Perles, reconnaît dans "hv une abréviation de p'iSy, Nowack une corruption du môme mot. Au lieu de Dyi\ Budde, suivi par Novi^ack, Schlogl et

I SAMUEL, 2 i-10. CRITIQUE. 29

Zapletal, propose nvi'' (cf. Ps. ii, 9) : « il les détruira ». Mais la perspective escha- tologique de l'hémistiche suivant autorise les tonnerres de lahvé, comme prélimi- naires au grand jugement. Un parallèle excellent, lahvé va, comme ici, de pair avec P'^Sî;, nous est donné dans Ps. xviii, 14. La formule « les extrémités de la terre » se retrouve dans les psaumes messianiques ii, 8; lxxii, 8. Pour le jugement final, cf. Joël IV, 12 et Ps. xcvi, 10, 13; xcviii, 9. Kuenen, Lôhr, Schldgl voient dans la fin du verset partir de in'il) une addition. Budde n'a pas de peine à montrer que cette finale est, au contraire, toute naturelle. La fin d'un psaume aussi messianique que celui attribué à Anne ne pouvait mieux faire que de chanter la gloire du Messie. Cf. la fin du Ps. xviii. Il faut être sous l'empire d'un indéracinable préjugé pour pré- tendre, avec Lohr, que le Messie représente ici la communauté. Pour IdSqS VJ 7^11 cf. Ps. XXIX, 11 : ■jn'' iayS VJ mnl. Pour Dlin ]1p, cf. Ps. cxLViii, 14; T/ircn. ii, 17. Le n"itya « oint » (cf. ass. pasisu) est en parallélisme avec le roi. Il s'agit du roi mes- sianique, l'oint par excellence. Selon Calmet : « Il semble que Zacharie, père de saint Jean-Baptiste, faisait allusion à cet endroit, lorsqu'il disait (Z«c. i, 69, 70) : Il a élevé la corne du salut en notre faveur, dans la maison de David, comme il l'avait promis par les anciens prophètes. » Pour lahvé et son Messie, cf. Ps. ii, 2. Le roi est véritablement l'oint de lahvé (xxiv, 6-11, etc.).

Le cantique d'Anne.

Métrique. Les interprètes ne sont pas d'accord sur la division stro- phique du poème. Selon Bickell et Klostermann, il faudrait supprimer les deux derniers hémistiches du v. 10 et partager le reste en huit groupes de chacun quatre hémistiches. Lôhr accepte cette théorie sans la justifier. Elle soulève pourtant une objection capitale. Les strophes ainsi formées ne tiennent plus compte de la similitude des idées, qui est la grande loi de la poésie hébraïque. C'est ainsi que le v. 4, dont l'antithèse est évidemment parallèle à celles du v. 5, n'appartient pas à la même strophe que le v. 5. Or, selon la loi constatée par Zenner et Gondâmin : « Les strophes développent chacune une pensée distincte; et les groupes de vers qui composent la strophe expriment chacun un point de cette pensée; ces groupes sont formés par le sens, et marqués souvent par les mots » {RB., 1901, p. 352). Nous avons constaté la même loi dans le lyrisme babylonien [Choix de textes...., p. 358, n. 15). Driver et Schlôgl trouvent chacun quatre strophes, mais le premier retranche le V. 2, tandis que le second retranche le v. lO**. Smith divise en quatre stances, la première ayant sept vers, la seconde dix vers, la troisième huit vers (supprimer les deux derniers hémistiches du v. 8), la quatrième sept vers. Zapletal multiplie les divisions : deux vers (quatre hémisti- ches), puis un vers (deux hémistiches), et ainsi de suite. Il intercale un

30 I SAMUEL, 2 1-10. CRITIQUE.

vers emprunté à G dans le texte du v. 9. Cette théorie a l'inconvénient de trop disséquer le psaume. Elle sépare, comme celle de Bickell, Klos- termann et Lôhr, le v. 4 du v. 5, et, en outre, le v. 7 du v. 6, le V. 8" du V. 8'', autant de coupures qui rompent la succession naturelle des idées. Or, « avant tout, la dimension des strophes se mesure aux pensées » (Condamin, RB., 1901, p. 352). C'est là, en effet, la loi qui ressort avec le plus d'évidence de toutes les théories strophiques. Elle est si naturelle et si conforme au génie sémitique qu'elle peut servir de base à la répartition des vers. Nous avons, pour des raisons pure- ment critiques, retranché du v. 8 un vers qui ne figure pas dans le texte de G. Chaque vers se compose de deux hémistiches à trois arsis. La première et la dernière strophes comportent chacune trois vers. Le reste du poème se partage alors tout naturellement en quatre strophes, une strophe de deux vers étant développée dans une strophe suivante de trois vers.

Analyse. La première strophe (vv. 1 et 2) exalte le secours que lahvé accorde contre les ennemis. Le nom de lahvé est répété dans le premier et le dernier vers, en parallélisme la première fois avec « mon Dieu », la seconde fois avec « notre Dieu ». Or, dans les chants lyriques des prophètes : « Le cadre de chaque strophe est dessiné par certains mots, spécialement le nom divin lahvé ^ répétés au commencement et à la fin » (Condamin, loc. laud.). Cette constatation qui se vérifie pour notre première strophe s'étend môme au psaume entier, puisque le mot corne du premier vers est répété dans le dernier vers du v. 10, Ce serait une raison de conserver ce dernier vers (contre Bickell, Klostermann, Grimm, Schlôgl). Si le v. 2 possède « notre Dieu » au lieu de « mon Dieu », c'est qu'il généralise la pensée et remplace un sentiment parti- culier par une affirmation universelle. Il n'interrompt pas la connexion et doit rester dans le texte (contre Driver). La deuxième strophe oppose aux blasphèmes des impies la sagesse de Dieu. L'homme peut critiquer la conduite divine : Dieu est souverainement sage et ses actions sont inattaquables. Il ne faut pas, en effet, juger Dieu d'après le cours or- dinaire des événements. Les revirements les plus inattendus peuvent se produire. La troisième strophe développe cette pensée en trois vers, dont chacun énonce une antithèse : le fort devient faible, le faible de- vient fort; l'homme opulent tombe dans la disette, l'affamé n'a plus be- soin de travailler pour vivre; la femme stérile devient féconde, la femme qui avait beaucoup d'enfants devient stérile. Une nouvelle strophe de deux vers énonce la puissance de lahvé. La vie et la mort, la richesse et la pauvreté, l'exaltation et l'humiliation sont entre ses mains. Ces

I SAMUEL, 2 1-10, CRITIQUE. 31

deux vers sont conçus dans le style des refrains qui coupent les strophes dans le cantique de Moïse et exaltent le bras de lahvé (cf. Lagrange, RB., 1899, p. 534 s.). L'idée va être développée dans la strophe suivante de trois vers. Si lahvé « appauvrit et enrichit, abaisse mais aussi élève », c'est à Lui qu'il appartient de retirer le pauvre de son abjection pour le placer sur le trône des princes (v. 8). Si c'est lahvé qui « fait mourir et fait vivre, (qui) fait descendre au se'ôl et en fait remonter », c'est donc Lui « qui garde les pieds de 'ses fidèles' », tandis que « les mé- chants sont anéantis dans les ténèbres ». Remarquer que les ténèbres du V. 9 peuvent très bien être parallèles au se'ôl du v. 6 (cf. RB., 1907, p. 70).

La dernière strophe forme la conclusion de tout le poème. Nous avons déjà vu que la corne du dernier vers est opposée à la corne du v. 1. Ici encore, lahvé triomphe de ses ennemis : « Ce n'est pas par la force que l'homme triomphe, lahvé brise son adversaire » (cf. v. l"*, v. 3 ss., V. 6 ss., V. 9). C'est une conclusion générale. Si, pour le moment, l'homme paraît triompher, il y a l'avenir, la perspective messianique lahvé reprend ses droits. C'est alors le jugement du monde entier au milieu des tonnerres et l'intervention du Messie (v. 10).

Nature du poème et son origine. Saint Augustin, qui est un partisan résolu de l'authenticité du cantique, ne se dissimule pas la dispropor- tion entre les paroles prononcées par Anne et la personne qui les prononce : Itane vero verha liaec iiniiis putabuntur esse mulier- culae, de nato sibi filio gratuLantis? Taniumne mens hominiun a luce veritatis aversa est, ut non sentiat super gredi modum femi- nae hajus dicta quae fudit ? [De civ. Dei, XVII, iv, 2). Le grand docteur en tirait la conclusion que c'était uniquement la grâce qui avait parlé par la bouche d'Anne, et il remarquait que le mot « Anne » lui-même veut dire « grâce » en hébreu. Les exégètes modernes se sont accordés à voir dans notre poème une composition postérieure intercalée dans le texte. Non seulement Anne ne l'a pas chanté, mais même l'auteur n'a pas songé à le composer pour elle. Selon Thenius, ce serait le v. 5, l'on parle de la femme stérile devenue féconde, qui aurait permis d'attribuer le psaume à la mère de Samuel. Il faut remarquer, en outre, que le poème n'a pas été introduit au même endroit dans le texte des Septante et le texte de la massore. Dans TM il figure après i, 28; dans G il coupe I, 28. Le début de ii, 11 dans G répond, en effet, à i, 28'' de TM. Enfin la formule qui précède la première strophe n'est pas la môme dans TM l'on a « Anne pria et dit », et dans G (B) l'on a simplement « et elle dit » (cf. comm. de ii, 1). Ce fait montre bien

32 I SAMUEL, 2 1-10. CRITIQUE.

que la formule a été composée après coup pour rattacher le psaume au reste du récit. Si quelques commentateurs comme Hummelauer et Schlôgl ont voulu plaider pour l'authenticité, c'est au prix de tours de force dans l'interprétation. Hummelauer reprend une hypothèse de Hens- ler, suivant laquelle le psaume était connu dans la tradition : Anne l'aurait récité par cœur. Un simple coup d'œil sur le commentaire exégé- tique montre que le style est celui des psaumes postérieurs. Comment, avant Anne et Samuel, pouvait-on parler du roi-messie, signalé dans le V. 10^? Aussi Schlogl enlève-t-il cette conclusion du psaume. Il n'hésite pas à voir dans ce chant l'antithèse constante entre la pieuse Anne et sa rivale Peninnâ. Une lecture même superficielle de certains psaumes, comme le psaume xviii en particulier, aurait montrer à l'auteur l'invraisemblance de son interprétation. Le texte de saint Augustin cité plus haut avaitjugé la chose avec autrement de goût. Dans la Biblische Zeitschrift, 1907, p. 4 ss., Schafers s'est chargé de faire bonne justice de ces opinions ultra-conservatrices.

Si la critique n'a qu'une voix pour reconnaître dans le cantique d'Anne un morceau introduit après coup, l'accord est loin d'être fait sur l'in- terprétation de ce cantique et la date à laquelle on doit en rapporter la composition. Calmet, reprenant une pensée de saint Augustin, déclarait que la mère de Samuel « prédit le règne du Messie et la gloire de son église )). Le caractère messianique du psaume n'avait donc pas échappé aux anciens et Budde s'en fait l'écho lorsque, en interprétant le v. 10, il déclare que « le roi est le Messie qu'on attend dans l'avenir. La teneur de tout le psaume et spécialement les vers eschatologiques 9 et 10' obligent à cette conclusion ». On ne pouvait mieux dire et, ainsi, l'auteur réfutait par avance l'opinion de Gunkel qui [Ausgewahlte Psalmen, éd., p. 272) voit dans le roi du v. 10 un roi actuellement existant et se sert de cette constatation pour dater le psaume de l'époque pré-exi- lienne. C'était aussi l'opinion de Kautzsch, cité par Lôhr. Ewald faisait du poète un roi qui ferait allusion à sa propre personne. Sellin et Haupt identifient même ce roi avec Jehoyakin, le roi de Juda emmené captif par Nabuchodonosor et remis ensuite dans les honneurs [ZDMG^ 1904, p. 618). Smend, dans son article tendancieux Ueber das Ich der Psalmeii [ZATW, 1888, p. 144), n'hésite pas à voir dans « le roi » et « le messie » la communauté d'Israël. Des exégètes comme Lohr et Nowack se ral- lient à cette hypothèse. Tout, dans le psaume, proteste contre une telle identification. Duhm a réagi, avec raison, contre ce courant qui veut faire du psalmiste le peuple d'Israël, et Gunkel {op. laiid., p. viii) ne craint pas d'écrire : « Quelques-unes des opinions actuellement en faveur,

I SAMUEL, 2 i-10. CRITIQUE. 33

et devenues même tout à fait à la mode, comme par exemple l'explication du « Je » des Psaumes par la « communauté », je les ai à peine men- tionnées, parce que je les tiens pour totalement erronées. »

Le roi, ou Messie, mentionné au v. 10 est donc le roi attendu par Israël. C'est celui qui doit inaugurer l'ère messianique, après que lahvé aura jugé les confins de la terre, au milieu des tonnerres. Ce sera le triomphe de lahvé sur l'homme. Deux camps partagent actuellement le monde : les fidèles (anton), et les méchants (cf. le v. 9). C'est le thème connu d'une série de Psaumes qui opposent le parti de lahvé au parti des grands de la terre. Les nnion sont les 'Aaioaîoi de I Macch. vu, 13 (cf. DuHM, Die Psalmeii^ p. xx). Les méchants triomphent; ils dédaio-nent leurs adversaires et blasphèment contre lahvé. Le fidèle n'a qu'une res- source, se réfugier en lahvé : « Pas de saint comme lahvé, et pas de Roc comme notre Dieu » (v. 2). C'est lahvé qui est l'auteur de toutes les vicissitudes du monde. Il a sur l'homme une puissance absolue (v. 6 s.). Cette puissance, il la mettra au service du juste humilié. Un jour viendra le juste siégera sur un trône au milieu des princes (v. 8). Les méchants n'ont donc pas lieu d'élever la voix ; ils ne savent pas ce que lahvé leur réserve (v. 3). Ils sont forts, ils sont rassasiés, ils sont féconds (v. 4 s.). La force, la richesse, la fécondité peuvent passer aux autres (v. 4 s.), c'est-à-dire aux justes. Et voilà pourquoi l'àme du psal- miste tressaille, voilà pourquoi :

Mon cœur a exulté en lahvé, ma corne s'est élevée 'grâce à mon Dieu'!

Rla bouche s'est dilatée contre mes ennemis : [ ] je me suis réjoui en ton salut!

Le Ps. XVIII développe une donnée semblable à celle de notre cantique. On y trouve au début la confiance en Dieu « le Roc », contre les ennemis (vv. 3 s.). La théophanie des vv. 8 ss. est supposée accomplie. Dans notre poème elle est simplement annoncée (v. 10). L'expression du psaume au V. 14 est la même que celle du cantique. Il est à remarquer que le Ps. xviii a aiî^'^s comme dans le cantique, tandis que II Sam. xxii, 14 qui est le prototype du Ps. xviii, a D"'n^"]a. Il semble donc que l'auteur du Ps. xviii s'est inspiré de I Sam. ii, 1-10. Ou peut-être ce changement de Q''au~'ja en aia^ZJZ est-il à une réminiscence du scribe qui con- naissait notre poème. Le Ps. xviii est, lui aussi, un chant de délivrance proféré vis-à-vis des ennemis. Il se termine par la mention du roi et du Messie. Duhm date ce psaume de l'époque macchabéenne. Mais la conception messianique du cantique d'Anne a surtout son parallèle dans celle du Ps. ii, nous voyons, comme ici, le Messie-roi exalté sur toutes les nations de la terre et lahvé se jouant du conseil des humains.

LIVRES DE SAMUEL. Q

34 I SAMUEL, 2 1-10. CRITIQUE.

C'est « le psaume messianique par excellence » (Lagrange, RB.y 1905, p. 41). « Si on juge de son époque par le caractère de son messianisme, on sera porté à l'attribuer à une époque assez basse, en tout cas après le soulèvement des Macchabées. D'autre part, comme il n'y est pas ques- tion de dissensions dans Israël, rien n'indique un temps postérieur à Jean Hyrcan » [ibid., p. 43). Notre cantique semble bien supposer ces dissensions intestines par l'opposition qu'il établit entre les D''T'Dn ('Aat- caTci) et les méchants. Il faudrait donc descendre un peu plus bas. Peut- être fut-il composé quand était clos le recueil des Psaumes et, pour cette raison, placé dans la bouche d'Anne.

11 [E] ii'Elle le laissa' donc en présence de lahvé' 'et partit' [ ] pour Râmâ [ ]. Cependant l'enfant était au service de lahvé devant le prêtre Éli.

12 Or les fils d'Eli étaient des fils de Bélial; ils ne se souciaient pas de lahvé, ^^ni du droit 'du prêtre vis-à-vis' du peuple. Chaque fois qu'un

11. inmril (G); TM (i, 28) : ^nT\W^\ mnl iJdS (G); TM (i, 28) : mmS. rfin^ (G); TM : -Si1. Om. nJpSx (G). Om. inn-Sy (G).

11. Dans G (B) : xat xaTéXijïev aùiôv Ixti hdyr.iot Kupîou, y.a\ à-f^'kfiz'i v.<; ApiJ.a6at[Ji, Dans G (Lag.) xa\ xaTÉXinov aùtbv Ivwntov xup(ou Ixat, xal 7:po(j£xûvri(jav tw xup(o) xa\ àTirjXôov dç, Ap[xa6at[x. Il est facile de voir que G (Lag.) a bloqué la leçon de G (B) et celle de TM dans I, 281'. D'autre part G (B) n'avait pas la finale HliTiS D'à innu?i*l dans i, 28^. La conclusion qui s'impose est que xai xaxÉXiTrEv aùiov ixet èvwtîiov xupfou de G (B) est l'é- quivalent de m.~i") □© inruJil.Le cantique d'Anne n'a pas été intercalé au même en- droit dans le texte qu'avait G (B) et dans celui de TM. Wellhausen a très bien reconnu que le texte primitif était conservé par G (B) qui n'avait aucune raison de supprimer njpSiS de TM. Le texte se reconstitue aisément en lisant innam pour innu?''1 et T]Sni (omettre njpS^) pour -|S''1. Quant à niH'' iJsS de G pour mn'iS, on envisageait la for- mule comme une simple variante.

Nous avons -h'J pour -Sx : cf. i, 10. Les mots iri2— )y ne figurent pas dans G et doivent être omis d'après ce qui précède. Emploi de ''JSTIX comme dans i, 22. "[n^T] Vty comme dans i, 9.

12. Après iSy G a, en plus, tou upÉco; d'après le v. 11. Pour SvSz cf. i, 16. L'ex- pression SySs""':! comme dans x, 27 (E). « La connaissance de lahvé « est le fonde- ment de la religion, d'après Os. iv, 1; vi, 6. La séparation des versets repose sur une confusion. Il faudrait au début du v. 13 : ... IDS^'Q H'I. Vidg. a très bien rattaché le début du v. 13 au v. 12 : nescientes Dominum neqiie officium sacerdotum ad populum.

13. Le début se rattache au v. 12. D'après G xa\ xh otxafwfjia ToiJ Upétoç ::apà tou Xaou confirmé par Targ. et Syr., lire ayn nJs'G "jn-JH T2Sï;ç!1. On voit qu'il suffît de ratta- cher à nx le D final de aiJHsn. Le rjSan "dB'é'Ç (viii, 9, 11) fait le pendant au -csura y\bT]. Nous avons, d'ailleurs, Dyn nxa QlJnJn 123ï;a dans Dent, xviii, 3. Le parti- cipe niT s'emploie dans le sens d'un conditionnel (cf. Gen. iv, 15; ix, 6). Le parfait consécutif K2l a ici le sens d'un fréquentatif. Le pi'el Su2 suppose naturellement un sujet sous-entendu ^^U^DH. Au lieu de la formule D'iJU^n u;Sy; aS"nm, dans la- quelle « les trois dents » sont considérées comme une apposition à « la fourchette », lire, avec Wellhausen, Di^W Twh^â ;S"D1.

36 I SAMUEL, 2 14-16.

homme offrait un sacrifice, le serviteur du prêtre venait, pendant qu'on cuisait la viande, et il avait dans la main 'une fourchette à trois dents'. •^ Alors il piquait dans la marmite, ou dans le pot, ou dans le vase de terre, ou dans le chaudron : tout ce que ramenait la fourchette, le prêtre le prenait 'pour lui'; ainsi en agissait-il à l'égard de tous les Israélites qui venaient pour sacrifier à lahvé' à Silo. '•''Même avant qu'on 'eût brûlé' la graisse, le serviteur du prêtre venait et disait à l'homme qui sacrifiait : « Donne de la viande pour qu'on la fasse rôtir pour le prêtre, car il n'acceptera pas de toi de la viande cuite, mais seulement de la viande crue! » ^'^Que si l'homme lui disait : « 'Qu'on brûle' d'abord la graisse, prends alors pour toi tant qu'en désire ton âme! » il disait : « 'Non'! mais donne dès maintenant! Sinon, je prends par force! »

13. DNn ]r\bn (G, Syr., Targ.}; TM : "nx □^:n3n. D^yd nurSu; iSTa^l; TiM :

14. iS {Versions); TM : 12. Ajouter mnlS n27S (G).

15. •(înTSp'i; TM : ]'n"cpv

16. I^rnspi; TM : "iïnl-iSpV nS {qerc, G); ket/iib iS.

14. Le verbe r^ZH"} est encore un fréquentatif. Le mot ^1>2 appartient comme déno- minatif au mot "1^12, assyrien kûi-u « poêle ». C'est la marmite qu'on place sur le feu. Le mot Tl" est l'assyrien dûdu « pot » [KAT^, p. 650). La nnSp est devenue en

copte (TAXAIT (Lagarde, Uebersiclu..., p. 88) et représente le « pot de terre ». Gesenius rapproche "i^ns de l'arabe ,^ « bouillir ». On sait que les Y'j* et les 'fV ont généralement des significations parallèles. Au lieu de 12, lire i"? d'après les versions. Avant DU? qui fait double emploi avec nS'^*2, lire, d'après G 6uaat Kjpîw, rh'àl mn"ib n2TS qui est confirmé par i, 3. Comme nTJ2 se rapporte à ni~\ on peut très bien laisser le wd de TM, avant n2'"'.

15. La ponctuation massorétique voudrait insinuer Yliif'il pour ■jlTiDp"', mais Wellhausen a très bien remarqué que la forme liif'il est postérieure et sert spécia- lement à exprimer la combustion de l'encens (dénominatif de riTCp), tandis que l'ancienne forme pVel que nous retrouverons au v. 16 s'emploie pour signifier « brûler » n'importe quelle partie de sacrifice. Il faut donc ponctuer plispi. Nouvel emploi de "insn lïJ N2T comme dans le v. 13. Les fils d'Eli sont coupables en ce qu'ils ne permettent pas que la viande soit cuite par le sacrificateur en présence de lahvé. Il fallait que la fumée montât d'abord vers Dieu. Il est intéressant de constater que, chez les nomades, pour la fête du Dahîe/i, « si quelqu'un veut prendre un morceau et l'emporter, cela lui est permis, après l'avoir toutefois placé quelques instants sur le feu » (Jaussen, Coutumes des Arabes, p. 372).

16. Au lieu de IDN'iT on attendrait "laNl pour continuer les parfaits d'habitude. Driver cite pourtant Jud. xii, 5 s. et Jer. vi, 17, en faveur de TM. G a omis TiSx. Au lieu de "jniQpi lire 't^n'Cp'' et cf. lev. 15. L'expression mi3aicile sens de « d'abord » comme dans Gen. xxv, 31; I Reg. xxii, 5. Le verbe niN*, de même que le substantif niN, s'emploiepresque toujours avec V!^2. L'expression se retrouve dans II 6'a/«. m, 21.

I SAMUEL, 2 17-20. 37

i'i\.insi le péché des jeunes gens était très grand devant lahvé, car ils méprisaient [ ] l'offrande de lahvé.

^^ Cependant Samuel faisait le service en présence de lahvé, 'et le jeune homme' était ceint d'un éphod de lin. '■' Sa mère lui faisait un petit manteau qu'elle lui apportait chaque année, lorsqu'elle montait avec son mari pour offrir le sacrifice annuel. ^"^ Alors Eli bénissait Elqânâ et sa femme, et il disait : « Que lahvé te 'rende' une progéniture de cette femme, en échange du prêt qu'elle 'a fait' à lahvé! » Puis ils s'en allaient 'chacun'

17. Om. n^yj^Nn (G).

18. 1^3.-11; TM : Ij;:.

20. □Suri (G); TM : DU''. nSxun (cf G); TM : SnU. Ajouter UlX (G).

Avec le qerê lire nS qui est soutenu par G. Le paseq indique qu'il y a une diffi- culté avec le kethib iS. La tournure ^D nS comme dans viii, 19. Le parfait TinpS est emphatique et exprime la résolution énergique.

17. Budde se trompe, en disant que T\T\'^ '':2~nN* manque dans G. La vérité est que G a Ivconiov Kupt'ou à des places différentes dans G (B) et G (Lac), mais rien ne nous force à retrancher mni "^JETIX de TM. Il semble bien que n''UJNn qui ne figure pas dans G a été ajouté après coup pour éviter le contact entre Ià'n: et nin'' rin^îD nx : cf. XXV, 22; II Sam. xii, 14. La nriwD représente n'importe quelle offrande à lahvé (cf. Gen. IV, 3, 4; Jtid. vi, 18).

18. L'expression du début nous ramène au v. 11. Budde remarque justement que, d'après les vv. 11, 26; m, 1, il faut répéter devant yjz les deux dernières lettres de mn"! et lire 1"3m. Il faut distinguer soigneusement trois sortes d' Éphod. D'abord l'éphod qui représentait une image cultuelle le plus souvent en métal (cf. xxi, 10); puis l'éphod du grand-prêtre que nous verrons au v. 28; enfin l'éphod-bad ou « éphod de lin ». Ce dernier, dont il s'agit ici, est un simple vêtement et, d'après II Sam. vi, 14, 20. il semble bien que c'était une sorte de pagne qu'on revêtait à la ceinture. Cet éphod de lin est encore porte par les prêtres de Nob, dans xxii, 18. On sait que, chez les Assyriens, les prêtres avaient un vêtement du nom de Jdtû « lin « [KAT'*, p. 591). Mais, d'après Haupt et Foote (Gesenius-Buhl, s. v. 13 2°), le mot ~3 représenterait non pas le lin, mais le membrum virile [~1 = partie; au pluriel D'i~2 « membres du corps »). L'éphod-bad serait alors le pagne destiné à voiler cette partie du corps.

19. Les verbes riUVr et nn'lïm marquent la coutume : cf. Gen. ii, 6 pour la con- sécution des temps. La locution na^ai D'iaiD comme dans i, 3. Le Siya est rendu par ôt^ïXotç dans G. C'était le manteau des grandes personnes (xviii, 4; xxiv, 5, 12; Job I, 20; n, 12). Il figure parmi les vêtements du grand-prêtre et devait se mettre par-dessus la tunique {Ex. xxviii, 31; xxix, 5; xxxix, 22). « Quelques rabbins font sur ce texte une remarque puérile; ils veulent que la mère de Samuel gardât auprès d'elle ce petit manteau, qu'ils croient avoir été fort précieux, et ne l'apportât qu'aux jours de fête auxquels son fils s'en devait servir, et qu'ensuite elle le reportait chez elle » {Calmet). A la fin le □'iG^H "27 comme dans i, 21; xx, 6.

20. D'après G ànoxicat lire d'^U'' au lieu de DU'' et cf. Ex. xxi, 36. On ne peut con- server Sxu qui ne donne pas de sens. Wellhausen propose S»XU d'après i, 28 et il

38 I SAMUEL, 2 21-24.

chez soi. 21 lahvé Visita' Anne : elle conçut et enfanta 'encore' trois fils et deux filles. Cependant le jeune Samuel grandissait auprès de lahvé.

'-^-Éli était très vieux. Lorsqu'il apprit tout ce que faisaient ses fils à l'égard de tout Israël (et qu'ils couchaient avec les femmes qui veillaient à l'entrée de latente de réunion), 23 i[ leur dit : « Pourquoi agissez-vous suivant ce que j'entends dire [ ] par tout le peuple? [ ] 24Non, mes fils! elle n'est pas belle la rumeur que j'apprends : vous éloignez Ue peuple

21. YpSîil (G); TM : Ipr^-^o. - Ajouter "îiîr (G ; B, Lac).

23. Om. Dln DD*iin-nN (G : B). - Om. nSx (Vulg.).

24. -oya DVn (cf. g : Lac); TM : -QV.

est suivi par Jastrow, tandis que Klostermann lit mni Sxty "itt^N « que lahvé a prêté ». G a ï-^pTicixz qui suppose nS^y?."? mais contredit i, 28. Budde corrige très justement cet nSNUrn en nSxtt;n qui est tout à fait en harmonie avec i, 28. La fin impaS isSm ne peut se justifier en hébreu. Syr. suppose DaipaS qui semble une correction. G a xal (Î7iîiX6£v ô (2v6pwîroi; e?ç tov t6tov aùroiî, d'où Wellhausen iDlpaS TjSm et Kloster- mann iaipnS ur'K iDSm qui est confirmé par Jud. i\, 55.

21. Lire, au début, YpBîil avec G et Syr., au lieu de ■îps~i3. Driver cite d'autres cas le T s'est confondu avec un 3 (/s. xxxix, 1; II Reg. xx, 12; Jer. xxxvii, 16). L'expression lp9 pour signifier que lahvé accorde une heureuse conception comme dans Gen. xxi, 1 s. lahvé est cause de la stérilité (i, 5 s.) et de la fécondité (11, 5). G (B) n'a pas inm qui a pu tomber par haplographie. Après iSm ajouter liî? avec G (B, Lac).

22. Le premier -12 est omis dans G (B, Lac). La seconde partie du verset à partir de -'\XHii riNT ne se trouve pas dans G (B). Les commentateurs sont presque una- nimes à y voir une ajoute postérieure, calquée sur Ex. xxxviii, 8. On remarquera que le sanctuaire de Silo est un temple SdTi (i, 9) et non une tente TAtZ Snx. Le sanc- tuaire a une porte à deux battants (m, 15) et non une simple ouverture nns. Le verbe Xlï s'emploie pour exprimer une fonction spéciale exercée à la porte du ta- bernacle (Ex. xxxviii, 8; Num. iv, 23; viii, 24). Il s'agit des gardiennes postées devant le tabernacle, une sorte de militia sacra d'après GEsiiMus-BuiiL, s. v.

23. Il est facile de voir que ni!71 DD'i"i:n~nx qui n'existe pas dans G (B) est une glose explicative. Il faut rattacher directement riNQ à yaUT- A la fin nSx est étrange au lieu de n^n. D'après G xovi Xaou Kup(ou, Wellhausen propose de voir dans nSx un

reste de DXlSx qui remplacerait le primitif mriV Driver observe justement que cette hypothèse n'explique pas l'article de DÎTn. Il vaut mieux, avec cet auteur, envisager nSx (écrit d'abord bx) comme une dittographie de Sx qui ouvre le v. 24. Vulg. ne l'a pas traduit.

24. Il est difficile d'interpréter D'i'liya dans la seconde partie du verset. Wellhau- sen, Budde, Nowack rapportent aniVa à UV et donnent à ail3!?a le sens de « propageant ». C'était déjà l'interprétation de Rasi d'après Ex. xxxvi, 6. Dans G (Lac) nous avons tou :ïoi£î'v tov Xabv [xt] Xa-cpsusiv tw xup(q). Nous croyons que, au lieu de -Qy, le texte primitif avait -D^TD UV^ et qu'il y a eu haplographie. Il faut alors donner à D'i'llim le sens de « faisant passer loin de »,

I SAMUEL, 2 25-28. 39

d'auprès' de lahvé! -•'Si un homme pèche contre un homme, Dieu 'sera juge', mais si un homme pèche contre lahvé, qui s'interposera pour lui? « Mais ils n'écoutèrent pas la voix de leur père, car lahvé voulait les faire périr.

2^ Cependant le jeune Samuel progressait en taille et en beauté devant lahvé et devant les hommes.

[P] 27 Un homme de Dieu vint vers EH et lui dit : « Ainsi a parlé lahvé : Je me suis 'révélé' ù la maison de ton père, alors qu'ils étaient en Egypte, 'esclaves' de la maison de Pharaon, ^sje l'ai choisie parmi toutes les

25. îlSSsi; TM : iSS21.

27. nSaj (G); TM : nSaj.i. Ajouter aniîr (G).

25. La locution « pécher » (j^lDn) contre un homme est caractéristique de E (cf. L\- GRANGE, Juges, p. xxxi). Il cst facilc de voir qu'il y a une relation voulue entre lS;D1 et SSsnV Wellhausen a très bien remarqué qu'il fallait lire iSSsi au lieu de iSSsi et faire de D\"iSx le sujet de iSSb. Le pluriel est précisément employé lorsqu'il s'agit de la divinité rendant la justice (cf. Ex. xxii, 8 etc.). Alors la forme Idthpa'el ne peut signifier autre chose que « se constituer comme juge ». Déjà Galmet proposait : « Si un homme pèche contre un autre homme, le Seigneurie jugera; mais si un homme pèche contre Dieu, qui le jugera? » lahvé veut faire périr les enfants d'Eli (cf. Jud. XIII, 23). L'endurcissement du cœur est reporté à lahvé comme cause pre- mière (cf. Ex. IV, 21; Jos. XI, 20; Is. vi, 9 S.; Me. iv, 12).

26. Comparer avec Lue. ii, 52. Pour lliDT Sl^T "|Sn cf. II Sam. m, 1; Ex. xix, 19,

27. L'intervention de l'homme de Dieu doit se rapprocher de Jud. vi, 8, nous avons un « prophète » au lieu de l'homme de Dieu. On emploie, d'ailleurs, QinSx y;"'N pour signifier le prophète (Gesenius-Buhl, s. v. DMSn). Le début T]^T\'^ IQiS' .13 appar- tient au style prophétique (cf. II Sam. vu, 5 et Jud. vi, 8). Si on laisse l'interrogatif nSaûn, il faudra supposer nS DX « ou non » sous-entendu. Klostermann propose nSj in. D'après G et Jud. vi, 8, il est mieux de considérer le n du début dans nSa^r; comme une dittographie du n final de mnVL'emploi de n'^ai pour signifier « se révé- ler » en parlant de lahvé, comme dans Gen. xxxv, 7. La maison paternelle d'Eli est sans doute la maison de Lévi. D'après G BoûXwv, il faut replacer D''71ï? devant ri''3S. On comprend la chute de D'il!!/ par suite de sa finale similaire de celle de d'iIaD

0 = ^)•

28. L'infinitif in2l est employé pour continuer le récit entam»? par 'in'''?5J. C'est une tournure spéciale aux textes de basse époque (Gesenius-Kautzsch, § 113 z). Au lieu de ]niS qui demanderait plutôt le pluriel, lire ]nDS d'après G Uparetjetv. Smith considère rilSî/*S comme l'infinitif hif'il. Mais l'offrande du sacrifice est représentée par 1"i"apnS miDp « pour faire brûler l'encens » (Budde). La forme ni^!/^ est simplement l'infi- nitif (jra/ : « monter à l'autel ». Comme l'expression XU7J ne s'emploie pas pour le vê- tement, il ne s'agit pas ici de l'éphod du v. 18 ; on aurait d'ailleurs ^2 llîJN. Il s'agit de l'éphod qui rend les oracles, comme dans xiv, 3, 18. Sur la nature de cet éphod, cf. Lagrange, Juges, viii, 27. D'après G(B)et Vet. Lat., omettre "iJsS qui s'est glissé dans le texte par suite de la confusion entre l'éphod-oracle et l'éphod-vête- ment. A la fin, d'après G eî? ppGdiv restituer SbxS qui est confirmé par Deut. xviii, 1 .

40 I SAMUEL, 2 29-31.

tribus d'Israël pour qu'ils soient prêtres' : pour qu'ils montent sur mon autel, pour qu'ils fassent brûler l'encens et qu'ils portent l'éphod [ ], et j'ai donné à la maison de ton père tous les sacrifices des Israélites, 'pour qu'ils les mangent'. 29 Pourquoi donc 'as-tu regardé' 'd'un œil mauvais' sur mon sacrifice et mon oblation que j'ai ordonnés et pourquoi as- tu honoré tes fils plus que moi, 'en les rassasiant' 'avant moi' des prémices de toutes les oblations d'Israël? C'est pourquoi, parole de lahvé le Dieu d'Israël : J'avais dit : ta maison et la maison de ton père marcheront devant moi pour toujours, mais maintenant, parole de lahvé, loin de moi! Car j'honorerai ceux qui m'honorent, mais ceux qui me méprisent seront méprisés. -^^ Voici que des jours arrivent, je trancherai ton bras et le

28. in^S (G); TM : inbb. Om. i:sS (G : B; Vet. lat.). Ajouter SixS (G).

29. rir23n (G); TM : VcV2T\. ]iiva (cf. G); TM : 1^;^. T]>«113riS (cf. G);

TM : DDN^l^nS. ^JdS (G); TM : IcyS.

Budde veut voir dans la seconde partie du verset une ajoute deutéronomienne. Tout le passage est de P. Le mot n'd'ti est caractéristique de P (Holzinger, Hexateuch, p. 341).

29. Au début, G suppose naSi pour Tvàl. D'après 123m, on attend un verbe au parfait et à la seconde personne du singulier au lieu de 112^*211. En comparant avec G £7ri8X£'];aç et avec le v. 32, Budde propose excellemment m22n. Le n2"? et la nnJQ représentent l'ensemble des sacrifices comme dans m, 14 et Am. v, 25. G n'a pas TT'IÏ l^yK' que Smith et Budde considèrent comme une glose. Il y a eu simplement erreur d'homœoteleuton à cause de la finale commune in. Il est impossible de con- server liyp qui ne donnerait aucun sens. Avec Klostermann lire "itiyn forme piel du qal ^t;; de xviii, 9. Le sens est « regardant d'un mauvais œil » : cf. G àvatôeî o»6aX|j.S). Au lieu de □wN''"|2nS « pour que vous rassasiiez >>, Budde propose D3N'12n"' « pour que vous soyez rassasiés ». G a ivsuXoYsî'aOat qui suppose comme consonnes "iisnb. On peut considérer alors le D final de DDKilinS comme une dittographie et lire TJ^llinS « pour que tu (les) rassasies ». Comme le remarque Wellhausen, on pourrait facilement considérer le S de ^ayS comme une dittographie du S précédent, n'était le texte de G ?u.7:poa6£v |j.ou qui suppose i^eS « avant moi ». C'est bien le péché des Élides d'après le v. 16.

30. L'expression nin"i DNJ est très rare dans les textes historiques. Elle ne se trouve jamais dans D et son école {Budde). On la retrouve dans II Sam. xxiii, 1; Is. i, 24; Lvi, 8; Ps. ex, 1 etc.. L'infinitif absolu "iiax s'emploie pour marquer une concession: « Sans doute, j'avais dit etc.. » (Gesenius-Kautzsch, § 113 p). Il n'est pas néces- saire de considérer "ilN nisi comme une ajoute postérieure (X Lohr, Noivack). On ne voit pas du tout pourquoi on aurait ajouté cette locution qui ne joue aucun rôle dans le contexte. L'iiarmonisation avec le v. 27 eût enlevé "in"'!. Driver remarque justement que Tj'^'nnn, ici comme au v. 35 et dans Gen. xxiv, 40; xlviii, 15, inclut à la fois l'idée morale de l'obéissance à lahvé et l'idée de la prospérité qui en est le fruit. Le verbe 723 comme dans le v. 29.

31. La formule D\S2 Diai TMT\ se retrouve dans Âmos et dans Jcrémie. Ailleurs elle

I SAMUEL, 2 32-35. 41

bras de la maison de ton père, en sorte qu'il n'y ait plus de vieillard dans ta maison. '^^Tu contempleras alors, 'témoin envieux', tout le bien que je ferai' à l'égard d'Israiil, mais il n'y aura pas, durant tout le temps, de vieillard dans ta famille. '■'■'' Cependant je laisserai subsister quelqu'un de chez toi auprès de mon autel, afin de faire languir 'ses yeux' et de 'consu- mer' 'son âme', tandis que toute la multitude de ta famille mourra 'sous le glaive' des hommes. ^^Le signe pour toi, ce sera ce qui arrivera à tes deux fils, Hofnî et Pînehas : ils mourront tous deux le même jour. ''^ Je susciterai ensuite pour moi un prêtre fidèle : il fera 'tout ce qui' est dans

32. "j^i-^lZ -y; TM : •[T^>2 ni*. 2V>2\S ; TM : 2iT2lV

33. 1^3iy (G); TM : yz>y. l^snSl; TM : znxSl. - iufSJ (G); TM : "UrDJ. Ajouter 2ini (G).

35. I^N-Ss (G); TM : TCND.

n'apparaît que dans II Reg. \\, 17 {= Is. xxxix, 6). Pour le verbe "Ti « trancher », cf. Jud. XXI, 6 (P) et Jer. xlviii, 25. On ne voit pas pourquoi Smith préfère la leçon de G : yi't'nNl TiyTt. Il s'agit ici de la force qui est enlevée par Dieu et non pas de la postérité. Pas plus que pour "ji^X n''n du v. 30, nous ne voyons la nécessité de retrancher -jiZN rCl yiTTiNl (X Lohr). G (B) n'a pas la fin à partir de mina ni la première partie du v. 32. Quelques-uns optent pour la suppression, sous prétexte que ces deux tronçons de versets n'ajoutent rien au sens. Cela explique précisément pourquoi G (B) a pu les omettre. Mais la formule "71122 73" riTTia est un très bon complément après 'Tiy'Tin, et le début du v. 32 forme le pendant du début du v. 29.

32. Au lieu de "jiya lire l>yj12 {cf. v. 29). Si on laisse ly, il faudra le considérer comme signifiant « ennemi », mais Budde remarque que iy signifie « ennemi » dans le sens actif et non pas simplement quelqu'un qui regarde passivement. Bôttcher pro- posait ~iyD « tu regarderas /9o?<r un roc de défense ». Mais rrcan ne peut signifier « regarder pour » (Driver). La meilleure conjecture est celle de Budde qui lit T" au lieu de li*. Le changement est très léger et le sens est excellent : « Tu regarderas, témoin jaloux etc.. ». Au lieu de ^l'i^i* lire z^'C^N. C'est la continuation des paroles delahvé. Pour l'expression, cf. Dent, xxviii, 63. A la fin G (B) a un texte assez diffé- rent : xat oùx. 's'axai aou j:p£(i6ûtr]i; âv otV.w [aou za^a; Ta; fjaépaç.

33. La locution du début « je ne ferai pas manquer », c'est-à-dire « il y aura tou- jours », comme dans II Sam. ni, 29; I Reg. ii, 4 etc.. Au lieu de "^J^y et "];!'£;, G suppose liriy et i'iiJSJ qui sont de beaucoup préférables. Il s'agit ici des descendants d'Éli qui doivent se consumer de tristesse en voyant qu'une autre famille a reçu la dignité sacerdotale. Ce prêtre sera Sadoq (I Reg. ii, 27), dont la famille fidèle sera désignée dans le v. 35. Le verbe nlS^ avec le sens de « faire languir » comme dans Job XXXI, 16. Au lieu de 21"nSi lire Z'^tSi icf. Jer. xxxi, 25; Lev. xxvi, 16). A la fin, d'après G Iv poix^afa àvôpwv, restituer 2in2 devant □v^;*jx.

34. Allusion à iv, 11. Il s'agit ici d'un signe donné à Eli et non du châtiment infligé aux fils.

35. L'expression inl'w*^ "'';£"' suppose la royauté constituée. Il s'agit ici de Sadoq, le chef du sacerdoce fidèle ^cf. Ezech. xliv, 15). Au lieu de Tw'N3 nous lisons

42 I SAMUEL, 2 36 3 1-2.

mon cœur et dans mon âme; je lui constituerai une famille durable et il marchera tous les jours en présence de mon oint. ^6 Alors quiconque restera encore dans ta famille, viendra se prosterner devant lui pour un salaire d'argent et un rond de pain, en disant : Attache-moi, je t'en prie, à Tune des fonctions sacerdotales pour que je mange un morceau de pain! » III, [E] 1 Le jeune Samuel servait lahvé en présence ^d'Éli. Or la pa- role de lahvé était rare en ces jours-là : il n'y avait pas fréquemment de vision : -Un jour Eli était couché chez lui; 'car ses yeux' avaient

111,2. ']'^2'^-J^ {qere); ket/lib'^2'^'J^.

")U;n~S3 d'après G wdvxa, qui est confirmé par II Sam. vu, 3 (P). La locution IQKJ ri'>3, comme dans xxv, 28 (P). Pour "'iJsS "jSnnni cf. le v. 30 et pour D''a^■^~b^ le v. 32.

36. L'expression du début... n\"n comme dans II Sam. xv, 35. Le mot miiK est rendu par « pièce d'argent » dans G et Vulg., d'après l'interprétation des Juifs qui comparent avec mj. Calmet proposait comme sens ; « Il demandera très humble- ment aux autres prêtres de lui accorder d'être admis dans leurs rangs et d'être em- ployé à leurs fonctions, pour gagner une pièce d'argent, ou un morceau de pain : ce sens se soutient fort bien avec ce qui suit. » D'après l'assyrien agâru « louer, prendre à gages », il semble bien que =1D3 miJX puisse s'interpréter d'un « gage d'argent », paredlèle au morceau de pain qui suit. Le verbe nSD « attacher » comme dans XXVI, 19. Le mot ,13.12 est tout à fait caractéristique de P (Holzixger, Hexa- ieuch, p. 343).

III, 1-18. Vision de Samuel. Il s'agit d'une vision nocturne reçue par Samuel pendant qu'il dort dans le temple. Dieu se manifeste, la nuit, dans les sanctuaires. Cf. le songe de Jacob à Béthel [Gen. xxviii, 10 ss.) et ses réflexions à son réveil (v. 16 ss.). Dieu est supposé habiter le temple (cf. i, 7, 9, 24). Le rôle des songes dans les rapports des hommes avec la divinité a été très considérable dans l'anti- quité sémitique. Nous citerons les songes de Gilgamès et d'Eabani [Choix de textes..., p. 201, 1. 25 ss. ; p. 203, col. vi; p. 211, col. iv, 13 ss. ; p. 239, col. m). Le songe de Gudéa, patési de Lagas, est du plus haut intérêt (Thure.vu-Daxgix, Les inscriptions de Sumer et d'Akkad, p. 137, 27 ss. Cf. RB., 1906, p. 181 s.). C'est toute une révé- lation que le monarque reçoit la nuit. Peut-être était-il, lui aussi, couché dans le temple [ibid., p. 139, 24; p. 143, 13). Comme autre exemple de visions nocturnes, celles de Jacob [Gen. xxvm, 10 ss. et xlvi, 2). Dans Gcn. xlvi, 2, même interpella- tion et même réponse qu'au v. 4. Ces textes sont de E.

1. Cf. II, 11, 18. G ajoute toù Upéto; après 'HXei (cf. ii, 11). La fin du verset est pour accentuer le caractère exceptionnel de ce qui va suivre. Emploi du verbe yiD au nifal avec le sens d'« être étendu, fréquent » (cf. II Chr. xxxi, 5). Le terme li"rn se dit spécialement do la vision prophétique.

2. Avec le qen: lire ^'^l>V^■ On peut considérer ninD comme le pluriel de l'adjectif féminin nns qui se dit spécialement des yeux. Ou bien lire nins, infinitif construit de nriD. Éli n'y voit plus. Il dort donc chez lui, car il ne peut plus surveiller ce qui se passe dans le temple. Samuel fait le service (v. 3''). Pour la locution 1Qlpa2 cf. II, 20. Emploi de S^T) xS pour marquer l'impuissance habituelle. Cf. niNlS bsT» »sS dans Gen. xlviii, 10 (E).

I SAMUEL, 3 3-10. 43

commencé de s'affaiblir et il ne pouvait plus voir; ''^la lampe de Dieu n'était pas encore éteinte, et Samuel était couché 'dans le temple' se trouvait l'arche de Dieu. '' Alors lahvé appela : « 'Samuel', Samuel ! » Il dit : « Me voici ! » ■' 11 courut donc près d'Éli et dit : « Me voici, car tu m'as ap- pelé! » Il dit : « Je n'ai pas appelé : retourne te coucher! » Il retourna donc se coucher. '^ lahvé recommença à appeler : « Samuel, [ ] Samuel! » 11 se rendit donc près d'Éli et dit : « Me voici, car tu m'as appelé ! » Il dit : c( Je n'ai pas appelé, mon fils, retourne te coucher! » 'Or Samuel ne 'connaissait' pas encore lahvé et la parole de lahvé ne s'était pas en- core manifestée à lui. ^ lahvé recommença à appeler Samuel pour la troi- sième fois. Il se leva donc, se rendit près d'Eli et dit : « Me voici, car tu m'as appelé! » Alors Éli comprit que c'était lahvé qui appelait le jeune homme, '■^ et il dit [ ] : « Va te coucher et, si l'on t'appelle, tu diras : Parle, ô lahvé, car ton serviteur écoute! » Samuel partit donc et se coucha à sa place. ^'' lahvé vint, s'approcha et cria comme les autres fois :

3. SD>n3 (G ; B); TM : nlHl SD'ini.

4. SN^au; (G): TM : -Sn.

6. Om. Dp^T (G).

7. VV; TM : m

9. Om. Sxinxyb iSîr (G).

3. Le sanctuaire possède une « lampe de Dieu ». Il y avait sept lampes dans le tabernacle (Ex.xw, 37); cf. les lampes du Temple (I Reg. vu, 49 etc.). Le mot mni ne figure pas dans G; il a été ajouté d'après i, 9. Ponctuer SD^ni et retrancher nini. Evidemment OXiSn* 1J et D^lSkS ]TlN sont en faveur de E. Pour la description de l'arche Ex. xxv, 10 ss. et Deut. x, 1 ss. Le mot est assyrien, avânu {KATs, p. 650).

4. Au lieu de SxinxybN', G a l'interpellation directe SnIQU; répétée. On comprend que l'un des deux noms soit tombé par haplographie. Pour la répétition du vocatif> cf. Gen. XXII, 11; xlvi, 2; Ex. m, 4. Tous ces passages sont de E. Et partout on a la même réponse. Dans Gen. xlvi, 2, il s'agit aussi d'une vision nocturne. Cf. le v. 10.

5. Double impératif 3DU? 21U?, dont le second est comme un complément du pre- mier : construction asyndétique.

6. lahvé répète le même appel. G n'a pas npil entre les deux SnIQ'^T, ce qui per- met de garder le double vocatif comme au v. 4. □p'iT a pu être intercalé d'après le V. 8.

7. Lire y~> avec l'imparfait, comme nSi''. Le verset explique pourquoi Samuel court vers Eli. C'est un confirmatur du v. 1''. Il s'agit dans les deux cas de la « parole de lahvé ».

9. G n'a pas SiSlQ-kUS "iSv qui explique. Il n'a pas non plus r\^^'^ après 13", parce qu'il harmonise avec le v. 10. « Ton sei'viteur », en parlant à lahvé. Cf. i, 11 « ta servante ».

10. G n'a plus le vocatif « Samuel, Samuel », qui est très intéressant puisqu'il montre comment il fallait lire dans les versets précédents. Le paseq pour empêcher

44 I SAMUEL, 3 11-17.

« Samuel, Samuel ! » Samuel dit : « Parle, car ton serviteur écoute ! » i' Alors lahvé dit à. Samuel : « Voici que je vais faire en Israël une chose dont tinteront les deux oreilles de quiconque l'apprendra! ^~En ce jour, j'exé- cuterai contre Eli tout ce que j'ai dit au sujet de sa maison du com- mencement jusqu'à la fin! ''^ 'Tu lui annonceras' que je juge sa famille pour toujours, [ ] parce qu'il a su que ses fils maudissaient 'Dieu' et qu'il ne les a pas 'punis'. '^ C'est pourquoi j'ai juré à la maison d'Éli que l'iniquité des fils d'Eli ne serait jamais effacée ni par le sacrifice ni par l'oblation! » ^'^ Samuel se coucha jusqu'au matin, 'puis il se leva de bonne heure' et ouvrit les portes du temple de lahvé. Cependant Samuel crai- gnait de faire connaître la vision à Eli. "^Mais Eli appela Samuel et dit : « Samuel, mon fils ! » Il dit : « Me voici '' Il dit : « Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

13. mam; TM : iminT Om. p';2. DXibN (G); TxM : DnS. ilDn; TM : HHD. 15. Ajouter npis D3ï;!i1 (G).

riiaplographie. Nous ne voyons pas pourquoi Budde retranche « Samuel, Samuel » comme superflu aprèsQi'Ei D"23-

11. Au lieu de 121, G a pi^|jLaT(it {aou qui veut faire allusion à la prophétie de l'homme de Dieu (ii, 27 ss.). Il ne s'agit pas ici du remplacement de la famille d'Éli par celle de Sadoq, mais des événements du ch. iv. La forme nJ''S2în est anormale. On trouve cependant n:i2Dn qui provient aussi d'un J?' y. L'expression « quiconque l'entendra, ses oreilles en tinteront » reparaît dans II Reg. \x\, 12; Jer. xix, 3.

12. Ici encore emploi de "Sx pour ~hy. Dans in''3,~bN, Sn a le sens de « au sujet de » (cf. I, 27).

13. D'après le v. 15, lii-e mini pour imjm [Klosicrmann). G ajoute uîôiv aùrou après "[lyi, pour spécifier. Wellhausen a très bien remarqué que l"i!;2 est superflu et ne peut se justifier au point de vue grammatical. Au lieu de DhS lire évidemment □"inSs' d'après G 6£6v. On a voulu éviter le contact entre le nom divin DXiSn et le verbe SSp. Le pVeî de nriD a le sens de « se décourager », ce qui ne convient pas au contexte. Perles propose le mot talmudique nna « empêcher ». Lire, avec Klos- termann, non « punir ».

14. Budde rapproche de xxvi, 19, pour l'idée du péché elTacé par le sacrifice. Sens de ISDnn d'après \e pi'cl -|B3 (cf. II Sam. xxi, 3).

15. D'après G, ajouter "ipiin □puis'l après 1pl"i et cf. i, 19 (E). Il y a eu erreur d'homœoteleuton. Le terme HNID est le même que celui employé dans la vision nocturne de Jacob [Gen. xlvi, 2 : E).

16. Appel et réponse comme au v. 4.

17. L'imprécation placée ici dans la bouche d'Éli ne se retrouve que dans les livres de Samuel, des Rois et de Ruth. Selon Smith elle s'expliquerait par le fait qu'on im- molait un animal au moment du serment. On souhaitait au transgresseur un sort semblable à celui de la victime. Comparer l'expression grecque Kp/.iot TÉixvetv. Budde rapproche l'épisode des bœufs dépecés par Saiil (xi, 7). D'après G lire à la fin T]''^"N'2 [Kloslermann).

I SAMUEL, 3 18-21. 45

Ne me le cache pas, je t'en prie! Que Dieu en agisse ainsi à ton égard et qu'il fasse plus encore, si tu me caches quelque chose de tout ce qu'il a dit tes oreilles' ! » ^^ Alors Samuel lui découvrit toutes les choses et il ne lui cacha rien'. Puis [Eli] dit : « C'est lahvé : qu'il fasse ce qui est bon ses yeux'! »

^^ Cependant Samuel grandit et lahvé fut avec lui. Il ne laissa rien tomber à terre de toutes ses paroles, IV, i* et la parole de Samuel s'a- dressa à tout Israël, ^'^en sorte que tout Israël, depuis Dan jusqu'à Ber- sabée, sut que Samuel était établi comme prophète pour lahvé. 21 lahvé continua de se faire voir à Silo, car il se révélait à Samuel. 'Cependant Eli était très vieux, et ses fils rendaient leur conduite de plus en plus mauvaise en présence de lahvé'.

17. r\'^2}i<2 (G); TM : ybii.

18. Ajouter in (G : Lac). 11^''^ (qei'ë); kctliib U^y.

21. mn'' ^JsS D3i-r nni :]iSn jidSh im^i txc ]j3"? %i (G); tm : mni 12-2 rh^i.

18. D'après G (Lag.) p^[ia restituer liT après "i:a)2. Lire lijiv avec le qerë. Tour- nure comme dans i, 23 (E).

19. Le début analogue à II Sam. v, 10. L'expression ... Sis.TN'St comme dans Jos. XXI, 45; XXIII, 14; I Reg. viii, 56; II Reg. x, 10. Nous proposons de placer ici le début de iv, 1, qui ne se retrouve pas dans G et qui n'est pas en place dans TM.

20. Les extrémités du territoire d'Israël sont indiquées du nord-est au sud-ouest. Dan, anciennement Laïs [Jud. xviii, 29), est localisée à Tell-el-qâdi « Tell du Juge » à l'ouest de Bâniyds, tandis que Bersabée (!;2U~1N*2 « puits du serment » d'après Gen. XXI, 31; xxvi, 33) est maintenant Bîr-es-seba', tout à fait au sud de la Pales- tine. L'expression « depuis Dan jusqu'à Bersabée » comme dans Jud. xx, 1 (E). La désignation de Samuel comme prophète est encore un indice de E (Holzinger, Hexa- teuch, p. 209 s.).

21. Le verset offre des divergences considérables dans TM et dans G. Le texte est le même jusqu'à SNia"i2y~SN*. G offre ensuite -/.al i;îiCTisû8ri SxjjloutjX T.oovrlXT^:; yevfaOai T(J xup^) £Îç T.i'na. laparjX àiC àV.pcov Triç yTJç xa\ swç àV.pwv. Or il est facile de voir que la première partie xa\ l^rtaTsûôr,... tÇ> y.upfto est une seconde traduction du v. 20''. Comme cette traduction s'écarte plus de TM que celle offerte par G dans le v. 20, il y a tout lieu de croire qu'elle est la plus ancienne et qu'elle a été bloquée ensuite avec l'au- tre qui reproduisait plus matériellement le TM. Le reste depuis eî? uàvra jusqu'à la fin se présente aussi comme une seconde traduction du v. 20«, et à;;' àxpwv t% yî]? xa\ ^wç à'xpwv n'était qu'une périphrase de « depuis Dan jusqu'à Bersabée «. La traduction offerte par G dans le v. 20» avait pour but de reproduire plus exactement le TM. Le nSu71 qui suit bNiayj'^N dans TM ne se trouve pas dans G et n'est qu'une répétition de celui qui finit la première partie du verset. Quant à mnl 1211, c'est un reste de toute une phrase qui s'est conservée dans G elle suppose un original hébraïque : xal HXst 7:p£a6uT»]i; aaôSpa /.aX ol uîo\ aùiou ;:opeu6pL£Voi l:iop£uovTO xxt 7:ovrjpà tj oob; ajTwv Ivtij^iov

Kup(ou. Restituer : mni iJS>S DsiT T\T\^ r\^^n îidSh T1J2ÎI TNn ]p"r iSyi.

Chapitre IV Défaite des Israélites. Prise de Tarche et mort d'Ëli. Naissance d^Ikabod.

IV, [E] ^ 'Il arriva en ces jours-là que les Philistins se réunirent pour combattre contre Israël' et Israël sortit à la rencontre des Philistins pour le combat. [Les Israélites] campèrent près d'Eben-hâ'ézer' et les Philis- tins campèrent à Apheq. [JE] ~ Les Philistins se rangèrent en face d'Israël

IV, 1. Le début de TM se trouve après m, 19. Ajouter îiïlpîil Dnn D'ia"! ln"'l.

SK'iùji-Sy nanSDb oinurSs (G). nîyn ]3x; tm : i7yn ]2i<n.

IV, 1. Pour le V. la de TM, cf. m, 19. L'introduction au récit qui va suivre ne s'est conservée que dans G v.oà l^t^-Zi^r] Iv xatç î]p.ipat; Èy.£(vatç y.aX auva6po(ÇovTat àXk6<f\ikot eîç 7t6Xe- [jLov Èjt'î laparjX. Cette phrase suppose un original hébraïque :

.SKniy;i-Sî; nanSaS □''nurSs lï^p^T ann Dinjia \"î^']

Cf. xxvni, 1; xxix, 1. Pour Qnn Din''3, cf. ni, 1. Il n'est pas nécessairede supprimer ensuite DTxuSs de TM pour lire DUNlpS avec G. Budde voudrait voir un indice de J dans le début restauré d'après G. Mais nous regardons les passages qu'il cite (xxvni, 1; XXIX, 1) comme émanant de E. Au lieu de "Wjn pN'H lire ITVn px d'après V, 1 ; VII, 12. D'après vu, 12, Eben-hâ""ézer se trouve entre Mispâ et lesânâ (lire njty'in au lieu de Tun d'après G et Syr.). Or une ville de lesânâ est mentionnée dans II C/ir. XIII, 19 et mise en connexion avec Béthel. De l'identification de Clermont- Ganneau qui place lesânâ à 'Aïn-Sinyâ au nord-est de Djifneh. La localité d'Ében- hâ'ézer devait donc se trouver entre 'Aïn-Sinyâ et 'Aïn-en-nasbeh, ce dernier étant le site présumé de Mispâ [RB., 1899, p. 315 s.). Les Philistins campent à Apheq qui doit se trouver à l'ouest, du côté de Bethoron [Bêt 'Ur) par ils montaient de la plaine.

Nous voyons ici mentionner les Philistins pour la première fois dans le livre de Samuel. Au sujet de ce peuple, cf. Lagrange, Juges, p. 262 s., et La Crète ancienne, p. 148 s. On sait que les Philistins sont associés aux D'iris dans Ezech. xxv, 16, ce qui permet de les identifier avec les aTlSD qui figurent près des DTns dans la garde de David (II Sam. viii, 18 etc.). Si ces OTlIS sont véritablement des Cretois, on n'aura pas de peine à reconnaître la Crète dans le lieu d'origine des Philistins, qui est Caphtor d'après Am. ix, 7, étant donné surtout que Caphtor est une île [Jer. \Lvii, 4) et qu'on peut identifier cette île avec la kefdw des inscriptions de la dix- huitième dynastie. Cette keftuv, en effet, représente très probablement la Crète (H. R. Hall, The annual ofthe British sc/iool at Athens, n" VIII, p. 161 ss.).

2. Emploi de "ji^r avec nanSa sous-entendu comme dans II Sam. x, 9 ss. etc.. Au lieu de tiJTDni, on attendrait au moins le nif'al xil'OlV\\ « il s'étendit », Lôhr, après

I SAMUEL, 4 3-G. 47

et le combat fut rude' : les hommes' d'Israël furent défaits en présence des Philistins et environ quatre mille hommes 'furent battus' dans le combat en plaine. -^ Le peuple rentra au camp et les anciens d'Israël dirent : « Pourquoi lahvé nous a-t-il frappés aujourd'hui en présence des Philistins? Amenons de Silo 'notre Dieu' (l'arche de l'alliance de lahvé), qu'il vienne au milieu de nous et qu'il nous sauve de la main de nos ennemis ! » ^ Le peuple envoya donc à Silo et on apporta de l'arche [ ] de lahvé [ ] (qui siège sur les chérubins); 'or les deux' fils d'Eli, Hofnî et Pinehas, se trouvaient près de l'arche [ ] de Dieu, ''Quand l'arche [ ] de lahvé entra dans le camp, tous les Israélites proférèrent de grandes clameurs et la terre en trembla. '' Les Philistins entendirent le tapage et ils dirent : « Qu'est-ce que cette grande clameur dans le camp des Hé- breux? » Ils surent alors que l'arche de lahvé était entrée dans le camp.

2. ttrpriT; TM : \L';am. Ajouter \ylN (G). ^3!iT (G, Syr., Vid^.); TM : îISîii.

3. '1J\iSk (G : B) ; TM : M'hu.

4. Om. nna (G : B, Vet. Lat.). Oni. nlNlJT (G : B, Vct. Lat.). ^2m (G); TM :

1j;i7 na;!. Om. nlia [Vet. Lat.; cf. G : B).

5. Om. nni (G : B).

Budde, lit le nifal. Klostermann propose "cm « il déclina » d'après G i'/.xtvsv. Un lé- ger changement donne *kypni « le combat fut l'ude », qui est soutenu par II Sam. ii, 17 {Smith). Devant SnIUJI restituer ^ix d'après G àvrjp. Au lieu de îiss*! ponctuer ISil d'après G, Syr., Vulg. Budde voit l'indice de deux sources dans n^l^ai et mt72.

3. Les « vieillards d'Israël » sont un indice de E d'après Cornill et Budde. « Pour- quoi lahvé nous a-t-il battus aujourd'hui devant les Philistins? », cf. Jud. xx, 35. Les mots nin'' ri''13, (formule deutéronomienne) n'existent pas dans G (B) et ont été ajou- tés après coup. Dans G (B) nous avons : Xd6w[A£v xrjv xtoojtbv xou 6£oî5 riaôivÈ/. SriXtofi. Or, le xou OeoS fj[jLGJv h. SïiXcofi. est évidemment une reproduction de nSt^Q iJi'^X avec 1J\"iSn pour IjiSn. Il faut donc lire, avec Ivlostermann, ïijinSx pour U'iSn* et considé- rer n'in'i ni13 "îIINTIN comme une glose. Le texte était : « amenons notre Dieu de Silo )) ; on a spécifié en disant qu'il s'agissait de l'arche elle-même qui, en effet, se trouvait à Silo.

4. Avec G (B) et Vet. Lat., retrancher n"i11 et rilNUÏ. Comme dans II Sam. vi, 2, les mots D''mDn 2.Û7'' ont été ajoutés après coup, car les chéi'ubins n'appartenaient pas primitivement à l'arche (cf. Stade, Biblisclie Théologie, I, p. 95). Au lieu de *^2X2 □©"! lire simplement '^ZW'^ avec G. Les mots □%T?Nn ri'iH sont omis par G (B) qui sup- pose simplement pINn. D'après Vet. Lat. arca Dei, il suffit de retrancher n'ill. Pour les noms des fils d'Eli, cf. i, 3. Ils sont prêtres et doivent porter l'arche, comme plus tard Sadoq et Abiathar (II Sam. xv, 29).

5. Retrancher v^yi avec G (B). Le verbe yi*in pour marquer les cris de joie comme dans X, 24. Pour Dnnl, cf. encore I Reg. i, 45; Ruth i, 19.

6. Les étrangers emploient le mot D'i*12i? pour signifier les Israélites (cf. xiv, 11; XXIX, 3).

48 I SAMUEL, 4 7-13.

''Alors les Philistins prirent peur, car ils se dirent : u 'Leurs dieux sont venus' vers eux' au camp! » Puis ils dirent : « Malheur à nous! 'Sauve- nous aujourd'hui, lahvé', car il n'y a jamais eu pareille chose! ^ Mal- heur à nous! Qui nous délivrera de la main de ces dieux terribles? Ce sont ces dieux qui ont frappé les Égyptiens de toute plaie 'et de la peste'! 9 Prenez courage et comportez -vous en hommes, ô Philistins, de peur que vous ne deviez servir les Hébreux comme ils vous ont servis ! Comportez -vous en hommes et luttez! » i^' Les Philistins livrèrent ba- taille, Israël fut battu et chacun s'enfuit à ses tentes.

[El La défaite fut très grande et il tomba d'entre les Israélites trente mille fantassins. '^ L'arche de Dieu fut prise et les deux fils d'Éli, Hofnî et Pînehas, moururent, i- Un Benjaminite accourut de l'armée et vint ce jour même à Silo ; ses vêtements étaient déchirés et il avait de la terre sur sa tête. '^ Il arriva donc, et voici qu'Éli était assis sur le trône,

7. Dn%lS{;{ ^S2 (cf. G); TM : dMSx N2. Ajouter DHiSn (G). Ajouter ^jS^Sn

DW mni (G).

8. inm; TM : izidz.

7. Les indices d'une double source sont visibles dans ce verset et ceux qui suivent. On voit clairement que 'naN"'1 introduit un passage parallèle à ...liax iD. De même ijS t^X reparaîtra au v. 8. L'emploi de l'article est rare avec D*inï;Ss (cf. vu, 13). En combinant la leçon de G (B) o^to-. ôeol Tiy.acfiv avec ô Osoç aùiôiv de G (Lac), lire Dn'tnSN Ï1N3 qui est confirmé par le v. 8. D'après G npbç aùiou; restituer DHiSn tombé par haplographie après D^^■iS^^ Après IjS "ilX restituer ai>rî mni 1jH''à:n qui se trouve dans G s^eXou 7)ti.à?/.ûpt£ arjppov. On n'a pas voulu laisser le nom de lahvé dans la bou- che des Philistins.

8. Le début du verset se rattache au v. 7\ A la lin -I2~a3, ne peut se maintenir, car ce n'est pas dans le désert que Dieu a frappé les Égyptiens. G a la copule devant 12^Q2, ce qui n'enlève pas l'anomalie. Lire 'l'ITl^ avec Wellhausen.

9. La formule du début est analogue à celle de II Sam. ii, 7;xiii, 28 (J). Parhomœo- teleuton (finale UT)) G (B) a passé de D^nttjSsàDrDn'^J. La fin DnnnSjl D'^WZifh QD''^n^ fait double emploi avec le début.

10. L'un des récits se terminait par liSnxS ^"iK 1D31"1 (cf. II Sani. xviii, 17). C'est la conclusion du récit de J, tandis que E se terminera par la fin du verset, puis par les vv. 11 ss.

IL Indice de E dans dmSn 1*nx-

12. Le Benjaminite arrive à Silo le jour même de la bataille. II a les vêtements déchirés et de la terre sur la tête, exactement comme l'Amalécite qui annonce la mort de Saul (II Sam. i, 2). Pour ces manifestations de la douleur, cf. II Sam. xv, 32. Sur la signification du rite, Lagraîsge, ÉRS, pp. 322, 325 ss.

13. Situation d'Éli comme dans i, 9. Le qerê 1], pas plus que le ket/iib Ti^\ ne donne un sens satisfaisant devant -j-il. D'après G 7:apà ttjv 7:ûXr,v axoTreûtov tï]v 6Ôov Wellhausen propose -117.-1 nssa "IV?-? "^l) <I"^ semble confirmé par II .Sam. xv, 2.

I SAMUEL, 4 14-18. 49

côté de' la route 'de Mispâ', car son cœur était tremblant au sujet de rarclic de Dieu. L'homme entra pour annoncer la nouvelle dans la ville, et toute la ville se mit à crier. ^-'Eli entendit le bruit de la clameur et il dit 'aux hommes qui se tenaient debout près de lui' : « Que signifie ce tapage? » Alors l'homme, s'étant hâté, arriva et informa Eli. '"'Or Éli était i\gé de quatre-vingt-dix-huit ans et, ses yeux étant fixes, il no pou- vait y voir. '^ L'homme dit donc à Eli : « Je suis celui qui viens '(hi camp' et je me suis enfui aujourd'hui de l'armée! » Il dit : « Comment s'est passée l'affaire, mon fils? » '"Le messager répondit et dit : « Israël a fui 'de devant' les Philistins, et certes la défaite a été grande dans le peuple. Même tes deux fils sont morts [ |, et l'arche de Dieu a été prise. » ^^ Lors donc qu'il mentionna l'arche de Dieu, [Éli] tomba du haut du trône à la renverse, côt('î' de la porte. Sa nuque se brisa et il

i;j. l_l iqcrë); {ketliib) -j\ ."iS^D ; TM : nSÏÇ. 14. Ajouter ^'hv Dl2ïûn DtttTJN'S iSî; (G au v. 15).

16. njnGn (G); TM : nsiyi^n.

17. ^JSa (G); TM : ^Zîh. Om. DH^lSI ^:2n (G).

18. -12; TM : -[Vl-

Mais nSi'D « épiant » est étrange de la part d'Éfi qui est aveugle. D'après Krenkel, Hre nsya ■]1"T '-\\ « à côté de la route de Mispâ » [ZATW., 1882, p. 309). Cette lecture laisse le texte intact, en adoptant simplement le qerë iV L'expression DTlSxn ^IIX émane de E.

14. Pour l'expression npîTïn SlpTlN cf. ny^nrin Sip au v. 6 A partir de laxiT G a conservé une double traduction dont la seconde se trouve au v. 15''. Il avait primi- tivement la traduction de... inxll à la suite du v. 15. On crut à une lacune et on re- traduisit... IDN'll à l'endroit qu'il occupe dans TM. Or, dans le v. 15, G a xaà z1t.e^ llXsi ToTç àvôpdtatv zoXc, TspieaTrjy.oaiv aùxw qui suppose TiSî? DllîT^H DliyjxS iSj? "IDiSiil confirmé par xxii, 7, etc.. Il y a eu probablement erreur d'homœoteleuton à cause de la similitude de yh^j et "iS".

15. G (B) a seulement quatre-vingt-dix ans pour l'âge d'Éli, tandis que Syr. n'en a que soixante-dix (confusion de ï avec un "S d'après Hummelauer). Le pluriel lijiy est construit avec le féminin singulier na'p, parce qu'on le considère comme collec- tif (cf. Deut. XXI, 7; Ps. xviii, 35, etc.). La tournure finale comme dans m, 2.

16. Au lieu du premier nDiynn lire njnan d'après G TcapsjjiÇoXri?. Budde croit voir l'indice d'un double récit dans la double réponse du messager. L'interrogation finale comme dans II .Sam. i, 4.

17. Au lieu de iJsS lire Ijsa d'après G h. :ipoaw;:ou. Comme au v. 10, il semble bien que nous avons ici encore deux récits juxtaposés. Avec G (B, Lag.) omettre iJEn

Dnjisi.

18. Le verbe "iiSTH avec le sens de « mentionner » comme dans Gen. xl, 14 (E). De même Qln'^Nn p"|N est un indice de E. Avec Wellhausen lire simplement i\2 pour

LIVRES DE S.\MUEL. 4

50 I SAMUEL, 4 19-22.

mourut, car c'était un vieillard et il était pesant. [R°] 11 avait jugé Israël durant quarante années.

[El '^ Sa belle-fiUe, la femme de Pînehas, était enceinte et sur le point d'enfanter. Elle entendit la rumeur au sujet de la prise de l'arche de Dieu 'et de la mort' de son beau-père et de son mari. Alors elle s'accroupit et enfanta, car ses douleurs avaient fondu sur elle. -'^ Au moment de sa mort, les femmes qui se tenaient debout près d'elle, dirent : « Ne crains pas, car tu as enfanté un fils! « Mais elle ne répondit pas et ne fit pas attention. -^ Elle appela alors l'enfant Ikabod, en disant : « La gloire a émigré loin d'Israël (au sujet de la prise de l'arche de Dieu, et au sujet de son beau-père et de son mari). » 22 Or elle dit : « La gloire a émigré loin d'Israël », parce que l'arche de Dieu avait été prise.

19. ni?2^; TM : ^21.

fi IVI- La seconde partie du verset appartient à R.'^ (cf. Lagrange, Juges, xii, 7). Au lieu de quarante, G avingt comme pour Samson [Jud. xvi, 31).

19. La forme nS^ pour mSS est due à une assimilation du "i et du n : cf. l'as- syrien littii pour lidtu. Encore ici D%"l^Nn pis* (E). Au lieu de npi lire mai qui donne seul un sens satisfaisant. Le verbe yij « s'accroupir » pour enfanter, comme dans Job xxxix, 3. L'expression n'^yj niS" l3î:n: comme dans Dan. x, 16.

20. D'après G xa\ Iv tw xaipSi aÙT% ànoOvTjaxEi, Klostermann propose nno nriyDl « et à son temps (d'enfanter) elle mourut «, ce qui contredit le v. 21. Il n'y a aucune raison de changer le TM. Le récit se continue par nJinn. L'expression 2S n'iU? comme dans II Sam. xiii, 20, etc.. En grec vouv npoaÉyeiv.

21. Le nom de 113D \y reparaîtra dans xiv,3. C'est un nom de formation analogue à S2"î\S, Ti?^S, IcnNs». G (B, Lag.) n'a pas Sxi^in "123 nSa "laNS pour éviter la contradiction avec le v. 22 G (B) a lu « elles dirent » au lieu de « elle dit ». L'ex- pression SNnu7''a "7-aj n'"»:! se rapproche de IJEQ ^'^'f"'^ i-ia3"Sî? de Os. x, 5. Le récit se continue par le v. 22. Déjà Houhigant considérait comme une glose HTn'SKl

22. Thenius propose de voir dans le v. 22 une glose explicative du v. 21. Mais en réalité ce verset doit se souder à la parole de la mère dans le v. 21, tandis que la fin du V. 21, à partir de np^n-^N, était une anticipation.

Critique littéraire. Les chapitres i-iii nous racontent successive- ment la naissance de Samuel, la conduite des fils d'Éli et l'annonce des châtiments qui doivent fondre sur la famille d'ÉIi. Nous avons vu dans l'étude du cantique d'Anne que la narration de i, 1-28 se continuait primi- tivement par 11, 11 ss. et que le cantique était un psaume inséré après coup. Cette première narration qui comprend i, 1-28 et 11, 11-26 a pour

I SAMUEL, I-IV, CRITIQUE. 51

but de nous présenter le héros principal des chapitres vu ss. et de nous exposer la cause des malheurs qui seront annoncés dans le chapitre m et réalisés dans le chapitre iv. L'unité de i, 1-28 et ii, 11-26 est admise par presque tous les commentateurs. Pour le chapitre i en particulier, à pari quelques gloses que nous avons signalées aux vv. 3, 6, 7, on ne peut con- tester que le récit a été écrit d'une seule main. Un essai malheureux de Hort qui aurait voulu y trouver des indices de deux sources a été réfuté sans peine par Schilfers dans la Biblische Zeitschrift (1907, p. 1 ss.). Smith a proposé de voir une source différente dans ii, 12-17, 22-25, sous prétexte que « le paragraphe se distingue si nettement de ce qui précède et de ce qui suit, que nous supposons naturellement qu'il appartient à un document plus ancien, que l'auteur de la vie de Samuel intercala dans son récit ». Mais il est facile de voir que ii, 11 ss. a précisément pour but d'opposer les fils d'Eli au jeune Samuel. Ce dernier doit finir par supplan ter les autres et le narrateur insiste sur le contraste entre leur conduite (v. 17) et celle de Samuel (v. 18). Smith qui admet que le chapitre m ap- partient à la même main que le chapitre i devrait reconnaître que m, 13-14, qui suppose l'iniquité des fils d'Eli comme cause du malheur de la famille d'Éli, nous autorise à rattacher au même auteur la description de cette iniquité dans ii, 12-17, 22-25. Le récit de la naissance de Samuel et de son admission aux fonctions sacrées se termine par l'éloge du jeune homme : « Cependant le jeune Samuel progressait en taille et en beauté devant lahvé et devant les hommes » (ii, 26).

Depuis longtemps on a reconnu que ii, 27-36 avait été intercalé dans la narration et faisait double emploi avec le chapitre m. Nous voyons, en effet, dans m, 1, la formule « La parole de lahvé était rare en ces jours-là : il n'y avait pas fréquemment de vision », destinée à introduire la vision reçue par Samuel. Ce début ne serait pas à sa place immédiatement après la réA'-élation faite par l'homme de Dieu. En outre, ce que nous attendons, c'est la supplantation de la maison d'Eli par celle de Samuel. Or, dans la prophétie de l'homme de Dieu, il s'agit exclusivement de la maison de Sadoq, le prêtre fidèle, qui finira par remplacer les Elides (v. 35, comparé à I Reg. II, 27 et cf. Rzech. xliv, 15). Enfin la mort des fils d'Éli n'est pas donnée comme un châtiment, mais comme un signe de ce qui doit arriver (v. 34). Wellhausen, suivi par la plupart des critiques, attribue à ce mor- ceau une origine deutéronomienne. Sans doute certaines expressions peu- vent rappeler le style du Deutéronome, mais nous avons reconnu des signes indubitables de P dans les vv. 28, 31, 35 et 36, ce qui nous permet d'attribuer tout le morceau à P, tandis que le HMi Dx; du v. 30 s'oppose à l'attribution à D.

52 I SAMUEL, I-IV. CRITIQUE.

Le récit de i, 1-28; ii, 11-26, se poursuit au chapitre m qui ren- ferme la vision de Samuel dans le temple de Silo. On sait que les visions nocturnes sont spécialement du goût de E et notre morceau offre de frap- pantes analogies avec la vision de Jacob dans Geii. xlvi, 2 ss. De nombreux indices du style de E ont été signalés dans le commentaire. Ces indices se retrouvant dans i, 1-28 et ii, 11-26, nous croyons pouvoir attribuer à E les récits touchant l'enfance de Samuel et des fds d'Éli. Or nous voyons dans ces récits que le centre du culte est la ville de Silo. C'est qu'a lieu le pèlerinage annuel d'Elqânâ et de sa famille (i, 3, 24; ii, 19 ss. etc.). Ces détails nous reportent exactement à la situation supposée par Jiid. XXI, 19 ss. Ce passage est précisément de E (Lagrânge, in loc). Well- hausenafait remarquer que, si les chapitres i-iii sont écrits en vue des chapitres iv-vi, il n'est pas sûr du tout que les chapitres iv-vi suppo- saient primitivement les chapitres i-iii. Tandis, en effet, que, dans les chapitres i-iii, tout converge autour de la personne de Samuel, les cha- pitres IV, l'^-vi n'y font pas la moindre allusion. Par contre, Farche qui n'est nommée que tout à fait incidemment dans m, 3, forme le centre de la narration dans iv-vi. Mais il faut noter que le chapitre iv, 11-22 est de la même main que le chapitre m, car les caractères de la langue et du récit autorisent l'attribution à E. Dans m, 1-18, Samuel n'intervient que pour annoncer le châtiment qui se réalise dans iv, 12 ss. Sa présence n'est plus du tout nécessaire dans l'épisode de la prise de l'arche et de la mort d'Eli, pas plus que dans celui de la naissance d'Ikabod. Il nous semble donc inutile de distinguer sous le nom de E^ un auteur spécial pour le récit des chapitres i-iii (x Budde, Die Bûcher Richter uncl Samuel^ p. 195). En réalité, le chapitre ivest la conclusion de l'histoire d'Éli et ne peut, par conséquent, se séparer de cette histoire telle qu'on la trouve dans les chapitres i-iii. C'est Silo qui sera témoin de la mort d'Éli, comme elle fut témoin des événements des chapitres i-iii; c'est à Silo qu'on ira chercher l'arche de Dieu pour la transporter dans le camp. Le lien entre ces divers épisodes était le combat contre les Philistins. Il semble que,^ pour le combat lui-même, une double source puisse se déduire d'après les. doublets des w. 2, 7-10, et peut-être aussi d'après l'emploi de mni pix au lieu de Dinb^n "jnx dans les vv. 4 et 5. La seule conclusion qu'on en puisse tirer, c'est que, à côté du récit de E qui poursuit la narration des chapitres i-iir, on avait également, dans ce chapitre iv, le début des événements que J nous relatera, parallèlement à E, dans les chapitres v et VI. En même temps que le chapitre iv clôt l'histoire d'Éli, il ouvre l'histoire de l'arche chez les Philistins. Or, tandis que l'histoire d'Eli appartenait à un seul auteur, celle de l'arche chez les Philistins nous est parvenue dans

T SAMUEL, I-IV. CHITIQUE.

53

deux récits. L'un de ces récits sera la continuation de E, tandis que le second (J) aura son début dans le chapitre iv, à partir du v. 2. Quant à distinguer exactement ce qui, dans le récit du combat, appartient spécia- lement à J ou à E, c'est un travail qui nous a semblé impossible, car, si les doublets révèlent les deux sources, il faut remarquer avec soin que les deux sources ne nous sont pas parvenues entières, mais que l'une a été complétée ou amplifiée d'après l'autre. C'est pourquoi nous donnons la rubri- que JE au récit de iv, 2-10'. A partir du v. 10'', il n'y a plus qu'une seule narration, comme en fait foi l'emploi constant de ninSNn pIN. Il faut re- courir à des distinctions vraiment par trop subtiles pour retrouver des indices de deux sources dans les vv. 13-15, 16, 19, 21-22 (tenir compte de la glose), comme le voudrait Budde.

Critique historique. Nous avons déjà remarqué que la situation supposée par les chapitres i-iv ressemble singulièrement à celle des der- niers chapitres des Juges. Le centre de l'unité religieuse est le sanc- tuaire de Silo dans la tribu d'Éphraïm, déjà célèbre au temps de Josué {Jos. xviii, 1 ss.). C'est à Silo que, chaque année, a lieu le pèlerinage des Israélites vers lahvé comme à l'époque des Juges {Jud. xxi, 19 ss.). Ce qui fait l'importance du sanctuaire, c'est la présence de l'arche de lahvé (m, 3; IV, 3 s. et Jos. xviii, 1). On avait, d'ailleurs, conservé dans l'histoire la mémoire du culte autrefois rendu à lahvé dans le temple de Silo, et de la destruction qui avait fini par anéantir la ville {Jer. vu, 12; XXVI, 9). Les fonctions sacerdotales sont remplies par un grand-prêtre du nom d'Éli et par ses deux fils, Hofnî et Pînelias. A part l'indication de R^ dans iv, 18, rien ne nous présente Eli comme un juge, c'est-à-dire comme un chef du peuple. Il est simplement le prêtre de lahvé et c'est en tant que prêtre qu'il joue un rôle dans l'histoire. De même ses fils sont prêtres de Silo. Samuel joindra dans sa personne les fonctions de prêtre et de juge, mais pour un temps seulement, car les pouvoirs civil et religieux seront nettement séparés lors de l'institution de la royauté.

Les chefs d'Israël sont les anciens (iv, 3). Nous retrouverons ces hiilW iJp7 dans viii, 4, lorsqu'il s'"agira d'instituer la royauté. Cette désignation d' « anciens d'Israël » est une marque d'une unification des tribus, car, dans l'histoire des Juges, on connaît les anciens de Galaad [Jud. XI, 5 ss.), mais on ne parle pas des anciens d'Israël {Jud. xxi, 16 est une glose). D'après E, c'est une des plus vieilles institutions d'Israël, antérieure même au temps de Moïse {E.v. m, 16 ss.; iv, 29 etc.). Il n'y a aucun chef militaire à la tête des troupes, car l'époque des juges chefs d'armée est finie. Nous verrons, au chapitre vu, que l'intervention

54 I SAMUEL, I-IV. CKITIQUE.

de Samuel est celle d'un prêtre qui implore le secours de lahvé. Cette absence de général se fera lourdement sentir aux Israélites qui finiront par réclamer un roi (viii, 4,20). Pour le moment ils comptent sur un secours extraordinaire de lahvé contre les Philistins qui font une incursion dans le pays (iv, 1). La présence de Tarche ne les sauve pas, car ils sont taillés en pièces et chose inouïe l'arche elle-même tombe entre les mains des vainqueurs. Cette catastrophe est accompagnée de la mort du prêtre Eli et de ses deux fils. Le sacerdoce passera naturellement aux mains de Samuel qui cumulera les fonctions de prêtre et de juge. Mais le sanc- tuaire de Silo, privé de l'arche de lahvé, perd toute importance et dis- paraît de l'histoire. Nous ne savons à quelle époque se place la des- truction à laquelle il est fait allusion dans Jer. vu, 12 ss.; xxvi, 9. En tout cas, Samuel pourra installer un sanctuaire dans sa propre ville de Râmà (vu, 17). Les lieux de réunion seront Mispà (E) et Gilgal (J), comme nous le verrons dans la suite. L'histoire d'Israël se continuera par le chapitre vu, tandis que les chapitres v et vi seront consacrés aux péri- péties qui signalent le séjour de l'arche chez les Philistins.

ClIVI'ITRES Y-VI L'arche chez les Philistins.

V. [E] 1 Les Philistins prirent l'arche de Dieu et l'emmenèrent d'Eben- hâ'ézer à Asdod. [J] ~ Or les Philistins prirent l'arche de 'lahvé' et l'em- menèrent dans le temple de Dagon ; ils la placèrent à côté de Dagon. ^ Les gens d'Asdod, s'étant levés, Vinrent au temple de Dagon et regardèrent'; et voici que Dagon gisait à terre 'sur sa face', devant l'arche de lahvé. 'Ils relevèrent' Dagon et le remirent à sa place. '* Or, comme ils s'étaient

V, 2, nin^ (G : B, A); T>[ : DXn'ixn.

3. ïlNIîiT "[iiT n^2 ^N2^1 (G); TM : nina^2. 1^:3"^^ (G); TM : l'tjs'^. ^)2]:^^ (G); TM : inp^T

V, 1. On voit (juc le début est à peu près le même que dans le v. 2. En outre, au V, 2, nous verrons qu'il faut lire mni "[""IX au lieu de n\"lSxn pIX. Il semble donc que le v. 2 commence un récit spécial de J, tandis que le v. 1 se continuera par le V. 6. La ville d'Asdod (assyrien Asdudu, gr. ÂÇw-oç) est aujourd'hui Esdûd sur la côte au nord d'Asqalon. Elle fait partie des cinq satrapies des Philistins (vi, 17 ss.). Pour Eben-hâ'ézer, cf. iv, 1. G (B) lit A^Ewr-^p.

2. Au lieu de QTiSNn lire r^^r['^ d'après G (B, A) •/•jpt'ou. Le dieu des Philistins <?st Dagon. Sur cette divinité cf. Lagra^ge, ÉRS., p. 131 ss. On trouve déjà le nom du dieu Dagon à l'époque de Sargon l'ancien (vers 3000 av. J.-G.) et de Manistousou (vers la même époque) : cf. BA., VI, m, p. 78. La ville de Gaza avait un culte spécial pour ce dieu [Jud. xvi, 23), mais Asdod l'honorait aussi tout particulièrement (cf. I Macc. X, 84; xi, 4). On place le trophée auprès du dieu. Les monarques d'As- syrie déposaient dans les temples les trophées pris sur les ennemis (Annales de Téglath-phalazar I, col. IV, 32 ss. etc.).

3. Avec G (B, Lag.) on peut retrancher ninaa qui a été ajouté d'après le v. 4. G a ensuite ■/.«'î staîjXOov zlc, oTx.ov Aaywv zal sToov, qui suppose '.Nl^il "jii"] ni3, 1X3. ^il. Au lieu de l'iJsS lire T';3"S!; d'après G IrÀ zpdcrtoTiov aùrou (cf. xvii, 49). Remarquer n\"T' plN* comme dans le v. 2 (d'après G). Au lieu de inpillire !lDpi1 d'après G T^yetpav. « Dagon prosterné et en posture de vaincu et de suppliant, le visage collé contre terre, faisait assez comprendre à ces peuples la supériorité du Dieu d'Israël » (Calmet).

4. Le début 1p3l TSDklJl'l doit être remplacé par !ia''3U?n i3 'in'il d'après G xa\ lyÉvETo oT£, qui suppose un original hébraïque. Pour l'iJsS lire It^S-Sî? comme au v. 3. G a une double traduction de mnilD... 1^\'•<:J^, ce qui a amené ensuite la mention des pieds, le mot l/yr^ qui traduisait m23 s'employant spécialement pour les pieds

50 I SAMUEL, 5 5-G.

levés' de bonne heure, le lendemain, voici que Dagon gisait à terre 'sur sa facô', devant l'arche de lahvé, et la tête de Dagon ainsi que les deux paumes de ses mains étaient coupées sur le seuil. 11 n'était resté de lui que 'sa partie poisson'. ^ C'est pourquoi les prêtres de Dagon et tous ceux. qui entrent dans le temple de Dagon ne marchent pas sur le seuil de Dagon, à Asdod, jusqu'à ce jour, 'mais ils sautent par-dessus'.

[E] G La main de lahvé s'appesantit sur les gens d'Asdod et les épou- vanta; Il les affligea 'd'hémorroïdes', à savoir Asdod et ses confins.

4. ^?2i3^1?n 13 m__ (G); TM : ICD^^T I^JS-Ss? (G); TM : ^"^2^^. i:T; TM : pn.

5. Ajouter ^JiSl^ aib" "i^ (G).

6. □'iSsya {kethib); qeri' U^^^\^^'2..

[Klosterman). La fin du verset est difTicile à interpréter en conservant ]1;~. G a rj pâyiç Aayoiv dans lequel pa/iç est au mot p"i [Wellhausen, qui compare opé-avov pour pTT dans XIII, 21 etc...). Lagarde propose de lire ii:i « son dos » pour pjT. Vulg.: porro Dagon soins truncus remanserat rend bien le sens qu'on attend. Calmet cite l'interprétation qui traduisait par « et le poisson était seul resté sur lui ». A ce sens aboutit l'interprétation très juste de Wellhausen qui lit ijT « sa jîartie poisson » pour pai. On remarquera que le j final de pal peut être à une dittographie du dé- but de *1NU?J. Dagon était une idole terminée en queue de poisson (cf. Lagrangk, ÉRS., p. 131).

5. Avec G 8x1 uTrspÇaîvovxEç u::£p6a(vouaiv qui suppose un original hébraïque, achever le verset par îia'^-i iiS" iD : cf. Soph. i, 9. Le seuil de la porte est le lieu de l'habi- tation des esprits, de le culte du seuil chez les Indo-Européens (Grcppe, Griechi- sc/ie Mythologie, p. 1296 et 1401). La déesse des enfers maudit en ces termes : « Les seuils des portes, qu'ils soient ton habitation! » [Choix de textes..., p. 337). « Les Perses encore aujourd'hui ne marchent pas sur le seuil des portes de certaines mosquées, qui pour l'ordinaire est couvert de lames d'argent » [Calmet, citant Tavcrnier). 6. Nous rattachons le récit au v. 1 (E). L'arche est transportée à Asdod et aussitôt les efl'ets de la colère divine se font sentir sur les habitants. L'épisode de Dagon (vv. 2-5) forme un petit récit à part. Avec mn'i~Ti comparer </a?-//i « main de dieu » pour exprimer un fléau chez les Assyriens. Une première traduc- tion de ... DCu?'' figurait à la fin du v. 3 dans G (B). On avait alors èôaadtviasv qui tra- duisait DE^i, tandis qu'ici on a iTirjyaysv qui suppose DCiT''. Avec le kethib lire iSsys, tandis que le qerc suppose D^'IITC:!. Vulg. : in sccretiori parte natium a combiné Aquila ai ^Spat et Symmaque /puTzxa. Pour le pluriel "''S'iia cf. II Reg. XV, 16; xviii, 8 etc.. G a ensuite toute une phrase destinée à expliquer VI, 4. Le texte a passé de G dans Vct. Lat. et dans Vulg. Mais il ne se trouvait pas dans le texte de saint Jérôme [Vercellonc). Peters plaide pour un original hé- braïque de G. Il semble influencé par ce fait que la narration se comprend mieux avec le texte de G. Vercellone écrit très bien : immo nos oh hanc causant addita- mentum vcluti neccssarium invectum fuisse censcmus, non quidcni a Hieronymo, sed a Grâce is.

I SAMUEL, 5 7-11. 57

[R] * Les gens d'Asclod voyant ce qu'il en était 'dirent' : « L'arche du dieu d'Israël ne demeurera pas parmi nous, car sa main a été dure pour nous et pour Dagon notre dieu. » [E] ^ Ils envoyèrent donc et rassem- blèrent près d'eux tous les princes des Pliilistins. Ils dirent : « Que ferons- nous pour l'arche du dieu d'Israël? » Ils dirent : « Que l'arche du dieu d'Israël se rende à Gath! » Ils y amenèrent donc l'arche du dieu d'Israël. [JE] ^ Or, après qu'ils l'eurent amenée, la main de lalivé fut sur la ville {un très grand tumulte) et elle frappa les gens de la ville, du petit jus- qu'au grand : il leur naquit des 'hémorroïdes'. [E] '"Ils renvoyèrent donc l'arche de Dieu à 'Eqron et, quand l'arche de Dieu entra à 'Eqron, les gens d' 'Eqron se mirent à crier en disant : « Ils ont amené vers moi l'arche du dieu d'Israël pour me faire périr ainsi que mon peuple! » ^' Ils

7. !inax!i1; TM : TlDNl. 9. W^BV (cf. le V. 6).

7. L'emploi de T1~;l\\~1xI'':x pour Di-Tirx'n du v. G, de nncp pour r~2D (vv. 6, 11), l'allusion à Dagon (récit différent) nous permettent d'attribuer ce verset au rédacteur. Au lieu de liaxl lire naturellement ^11)2X^1.

8. Les DiJID sont spécialement les chefs des Philistins. Ce mot appartient à leur langue et Klostermann l'a très ingénieusement rapproché du grec xupavvot. Les princes des Philistins sont au nombre de cinq d'après vi, 4. G (Lag.) ajoute oi 'ÂÇwxtoi après le premier IIGX'il. Le second 'l"i)2X''T est accompagné de FeOGatot dans G. Pour la ville de Gath, cf. vi, 17. A la fin, G a en plus stç TcO.

9. Le paseq après lliiN indique qu'il y a une difliculté. Elle consiste dans l'emploi de "iiriN* sans 1t.\s{ pour signifier « après que ». Selon Driver, cet usage de 'iinx sans lïJN ne se retrouve que dans Lcv. xxv, 48. Pour mn''~Ti cf. le v. 6. Les commen- tateurs sont embarrassés par la juxtaposition de mni"l^ et de TN'G ~iT\2, nalHC. Klostermann et Nowack suppriment la première expression, Smith la seconde. Avec Budde nous reconnaissons l'utilisation des deux sources. G (B) a /.a\ ÈTidiaÇev aÙTouç de, Tàç É'opa; aùtôiv qui est une répétition du v. 6. Le nifal *nnXL"i1 est un hapax auquel on peut donner le sens d'« éclater » d'après l'arabe w^. Vulg. a d'abord et compu- trescebant prominenlcs extales eorum qui est une traduction de TM, puis inieruntque Gcl/iœi consilium et fecerunt sibi sedes pelliceas. Or, dans G (B) on a à la fin du verset y.cà Ir^r^^ix^i iauToTç oi réOOatoi sopaç, tandis que G (L.\G.) offre -/m i-oirpx^ o\ FeG- Oatoi l'Spaç -/puaceç /.ai ÈÇsopacrav Iv aùtorç [xûsç. Wellhausen remarque justement que le texte de G a été influencé par le v. 6 et que les é'Spaç ypuaà; proviennent du chapitre vi, tandis que Vul^. a remplacé ypuax? par pelliceas pour rendre la chose plus plausible. Lire à la fin Di'^ïîî; [/œtliib) : cf. le v. 6.

10. La ville d'^Eqron [Amqavruna dans le prisme de Sennachérib, m, 1 : cf. G Âz/.apwv) est aujourd'hui 'Aqir à l'est de lamnia [Icbnd). G a AaxaXwva qui est une autre ville des Philistins (vi, 17). La relation avec Beth-Sémes (vi, 9) est en faveur du TM. G aie pluriel au lieu du singulier dans la bouche des gens d"Eqron. Emploi de

Dinbxn piN (E).

11. Même scène qu'au v. 8. G a simplement cjuy"/.'^'^'' pour n"n~n!2in^2, d'où Smith

58 I SAMUEL, 5 12 6 1-3.

envoyèrent et réunirent tous les princes des Philistins. Ils dirent : « Ren- voyez l'arche du dieu d'Israël et qu'elle retourne chez elle, pour qu'elle ne me fasse pas périr ainsi que mon peuple ! » C'est qu'il y avait eu un ta- page mortel dans toute la ville : la main de Dieu s'y était fortement ap- pesantie. ^^Or les hommes qui ne mouraient pas étaient affligés 'd'hé- morroïdes', et la clameur de la ville monta jusqu'aux cieux,

VI. [E] 1 'L'arche' fut dans le pays des Philistins durant sept mois. [J] 2 Les Philistins appelèrent les prêtres et les devins, pour leur dire : (( Que ferons-nous à l'arche de lahvé? Faites-nous connaître comment nous la devons renvoyer chez elle. » 'Hls dirent : « Si 'vous' renvoyez l'arche de 'lahvé', ne la renvoyez pas à vide, mais payez-lui un tribut. Alors vous serez guéris et vous saurez pourquoi sa main ne s'écartait

12. diSeî?3 (cf. les vv. 6 et 9).

VI, 1. liixn (G : B); TM : mn^ "(TIN.

S. Ajouter QPX (G). mn^ (cf. G); TM : SnW^ mSx.

ncinc. ^lais la leçon de G peut reposer sur une haplographie à cause de la ressem- blance entre ni)2 et nc Finale comme le début duv. 6, avec QinSNn (E). G rapporte miD à ndnn et lit ensuite w; eîcTTiXOsv xtowToç ©sou IjparjX h.st. Le lexte a été remanié, car m^D ne peut avoir d'autre sujet que (cf. le v. 6).

12. Lire D^^syn (cf. vv. 6, 9). Rapprocher la fin du verset de Ex. u, 23, le seul autre passage en prose figure nvw {Driver).

VI, 1. L'emploi de mni "tTlN* semble en faveur de J; mais il faut remarquer que G (B) a simplement r) -/.tSwiiç, tandis que G (Lag.) a r\ xiSw-b; xou Geoîj. Il semble bien qu'on avait simplement "lilNn. D'après le v. 5 (cf. v, 6), G a en plus xa\ I^^Çsaev (Lag. l?É6pac;îv) rj y^ aùrôiv paç. On voit que le verset ne se rattache pas directement à l'épi- sode qui précède : c'est probablement la suite du v. 1, ou de v, 5.

2. Les Philistins sont spécialement adonnés à la magie, d'après Is. n, 6. Outre les prêtres D''JnDn, qui représentent bien ici le kâhin « devin » arabe, on interroge les ""DOp [Midi, m, 11), qui pratiquent la divination par le sort (arabe qasama= « par- tager »). G a en plus les ?7:aotooûç, autre classe de devins. La question ... Ht*!?- HQ comme dans v, 8; mais nous avons ici r\^r{^ pIX soutenu par G (B) et Vulg. La leçon T^ xi6wTâi Tou Osou de G (Lag.) a pu être influencée par le désir de ne pas laisser le nom de lahvé dans la bouche des Philistins. Les interprètes hésitent sur la traduc- tion de nni par « avec quoi? » ou « comment? ». Le v. 3 est en faveur de « com- ment? )) {Vulg: : qnomodo).

3. Après aTiSt^Q restituer anx qui est tombé par haplographie devant nx (cf. G 'm\j.iX<;). Pour Sn1U;i XiS^' ]T1X on a dans G (B) tt^v /.t6ojTov otaÔT^xT]? ôeoîS -/uptou lapar^X, dans G (Lag.) ttjv xtowTÔv -rî)? oixOyf/.riç /.uplou tou Ôsoîi lapayjX, dans G (A) même lecture que dans G (B) mais en intervertissant Ôsou et v.upiou. Il est facile de voir que G a ainsi bloqué deux lectures : TV\7\'^ rTiil "riix et SntIt'' ^"IS^< "|i"lN*- De ces deux lectures la seconde harmonise avec TM, tandis que la première suppose un original T]^T\'^ I^^Mi. : cf. IV, 3, etc.. La leçon de TM harmonise avec v, 8, etc. La leçon mnl "|ilî< qui

I SAMUEL, 6 ''(-5. 59

pas de vous. » Mis dirent alors : « Quel tribut lui paierons-nous? » Ils dirent : [E| « Suivant le nombre des princes des Philistins, cinq 'tu- meurs' d'or et cinq rats d'or! » car c'était un même fléau pour eux tous, 'pour les princes et pour le peuple'. [ J] ■' « Vous ferez des images 'de vos tumeurs' et des images de vos rats (qui ravagent le pays); puis vous rendrez gloire lahvé' : peut-être allégera-t-il sa main, en ne la faisant

'i. iSeî? {/cel/iib) : cf. v, G. Dv'il DIJId'i (cf. G); T^[ : DDIJIdSi. 5. □Dl'isy (/œ;/iib) : cf. v. G. - mn^S (G); TM : SxiU?^ ^iSx^.

conserve ni"'' dans la bouche des Philistins (cf. le v. 2) est primitive. Le verbe nu? à y/iif'il nvec le sens de « rendre « comme une chose due (cf. Num. v, 7; Ps. lxxu, 10; II Reg. III, 4). Le mot Dy;N* représente le don qu'on fait à la divinité pour apaiser sa colère.

'i. Emploi de ISDQ avec le sens de « suivant le nombre de », comme au v. 18 (cf. Ev. XVI, 16; Job i, 5). Pour les □''n^ySs iJID cf. v, 8. Lire iSd^ avec le /(ei/iil? (cf. V, 6). G (B) a omis ici int ''1137 H'^yam qu'il transporte au début du v. 5 sous la forme xa\ ji.O'ç ypuaouç. C'est une solution destinée à harmoniser avec le v. 5, comme harmonise aussi G (Lag.) avec son ô[i.o(wp.a lôiv lôpwv Û[j.ôjv. Budde a très bien reconnu que nous avons ici la juxtaposition de deux sources. Il se trouve un double pré- sent : cinq tumeurs d'or et cinq souris d'or, d'après le nombre des satrapies. Le pre- mier ex-voto, objet similaire à l'infirmité, se comprend de lui-même. Calmet, après Grotius, cite très à propos un passage du scoliaste sur Aristophane [Scliolia in AcJiarnenses, 243 : éd. Didot, p, 10), nous voyons que les Athéniens, ayant été affligés d'une maladie honteuse, firent comme ex-voto des représentations des par- ties honteuses en souvenir de la maladie : u7i6[jivrj[Ax roioû[ji.evoi tou tMwç,. « Les mala- des après les guérisons, les voyageurs après être délivrés du naufrage, les esclaves mis en liberté, les guerriers après leurs combats, consacraient aux dieux dans les temples des monuments de leur reconnaissance, pratique que l'on a sanctifiée dans le christianisme » {Calmet). Quant aux souris ou aux rats, ce sont les animaux col- porteurs du mal. La diffusion des épidémies, que caractérise l'éruption de bubons, est attribuée aux rats, surtout dans les Indes et en Chine [The expository tunes, XII, p. 378 ss.). Les rats figurent donc dans l'ex-voto comme ayant eu leur part dans la propagation de la maladie. Une des pièces les plus intéressantes dans le musée du baron Van Ustinow à Jall'a est un rat de métal qui servait d'ex-voto ou de préserva- tif. Les traducteurs n'ont pas compris la relation entre les rats et les bubons. De leurs ajoutes dans le v. i et dans v, 6. A la fin on pourrait, au lieu de dSd'^, lire DjSdS d'après G. Mais i3 introduit une explication de ce qui précède et, d'après /.at tw Xaw qui est en plus dans G, il suffira de lire UV^^ D"1j1dS « pour les princes et pour le

peuple » comme décomposant et expliquant uizh.

5. Nous avons vu au v. t que G avait cherché à harmoniser les deux versets. Avec Budde nous reconnaissons une source dilférente. Lire UZ'hz'J cf. le v. i, La relation entre les rats et les bubons n'a plus été comprise par le rédacteur ; d'où l'ajoute yixrrnN* nnTiUJan. Pour l'expression Tl23... QnnJI, cf. Jos. VII, 19. Au lieu de Sni^i XI^nS qui est tendancieux (cf. le v. 3) lire simplement niniS d'après G (B) xSi -/.uf/!w et G (Lag.) tw /.ypiVo Oew lasar)).. Nous avons ainsi un indice de J qui nous per-

60 I SAMUEL, 6 6-11.

plus peser sur vous, sur vos dieux et sur votre pays! ''Pourquoi donc appesantiriez-vous votre cœur, comme les Égyptiens et le Pharaon ont appesanti leur cœur? Est-ce que, lorsqu'il s'est joué d'eux, ils ne les ont pas laissés partir? "Maintenant donc commencez par faire un char neuf et prenez deux vaches qui allaitent et qui n'ont point porté le joug. Vous attacherez les vaches au char et vous ramènerez leurs petits à la maison. ^ Vous prendrez alors Tarche de lahvé et la placerez sur le char. Quant aux ohjets d'or que vous lui remettez comme tribut, vous les pla- cerez à côté d'elle dans un sac et vous la laisserez partir. ^ Vous verrez alors : si elle monte par la route de son territoire, par Beth-Sémes, c'est Lui qui nous a causé ce grand malheur. Sinon, nous saurons que ce n'est pas sa main qui nous a frappés, mais que c'est un accident qui nous est arrivé ! » ^^ Les gens firent donc ainsi : ils prirent deux vaches qui allai- taient, les attachèrent au char et retinrent leurs petits à la maison. ^'Puis

met d'attribuer la première réponse (dans le v. 4) à E. L'expression... Sp'i comme dans I Reg. xii, 10; Jon. i, 5.

6. Pour l'expression « appesantir » le cœur, cf. Ex. viii, 11, 28; ix, 34; x, 1, est employé V/iif'il. L'emploi du verbe T^D est un indice de J, tandis que E emploie le verbe pTîl « être dur « (IIolzixger, Hexateuch, p. 184). Le verbe SSi;nn avec 2 devant son complément pour signifier « se jouer de », comme dans Jud. xix, 25, et I Sam. xxxi, 4.

7. Emploi deinp pour donner plus de couleur à la phrase. Buhl compare l'usage de >a6ti)v dans Homère. On ne peut voir dans Vi'y *inp l'indice de deux sources (X Bucldc). Il faut un chariot neuf, exactement comme dans II Sam. vi, 3. « Ils auraient cru commettre une indécence d'y employer un chariot qui aurait déjà servi » {Calinet). Les deux vaches ne doivent pas avoir porté le joug : « Les animaux qui appartiennent à lahvé comme victimes obligatoires ou qui servent autrement au culte, ne peuvent être utilisés parles hommes » (Stade, Biblisdie Théologie, I, p. 107). Cf. Num. xix, 2; Deut. xv, 19; xxi, 3. G (B) a à'vîu xGJv tsxvwv sans doute pour avoir rapporté ^"" à 11" « allaiter ».

8. Pour 7\^r\> plN cf. les vv. 2, 3, 5. G (B) n'a pas traduit mnl qui se retrouve dans G (A, Lac). Le verbe 7rj avec le sens de « placer sur » a généralement la préposition ~TJ devant le complément indirect. Nous avons ici "'"iN pour "Si? (cf. i, 10). Pour Qri3ki;n et D'^'X cf. les w. 3 et 4. Le mofiilx ne paraîtra ailleurs que dans les vv. 11 et 15. Il représente un récipient. Cheyne [The exposilory times, 1899, p. 521) et Bennet [ibid., 1902, p. 234) remplacent arbitrairement par ]1tx3. D'après l'araméen "îi"ix le sens de « sac » paraît assuré. La fin "j^ni irix DnnSuJI comme dans le v. 6.

9. L'arche doit remonter vers son territoire. On sait que, pour arriver à Thèbes, Cadmus est guidé par une génisse indomptée qui se laisse choir à l'endroit doit s'arrêter le héros (Euripide, les Phéniciennes, 038 ss.). '•kI'Dtt7~ri''3 est aujourd'hui localisée à 'Aïn-Sc/ns « source du soleil » au sud-sud-est de 'Aqir (cf Lagrange, Juges, I, 35).

10. Au lieu de aT:xn G a a>>Xô-fjÀoi. Le mot ^-*2> est pour ^iih~) : on a traité le N*"S comme un n'S (cf. xxv, 33).

11. G (B) ne traduit pas ^^^r^'^ qui se trouve dans G (A). G (Lag.) a toï Beoû. Encore

I SAMUEL, 6 12-lG. 61

ils placèrent l'arche de lalivé sur le char ainsi que le sac (et les rats d'or et les images de leurs bubons). ^'Les vaches s'avancèrent sur la route de Beth-Sémes, par le chemin direct : elles marchaient en beuglant et elles ne se détournaient ni à droite ni à gauche ; cependant les princes des Philistins marchèrent derrière elles jusqu'à la limite de Beth-Sémes. '^Or les gens de Beth-Sémes étaient en train de faire la moisson des blés dans la vallée. Ayant levé les yeux, ils aperçurent 'l'arche de lahvé' et se rendirent avec joie sa rencontre'. ''^ Le char vint dans le champ de Josué de Beth-Sémes et s'y arrêta. se trouvait une grande pierre : on fendit les planches du char et on offrit les vaches en holocauste à lahvé. '-' (Cependant les Lévites avaient fait descendre l'arche de lahvé et le sac qui se trouvait avec elle et dans lequel étaient les objets d'or. Ils les placèrent sur la grande pierre). Les gens de Beth-Sémes offrirent donc en ce jour-là des holocaustes et des sacrifices à lahvé. "^ Alors les cinq

13. mni ]iiK (G); TM : piNH. inxnpS (G); TM : nixiS-

emploi de "Sx pour -'"ly (cf. le v. 8). G (B) rend ici "ilN par soyaS. Il est clair que la fin à partir de 'illDJ? UNI est une glose comme l'indique l'usage du mot Dnlin"t2 au lieu de □n"'SsV que nous avons partout trouvé comme kethib. G (B) n'a pas, d'ailleurs,

12. On a dans njlU7''T la troisième personne du pluriel féminin avec l'ancien préfixe 1 pour n (cf. Gen. xxx, o8 ; Dan. viii, 22'^). Budde voit dans l'emploi de "!"n2 et de ■"iTl'Sî? l'indice de deux récits primitifs.

13. Le pluriel avec Xî^G^T"'! comme sujet parce qu'on regarde le nom de pays comme un collectif. G a oi Iv BaiOaaauç. Nous retrouverons le D"i'l2n~"!''ïp dans xii,17. La moisson des blés se fait au mois de juin en Palestine. La locution □n'iJ*iî?~riX l^î^'il *1N')''1 est le plus souvent de J (Holzinger, Hexateuch, p. 102). A la fin, d'après G £?; àjiavT:r]CTiv aijT%, lire iriNipS pour nlNlS et cf. Jud. xix, 3. D'après G lire ici encore mn"i lilN comme dans les versets précédents.

14. Au lieu de nSlTa pN* Dxyl G a l'aT/jaav h,iX rap' aÙTîi X(Oov [isyav. D'après xiv, 33, la leçon de TM est préférable. Il y a une grande pierre qui sert pour les sacrifices, comme dans Jud. xui, 19. « Le chariot qui avait servi à porter l'arche ne pouvait plus être employé à des usages profanes ; on crut que le meilleur emploi qu'on en pût faire était de le brûler sur l'autel » {Calmet).

15. Le début du verset est introduit pour montrer que les Lévites seuls pouvaient, avoir touché l'arche [Num. iv, 15, 25). La pierre est utilisée pour recevoir l'arche, alors que dans le v. 14 elle sert pour le sacrifice. Avec Wellhausen, on n'aura pas de peine à reconnaître la glose jusqu'à ... ''"tUJXl. Budde et Nowack considèrent tout le- verset comme une glose. On a encore ici l'emploi de ~Sx pour ~Sî7 (cf. les vv. 8 et 11).

16. Les princes des Philistins n'ont plus qu'à se retirer. Tout l'épisode suppose qu'il y a pour le moment une trêve entre Israël et les Philistins. G a encore Ascaloa pour 'Éqron (cf. v, 10).

62 I SAMUEL, 6 17-20.

princes des Philistins, ayant vu la chose, s'en retournèrent le Jour même à 'Éqron. [R] '^ Voici [l'énumération] des tumeurs d'or que les Philistins offrirent comme tribut à lahvé : une pour Asdod, une pour Gaza, une pour Ascalon, une pour Gath, une pour 'Éqron. ^^Plus les rats d'or suivant le nombre de toutes les villes des Philistins, appartenant aux cinq princes, depuis la ville de garnison jusqu'au bourg du paysan. 'Témoin' la grande 'pierre', sur laquelle ils déposèrent l'arche de lahvé, et qui est visible jusqu'à ce jour dans le champ de Josué de Beth-Sémes. [J] ^'^ 'Les fils de Jeconiâ ne se réjouirent pas' parmi les gens de Beth-Sémes, lorsqu'ils virent l'arche de lahvé. Celui-ci frappa 'parmi eux' soixante-dix hommes [ ] et le peuple prit le deuil, car lahvé avait frappé un 'très' grand coup. ^0 Alors les gens de Beth-Sémes dirent : « Qui pourra rester en présence

18. ivy, TM : m I2xn (G); TM : bsN.

19. n'tJD'' ''32 ^lU nSi (G); TM : -ji1. Dna (G); TM : D^a. Om. ;U^^< r^% na?an. Ajouter ikn (G).

17. A lui seul ''ini3 indiquerait que le verset appartient à la rédaction tardive (cf. le V. 11 et V, 6). Nous avons ici l'énumération des cinq satrapies des Philistins. Pour Asdod, cf. V, 1. La ville de Gaza, connue sous le nom de Hazati et Azzati dans les lettres d'El-Amarna, est aujourd'hui G/iazze sur la côte. Ascalon est aujourd'hui 'Asqalân entre Gaza et Asdod. Les lettres d'El-Amarna l'appellent Asqalûna, Sen- nachérib [Prisme, II, 58) Isqalluna. La ville de Gath [Gimti ou Gintl dans les lettres d'El-Amarna) est à localiser très probablement à Bcit-Djebrin. C'est tout près de Beit-Djebrin que se trouvait, en effet, na TW^yo de Midi, i, 14 [RB., 1908, p. 515). Sur pip';, cf. V. 10.

18. PourlEDG, cf. le v. i. lysa 1''" comme dans II Reg. xvii, 9; le terme 'i7"i2n, comme dans Deut. m, 5. Le mot ']V^ ne donnerait pas de sens, ce que semble bien indiquer le paseq. Il faut d'abord remplacer SlN* par ^INH comme le suggère nSlTAn (cf. le V. 14) et comme porte le texte de G X(6ou tou [j.£yâXou. Au lieu de ^y^ lire TJ\ correction généralement adoptée depuis Michaelis. Budde qui voudrait rattacher la seconde partie du verset au v. 16 est embarrassé par l'incidente rx 7\''h'S iniJi! 1U?K mn'' "rlIX qni est une allusion au v. 15 et suppose le même travail rédactionnel.

19. Le premier 1^^ qui fait double em^îloi avec le second donne un sens tout à fait étrange. Il faudrait supposer que les gens de Beth-Sémes ont été frappés pour avoir regardé l'arche, ce qui contredit tout le récit précédent. En réalité ce ~1T est un reste de iT'JD'' qui se trouvait dans la phrase primitive conservée par G -/.at oùx fj(j[jL^vtaav ulo\ 'l£-/ovi'ou. Restituer donc n''J3'' "tJ^ lin *sS"l : «Les fds de Jeconià ne se réjouirent pas » avec les gens de Beth-Sémes. De leur punition. Au heu de UVI hre Driîi d'après G èv aùtot;. Naturellement la phrase s'arrête après les soixante-dix hommes. Les cinquante mille hommes qui suivent représentent une surcharge destinée à ex- pliquer la nblia r\yû de la fin. Avec G restituer -nq à la fin. Le mot s'est fondu avec *n2X''1 du V. 20, à cause de la ressemblance du 1 et du T.

20. G (B) a simplement hwr.wi xou «ylou toutou pour ne pas identifie)' lahvé et l'arche

I SAMUEL, 6 20-21 7 1. 63

de lahvé, ce Dieu saint? Vers qui inontera-t-Il loin de nous? » 21 Us envoyèrent donc des messagers aux habitants de Qiriatli-ie'àrim, pour dire : « Les Philistins ont ramené l'arche de lahvé! Descendez pour l'emmener chez vous! » VIL ^ Les gens de Qiriath-ie'ârim vinrent donc et emmenèrent l'arche de lahvé. Ils l'introduisirent dans la maison d'Abi- nadab, 'qui' se trouve sur la colline, et celui-ci 'consacra' son fils El'azar pour garder l'arche de lahvé.

VII, 1. Ajouier 1U7N (G); ^^Tp (G : Lac); T.M : VClp.

(cf. IV, 3). L'arche est considérée comme un objet terrifiant (cf. II Sain. \i, 6 ss.K dont la présence peut occasionner des malheurs. La sainteté de lahvé (ri'in V,^MpT]) est en relation directe avec sa puissance. L'expression finale Ij'i^ya montre bien que la présence de l'arche est comme un poids pour les habitants de Beth-Sémes.

21. Pour la ville de Qiriath-ie'ârim, cf. Lagrange, /«<ges, p. 283. C'est aujourd'hui Abu-ghos ou Qariet el-'ineb au nord-ouest de Jérusalem, L'arche doit s'éloigner de plus en plus du pays des Philistins. Comme dans tout le récit nous avons encore mni "[IIX. L'expression 111 est tout à fait bien choisie, car Abou-Ghos est dans la montagne tandis que Beth-Sémes est déjà dans la plaine.

VII, 1. Nous avons ici la conclusion do tout le récit précédent. G (B) ajoute ù^a.^■/,r^ç, entre xi6wt6v et /.upîou. Le nom d'Abinadab doit se rapprocher du babylonien Abu- nadib (KB., IV, p. 194j. G (B) a A[i.eiva3a6. D'après G restituer lUJiS devant r\''J'2.'À-- Le nom du fils est Tî"Sn* « Dieu a aidé », avec lequel on peut comparer 1"î"iSx, en ba- bylonien Ili-haziri et Ili-aziri {RB., 1908, p. 220). D'après G (Lag.) fjyîaas lire "CIT: pour ^vjlp et cf. l'histoire de Mîcâ dans Jnd. xvii, 5.

Critique littér.vire. Séjour de l'arche au pays des Philistins et retour de l'arche chez les Israélites, tels sont les deux épisodes qui rem- plissent les chapitres v et vi. Naturellement il faut les rattacher au cha- pitre IV nous avons eu le récit de la prise de l'arche. Dans ce chapitre IV nous avions cru pouvoir trouver çà et des indices d'une double source que nous appelions J et E. Or un fait qui a depuis longtemps frappé les critiques, c'est l'alternance des noms divins n'-i et ainSN dans nos deux chapitres. « Au point de vue linguistique on peut attribuer peut-être une certaine valeur à ce fait que dans les chapitres i-m on emploie presque exclusivement lahvé, par contre dans les chapitres iv- VI on emploie aussi souvent Elohim » (Wellhausen, Die Composi- tion..., p. 241 1. Aussi Stade n'a-t-il pas hésité à voir dans iv-vi un double récit et Budde a repris cette conclusion. Ce dernier renonce cependant

04 I SAMUEL, V-VI. CRITIQUE.

pour nos chapitres v-vi, à une distinction des récits et déclare qu'on ne peut faire fond sur la distinction des noms divins , quoique cette dis- tinction accuse une double narration primitive. Un critérium qui, selon nous, n'a pas été suffisamment utilisé, c'est l'emploi de mn"» pnx ou a\"J^Nn li"iN pour signifier l'arche. On a reconnu que les vv. 1 et 2 du chapitre v étaient la juxtaposition des deux sources; or, dans le v. 2, il faut lire nint "(iix au lieu de Q^'i^xn "jiiN comme en fait foi le texte de G. Donc, si v, 1 appartient à E (a\n^Nn p'iK), v, 2 appartiendra à J (mni 1^'l^5). Tout l'épisode du temple de Dagon appartient à J et le seul nom divin employé est mri'' (v, 2-5). Pour E, la conséquence immédiate du séjour de l'arche chez les Philistins est la plaie des hémorroïdes. On remarque, en effet, à partir du v. 10, l'emploi du seul nom divin □inSsn (cf. au v. 10 a'n^^'.n |iif< et au v. 11 a^^\^^7 Tj- En outre, les Phi- listins ne parlent que de « l'arche du dieu d'Israël w, tandis que dans VI, 2 ss. (cf. G pour le v. 3) ils ne parleront que de l'arche de lahvé. Nous pouvons donc attribuer à E le récit de v, 6-12, en tenant compte que le V. 7 est du rédacteur, tandis que le v. 9 a été complété par l'emploi de la source J. La donnée de vi, 1 appartient à E comme conclusion chrono- logique (lire pi^^n avec G).

A partir de vi, 2, reprend le récit de J. Partout nous avons l'emploi du nom divin nini (dans les vv. 3, 5, 13, d'après G). Un seul doublet nous a permis d'attribuer à E une partie du v. 4. Pour le reste nous avons un récit unique, interrompu seulement par la réflexion du rédacteur aux vv. 17 et 18, et par la glose du v. 15. C'est donc à J que nous attri- buons le retour de l'arche au pays de Juda. Schàfers a cru qu'il fallait rapprocher ce retour de l'arche en Israël du transport de l'arche à Jéru- salem (II Sam. vi). Mais il n'a pas vu que II Sam. vi est évidemment composé de deux récits dont l'un (II Sam. vi, 2-4, 6-8) a partout ainS.xn "jiiN*, tandis que l'autre (II Sam. vi, 9-23) a partout mn'' inx (rectifier le v. 12 d'après G). Si II Sam. vi, 2-4, 6-8, appartient à E, on comprend im- médiatement pourquoi nous aurons dans ce récit Ba'alat de Juda (au v. 2) au lieu de Qiriath-ie'àrim et 'Ouzzà au lieu d'El'àzar, tandis que II Sam. VI, 9 ss. présentera tous les traits de notre chapitre vi. Wellhausen [Die- Composition..., p. 257) n'a pas fait cette distinction, ce qui lui a fait dire qu'il n'y avait qu'une relation de faits et non une relation de genre- littéraire entre II Sam. vi et I Sam. v-vi.

Critique historique. L'arche de lahvé est un engin redoutable,, car, d'après iv, 3 (cf. II Sam. vi, 5), elle est comme une personnification de lahvé. Que va-t-elle devenir entre les mains des ennemis? C'est la<

I SAMUEL, V-VI. CniTIQUE. 65

réponse à cette question que nous donnent les chapitres v-vi. Si le peuple de lahvé est battu par les Philistins, si l'arche qui représente lahvé au milieu de son peuple est prise par les Philistins, c'est donc que le dieu des Philistins est plus fort que le Dieu d'Israël. La lutte va s'en- gager entre Dagon et lahvé. L'épisode du temple de Dagon (v, 2-6) montre le triomphe du vrai Dieu sur l'idole à queue de poisson. C'est une violente satire contre Dagon et son clergé qui doit sauter par-dessus le seuil du temple. Le fléau honteux qui atteint les habitants des diverses villes l'arche est transportée est à la fois une manifestation de la puissance de lahvé et de son désir de retourner vers son peuple. 11 faut que les Philistins s'inclinent devant le Dieu d'Israël et lui consacrent des témoignages de leur humiliation. Quant à l'arche, elle saura bien re- trouver le chemin de son pays. Que si quelques-uns la voient revenir d'un mauvais œil (vi, 19 ss.), ils seront frappés, eux aussi, et la terreur s'em- parera de la ville l'arche s'est reposée.

Toute cette histoire n'a qu'un but, la glorification de l'arche de lahvé et, par suite, de lahvé lui-même. Les événements supposent une trêve entre Israël et les Philistins, trêve durant laquelle sévit une épidémie dans les principales villes des ennemis. L'arrivée de l'arche à Qiriath- ie'àrim crée un nouveau centre de culte qui remplacera celui de Silo. Un prêtre aura la charge de garder l'objet sacré. Samuel n'apparaît pas dans toute l'histoire et cela ne nous étonne pas puisque le retour de l'arche appartient à J, tandis que les récits relatifs à Samuel dans i-iv appartenaient à E.

LIVRES DE SAMUEL.

Chapitre VII Judicature de Samuel et défaite des Philistins.

[J] '^ A partir du jour l'arche demeura à Qiriath-ie'àrim, s'écoulèrent de nombreux jours (il y eut vingt ans), puis toute la maison d'Israël 'se tourna' du côté de lahvé.

[E] '^Samuel dit à toute la maison d'Israël : « Si vous revenez vers lahvé de tout votre cœur, éloignez du milieu de vous les dieux étrangers [ ], fixez votre cœur en lahvé et servez-Le, Lui seul, pour qu'il vous délivre de la main des Philistins. » '^Les Israélites éloignèrent donc les Baals et les Astartés, et ils servirent lahvé seul. ■' Alors Samuel dit : « Réunissez tout Israël à Mispâ : je prierai lahvé pour vous ! » '' Ils se réunirent à

VII, 2. !iJSïi1(G); TMin;''1.

3. Om. minurym.

VII, 2. La double expression D''a\"l 12TI1 et nJUT D"'1iyi?' IM"''! suppose une double main [Budde). L'expression D'iaTî 11111 est de J {Gen. xxxvin, 12), tandis que les vingt ans sont du rédacteur (iv, 18). Au lieu de inj^T qui serait le seul exemple du nif'al, lire IJSll d'après G (Lac.) l%iQ-:çzi(z et G (B) £juI6X£'^£ [Wellhaiisen). D'après G (Lag.) £v £tpï]'vTi, Klostermann propose à la fin nbu;3 qui est contredit par le v. 5.

3. Samuel reparaît ici. Il avait disparu de la scène à partir de iv, 1"^. L'expression □DuS'SdI est de E. La formule deutéronomienne ajouterait D3U^Si~S321 (Holzinger, Hexateuch, p. 287). L'expression 133" XiSnTIN ITiDn est spécifique de E (cf. Gen. XXXV, 2 ; Jos. XXIV, 23; Jud. x, 16). On voit que n'nnu7!;m non précédé de nx est une surcharge destinée à préparer le v. 4. L'expression ims"! rapproche encore de Jud. x, 16 (E). La fin comme le début de iv, 8.

4. Sur les Baals et les Astartés, Lagra^ge, ERS., p. 83 ss. 123 ss. Pour la fin, cf. Jos. XXIV, 31 (E).

5. Mispâestle lieu de réunion [Jud. xx, 1). Localisation dans iv, l^». On la retrou- vera dans X, 17 etc.. L'expression "bx DD"TÎ?1 SSsnxi est un indice de E (Holzinger, Hexateuch, p. 186).

6. Nous avons ici un rite d'expiation. Nous retrouverons la libation d'eau dans II Sam. xxiii, 16. Elle fut remplacée généralement par les libations de vin ou d'huile. On peut comparer la libation offerte par la mère de Gilgamès [Choix de textes..., p. 221). Après mn'' restituer nïix d'après G zkI ttjv Y?iv. Le jeûne intervient comme

moyen d'expiation (Lagrange, ERS., p. 325). Le mot DC qui n'est pas dans G est su- perflu. Pour nirT'S N'en, cf. n, 25. Budde considère l'aveu du péché comme caracté-

I SAMUEL, 7 7-12. , 07

Mispâ, puisèrent de l'eau qu'ils répandirent 7i terre' en présence de lahvé, jeûnèrent ce jour-là et dirent [ ] : « Nous avons péché contre lalivé! » Samuel jugea donc les Israélites à Mispâ,

"Les Philistins ayant appris que les Israélites s'étaient réunis à Mispâ, leurs princes montèrent contre Israël. Les Israélites l'apprirent et eurent peur en présence des Philistins. [R°] «Les Israélites dirent alors à Sa- muel : « Ne cesse pas de crier vers lahvé notre Dieu, pour qu'il nous sauve de la main des Philistins ! » [E | •' Samuel prit alors un agneau de lait et 'l'offrit' en holocauste à lahvé. [K"\ Samuel cria vers lahvé pour Israël et lahvé hii répondit. [E ] '" Samuel était en train d'offrir l'holo- causte quand les Philistins s'approchèrent pour combattre contre Israël. Mais lahvé tonna à grand fracas, en ce jour-là, contre les Philistins, et les épouvanta en sorte qu'ils lurent battus en présence d'Israël, i' Les gens d'Israël sortirent alors de Mispâ et poursuivirent les Philistins qu'ils battirent jusqu'au-dessous de 'Beth-Horon'. '- Alors Samuel prit une pierre

6. Ajouter nSIN (G). Om. aiT (G). 9. inSy^T {qerê).

11. pin-niaS (cf. G); tm : 12 t)^2^.

ristique de E, d'après iVww.xiv, 40; \xi, 1 ; Jud. x, 10, 15. Il semble bien que t:3tr"iT n'a pas ici un autre sens que dans le v. 15 et dans m, 13 : « il fut juge ».

7. Les princes des Philistins comme dans v, 8 etc... Devant ijn G suppose encore

-Ss.

8. La locution UDD U?"!nn Sx comme dans Ps. xxviii, 1. L'expression mni-'iN* py; suppose Rt" {Jud. III, 9, 15; vi, 6). Au lieu de IjmSn* G a 6e6v aou, TiinSx qui est préféré par Budde d'après xii, 19. L'expression DTlUjSs "TlD ljyu?"'T est encore caractéris - tique de R^ {Jud.u, 16, 18).

9. On prend un agneau de lait pour l'holocauste {Ex. xxix, 38 ss.; Zec. xxni, 12; Num. VI, 14). Avec le qerê, lire inSj;'!!. Le mot S'iSs est synonyme de nSi" dans la langue postérieure (Deut. xxxiii, 10; Ps. li,21). Il a pu être ajouté comme explication. G (B) ouv Tiavilxtô XaSJest une paraphrase dans le genre de xx\or,^zi pour S''Sd dans Beut. xni, 17 {Well/tausen). Pour la nature du'^'iSj, cf. Zec. vi, 15 et Lagraage, ÉRS., p. 417 s. Pour ...pVîll, cf. le V. 8.

10. Intervention directe de lahvé pour mettre fin au combat. C'est un indice de E {Budde). Les tonnerres sont aussi un signe de E (cf. xii, 17 s.). Emploi de nan avec lahvé comme sujet : cî.Jud. iv, 15 (El. La fin comme dans iv, 2 (E).

11. La ville de I^Tl'iS n'est pas mentionnée ailleurs. G a ^aïOyop qui sugo-ère à Klostermann une lecture 'jiirriT'a.S « Beth-IIoron ». Beth-Horon aujourd 'hui Bêt 'Ur est précisément sur la route des Philistins (iv, \^).

12. Samuel érige une pierre à titre de monument commémoratif [Gen. xxviii, 18, 22; XXXI, 45 ss.). Budde propose, mais sans appui dans les versions, de lire nii'n nnx Diyil. Au lieu del^L'n, lire nJU7')n d'après G t^? ;:aXaix; et Syr. TQj^ : cf. n2^> dans II C/ir.

68 1 SAMUEL, 7 13-17.

et la plaça entre Mispà et 'lesânà'. 11 l'appela Ében-hâ'ézer et dit : « lahvé nous a soutenus jusqu'ici ! » [R°] '^ Ainsi donc les Philistins furent sou- mis et ils ne recommencèrent plus à venir sur le territoire d'Israël, car la main de lahvé pesa sur les Philistins durant tous les jours de Samuel. 1^ Les villes que les Philistins avaient enlevées à Israël retournèrent à Israël, depuis 'Éqron jusqu'à Gath, et Israël délivra leurs confins de la main des Philistins. Il y eut paix entre Israël et l'Amorrhéen.

[E] 1^ Samuel jugea Israël tous les jours de sa vie. ^^> Il voyageait chaque année et faisait le tour de Béthel, de Gilgal et de Mispâ : il ju- geait Israël près de tous ces 'lieux saints', i' Après quoi il retournait à Râmâ, car était sa maison et il y jugeait Israël. Il y construisit un autel à lahvé.

12. nJtyXl (cf. G, Syr. et II Chr. xiii, 19); TM : -jï?,-!.

16. n'''û7'Tpi2n (G); TM : mcipDn.

XIII, 19. Pour la localisation, cf. iv, 1. Wellhausen propose de lire "i^ (x)^7 (n)"Ty pour njn~"îy, mais les versions sont en faveur de TM.

13. Le verset appartient à R'' [Jiid. m, 30; viii, 28; xi, 33). Pour la formule iG"i Sd, bNlD^cf. Jud. II, 18 (R'').

14. G a encore Ascalon pour 'Éqron (cf. v, 10 etc.). Wellhausen propose de lire nVJ (d'après G ACo6) au lieu de na, en comparant avec Sop/i. ii, 4 : n\"5ri nilTj; T\yj. Mais il faut remarquer que G (Lag.) confirme TM. Le terme ""liaNn pour signifier les anciens habitants du pays appartient aussi bien à D qu'à E (Holzi>ger, Hexateuch, p. 182).

15. Ce verset et les suivants n'appartiennent plus à R'', mais marquent la suite du récit après le v. 12. C'est la conclusion de l'histoire des Juges dans E.

16. Nous avons ici les parfaits d'habitude (cf. i, 3). L'expression HjUjn r]2XD na est d'assez basse époque {Zach. xiv, 16; II Chr. xxiv, 5). La ville de Béthel (aujourd'hui Bêtin) est dans la tribu de Benjamin, comme Mispâ (cf. iv, 1'') : Jos. xviii, 22, 26. Le Gilgal dont il s'agit ici n'est pas celui qui est voisin de Jéricho (x, 8; xi, 14 etc.), mais celui de II Reg. n, 1 ss.; iv, 38; aujourd'hui Djildjiliâ au nord de Béthel. Il semble bien que le second nx ne peut signifier autre chose que « près de », d'après Jud. III, 19; IV, 11; \ Reg. ix, 26; II Reg. ix, 27 {Driver). D'après G rjYtaa[Alvotç {sanc- tificationibus dans marg. cod. goth. leg.), Smith propose (après Cappel, Notas Criticœ) de lire D'iUJTpGn pour niaipan. Les villes de Mispâ, de Béthel, de Gilgal étaient donc choisies de préférence pour la judicature, à cause de leurs sanctuaires (cf. Ex. xviii, 13 ss. ; Jud. iv, 5).

17. Pour Râmâ, i, 1. Samuel bâtit un autel à lahvé (cf. xiv, 35).

I SAMUEL, Vir. CRITIQUE.

69

Critique littéiiaire et historique. Le chapitre vu est destiné ù nous montrer Samuel exerçant Véritablement la judicature en Israël. Le V. 2 qui fgiit allusion au séjour do Tarche à Qiriatli-ie'àrim appartient à la même main que le v. 1, mais avec un léger remaniement d'après les autres sources. L'influence deutéronomienne, comme on peut le voir par le commentaire, est incontestable, ce qui ne veut pas du tout dire qu'il faille voir dans vu, 2-17 un morceau du Ilédacteur. Budde, suivi par Schafers [Blhlische Zeitschrift, 1907, p. 19), a vu avec beaucoup de péné- tration que le récit principal est de E, tandis que le travail de s'est fait sentir sur quelques versets. Nous avons reconnu dans les vv. 8, 9'', 13-14, mais pour le reste de la narration le style de E est facilement reconnaissable. Le récit suppose la mort d'Éli (chap. iv) et la judicature de Samuel (vv. 15-17). La situation d'Israël ressemble singulièrement à celle qui nous est fréquemment décrite dans le livre des Juges : péché, oppression, retour à lahvé, salut; mais il y a cette différence qu'on ne nous raconte ni la faute des Israélites ni la manière dont ils furent oppri- més. Nous savons sans doute qu'il s'agit du péché d'idolâtrie (v. 4) et que les oppresseurs sont les Philistins (v. 3i, mais seulement d'une façon accidentelle, tandis que le cadre de R" eût consisté à nous dire en pre- mier lieu que les Israélites firent le mal et que, comme châtiment, les Philistins les opprimèrent (cf. Lagrange, Juges, p. xxv). La réunion à Mispâ (cf. X, 17) est aussi en faveur de l'attribution à E. L'agneau de lait (v. 9), la libation d'eau (v. 6), les tonnerres (v. 10) sont en faveur de l'attribution à un ancien récit. Le combat a lieu à Eben-hâ'ézer non loin de Mispâ (cf. iv, 1) et se termine par l'étymologie du nom de la localité. Les vv. 15-17 qui appartiennent aussi à E sont la conclusion de l'histoire de Samuel comme juge et achèvent les chapitres i-vii, dans lesquels nous avons assisté successivement à la naissance de Samuel, à la mort d'Éli et de ses fils, à l'oppression des Philistins et à la délivrance par l'intermédiaire de Samuel. Le double caractère de juge et de prêtre qui place Samuel à un rang spécial dans la série des juges est spéciale- ment mis en relief dans notre chapitre. Quant à la donnée de suivant laquelle la paix existerait entre Israël et les Philistins durant la vie de Samuel (vv. 13-14), il faut la considérer comme une formule générale applicable à la judicature de Samuel et faisant abstraction de l'époque de la royauté. Nous retrouverons les Philistins en lutte avec Saûl et David.

Chapitres VIII-XI

Institution de la royauté. Sacre de Saiil. Campagne contre les Ammonites.

VIII. [E] ^ Quand Samuel fut devenu vieux, il installa ses fds comme juges sur Israël. '-(Son fils aîné s'appelait .Joël, son fds cadet Abiâ; ils jugeaient à Bersabée). [R°] ''Or ses fds ne suivirent pas 'sa voie' et ils eurent de l'inclination pour le gain illicite : ils acceptèrent des présents et firent fléchir la justice. [E] ^^Tous les anciens d'Israël se réunirent et vinrent vers Samuel à Râmâ; "ils lui dirent : [R] « Voici que tu as vieilli et tes fils ne marchent pas dans tes voies : [E] établis donc 'sur nous' un

VIII, 3. iDm (ketliib). 5. ^:^SV; TM : IjS.

VIII, 1. Budde remarque que la dignité de juge se transmet ici de père en fils, tandis que dans le livre des Juges il fallait une vocation spéciale. Le verbe U^W s'emploie pour établir en charge un fonctionnaire, comme dans Dent, xvii, 15 et II Sam. VIII, 14.

2. G introduit le verset par /.a\ xauia (îv6[jLaTa tôjv uîwv aùxoû qui suppose nSxT l'Iris nlDXt?. Le V. 2 a tout l'air d'une parenthèse introduite après coup pour donner le nom des fils