Histoire générale de Languedoc
Claude de Vie, Joseph Vaissète, Alexandre Du Mège
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HISTOIRE
GÉNÉRALE
DE LANGUEDOC.
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rorrorsK. i w imum khik uaig db LAnorîssK-noaiu «>kt,
HÔTliL CAS1 El. I.AN.E.
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HISTOIRE
GÉNÉRALE
DE LANGUEDOC,
AVEC DES NOTES ET LES PIÈCES JUSTIFICATIVES !
COMPOSÉE SUR LES AUTEURS ET LES TITRES ORIGINAUX ,
ET ENRICHIE DE DIVERS MONUMENS ,
PAR DOM CLAUDE DE VJC ET DOM VAISSETE,
Hrltgtrui ficnfbictins bc la Congrégation it Saint -.fllaur ;
COMMENTÉE ET CONTINUÉE JUSQU'EN 1830,
ET AUGMENTEE DON GRAND NOMBRE DE CHARTES ET DE DOCOMENS INÉDITS ,
PAR M. LE CIIEV» AL. De MÉGE.
TOME NEUVIÈME.
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AVERTISSEMENT.
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I S Y Û
Ce volume, qui comprend les livres trente-neuvième, quarantième, quarante-unième, quarante-deuxième et quarante-troisième, de 17/is- loire générale de Languedoc, renferme tout ce qui restait encore du texte laissé par Dom Vaissete , qui n'a continué ses recherches que jusqu'à l'époque de la mort de Louis XIII , en 4643.
Le tome x, qui doit suivre immédiatement celui-ci, et qui est, en grande partie composé, contiendra la suite de l'histoire générale de cette province, sous les règnes de Louis XIV, de Louis XV, de Louis XVI , durant la République . et depuis la première abdication de Napoléon jusqu'à la Révolution de 1830, embrassant ainsi une période de cent quatre-vingt-sept années.
Qu'il nous soit permis de jeter un regard rétrospectif sur l'entre- prise dont nous apercevons enfin le terme.
Parmi les Histoires de nos provinces , il n'en est point qui aient mérité un succès pareil à celui que l'Histoire générale de Languedoc a obtenu. Recherches aussi vastes que consciencieuses, érudition pro- fonde , amour de la vérité , style clair, pensée toujours religieuse , sans être jamais intolérante, attachement réel aux vieilles gloires de la patrie , impartialité qui n'est jamais en défaut , telles sont les prin- cipales qualités de cet ouvrage , que toute l'Europe apprécie aujour- d'hui, et qui lui ont valu d'illustres suffrages. C'est un monument durable qui perpétuera le souvenir des vertus , des talens , et aussi des erreurs de nos pères.
Le récit, commençant aux premières expéditions connues des Volkes Tectosagcs , c'est-à-dire vers l'an 163 de Rome, continue jusques à la mort de Louis XIII , et renferme ainsi une période de plus de vingt- deux siècles. Le dixième volume ajoute à ce récit celui des faits accom- plis jusques à nos jours.
I ME IX.
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vj AVERTISSEMENT.
II n'existe peul-èlrc pas, en France, de travail historique plus digne d'estime , que celui dont nous avons terminé la réimpression.
Lorsque le doute pouvait entrer dans l'esprit des lecteurs , Dom do Vie et Dom Vaissete ont, par des dissertations ou des notes, placées à la fin des volumes, établi solidement les motifs qui les avaient portés à prendre un parti , et à ne pas demeurer dans le vague des conjectures.
Des inscriptions, des chroniques , des chartes, forment, à la fin de chaque volume, une longue série de Preuves en faveur des faits énon- cés dans le texte. Ce sont des monumens authentiques , de vénéra- bles moniteurs d'un passé qui n'avait pas encore été interrogé avec succès.
11 restait cependant beaucoup à faire encore. Un siècle entier s'est écoulé depuis la publication du dernier volume de VHistoire générale de Languedoc, et les sciences historiques ont fait d'immenses progrès, et une foule de documens de la plus haute importance ont été retrou- vés. D'ailleurs , le goût des études sérieuses a remplacé parmi nous celui des occupations futiles , en honneur durant le dix-huitième siè- cle , et l'on a voulu que la vérité fut montrée enfin sans ornemens et sans voile. Dans une telle disposition des esprits , publier de nou- veau V Histoire générale de Languedoc, sans ajouter des pages nouvelles aux pages qui la composent , aurait été une faute. Il fallait donc que , tout en respectant le texte de nos savans Bénédictins , un homme de notre époque , connu par ses longues investigations historiques , et doué d'une pensée en rapport avec celle de nos savans Bénédictins , devint leur annotateur, leur critique, leur continuateur.
C'est ce qui a eu lieu.
Les détails donnés par Dom de Vie et Dom Vaissete, sur les établis- semens des Gaulois dans l'Asie Mineure, pouvaient paraître suffisans , alors que ces religieux écrivaient ; mais il fallait , de nos jours , des notions plus complètes, plus précises, plus attachantes.
La mythologie pyrénaïque, entièrement inconnue ou négligée durant le dix-huitième siècle, devait occuper l'annotateur de VHistoire géné- rale de Languedoc. Il fallait comparer celte mythologie avec la mytho- logie des peuplades Ibériennes, qui ont eu de nombreux rapports avec les peuplades Celtiques et Aquitaniques ; il fallait sortir du cercle
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AVERTISSEMENT. « ij
élroit tracé par les autres écrivains , et dans lequel on n'apercevait que les noms d'Esus, dcBelenus, de Taranis, ou dcTeulatés ; et, ici, nul n'était peu t-élrc plus apte à agrandir nos connaissances à ce sujet, que celui qui a consacré ses plus belles années à recueillir nos monu- mens, trop long-temps méconnus, et nos anciennes légendes, restes précieux des poétiques et rians mensonges de l'antiquité.
Les temples , les ruines qui attestent encore la civilisation de nos contrées, sous la domination des Romains, avaient, sans doute, occupé les Bénédictins, auteurs de V Histoire générale de Languedoc , mais trop peu, il faut l'avouer, pour l'époque même où ils écrivaient. D'ailleurs, des recherches, des découvertes nombreuses, ont con- sidérablement accru nos connaissances en ce genre , et on ne pouvait les dédaigner.
Le cycle Wisigothique ne pouvait être négligé par le continuateur de Dom VaisseCe. )l devait rechercher les origines des tribus guerriè- res qui s'établirent dans notre patrie , dire ce qu'elles furent dans ces contrées, montrer leur empire, s'étendant de l'extrémité méridionale de la Péninsule Hispanique jusqu'à la rive gauche de la Loire, et ne pas oublier l'importance qu'acquit alors Toulouse , devenue la capitale de cet état si puissant.
L'époque qui succéda à l'époque Wisigothique dans celle portion rie la Gaule, n'était peut-être pas assez étudiée dans le texte origi- nal, et, d'ailleurs, les Bénédictins, ne travaillant que d'après les chroniques latines, ont dû ignorer beaucoup de faits relatifs aux in- vasions des Sarrasins dans l'Aquitaine et dans la Septimanie, et à leur défaite sous les murs de Toulouse. Ils ont dù , par le même motif, reproduire assez mal les noms des chefs de ces hordes dévastatrices. Mus heureux , l'annotateur a pu profiter des recherches des orienta- listes les plus célèbres, et, avec l'aide des chroniqueurs arabes, réta- blir les faits , en faire connaître d'autres que les Bénédictins avaient ignorés , et désigner par leurs vrais noms les rapides conquérans de i Espagne et de nos provinces , à cette terrible époque où l'Islamisme triomphait de toutes les résistances.
Le cycle Carlovingien , sur lequel la poésie et les faits de l'histoire jettent un intérêt égal, n'avait pas été peut-être assez étudié par les
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viij AVERTISSEMENT.
auteurs de l'Histoire dont nous donnons une édition nouvelle. Il a donc fallu ajouter beaucoup à ce qu'ils ont écrit , et consacrer, en quelque sorte cette époque , qui ne fut pas sans gloire pour Toulouse , où . pour la troisième fois, un trône fut élevé. Les fables même, qui sont comme un supplément obligé de cette grande période , ne devaient pas être négligées. Il ne fallait pas oublier l'héroïque légende du preux Roland ; il fallait le suivre à Uoncevaux , et montrer Angèle , cette gracieuse création de nos premiers troubadours, priant pour le héros, et allant s'asseoir près de lui dans les cieux ; il fallait mettre en garde les lecteurs contre les chants attribués aux Escualdunac , ou aux Vas- cons , et célébrant leur victoire sur Charles-lc-Grand , il fallait aborder cette question , semi-historique , semi-poétique , que l'on a voulu re- produire de nos jours , relativement aux prétendues conquêtes que le magnanime Empereur aurait accomplies dans une portion de notre province, avant d'entrer en Espagne, et là se plaçait naturellement l'examen de celle singulière épopée, connue sous le nom de Roman de Philomena, et qui a été publiée ici en langue romane, tandis qu'elle ne l'avait encore été qu'en latin. Là, devait prendre place aussi celte autre épopée barbare , dont le héros est Guillaume au cort-nez , et il fallait en tirer nécessairement, non-seulement les Enfances, mais aussi le Charroy de JSismes, épisode souvent cité et cependant encore inconnu.
L'histoire des Comtes de Toulouse , ébauchée par Catel , éclaircic par Dom Vaissetc , n'avait pas atteint encore le degré de perfec- tion que semblait exiger son importance. Il fallait , d'ailleurs , ven- ger, avec l'aide des chroniqueurs latins, des historiens orientaux, et même des poètes arabes , Haymond de Saint-Gilles , ce vénérable héros des guerres saintes , si étrangement outragé par un auteur mo- derne 1 ; il fallait montrer que cet écrivain, ayant le plus souvent à choisir entre un grand nombre de témoignages favorables et quelques récriminations isolées, s'était constamment, et presque instinctive- ment, rangé du coté des ennemis du prince de Toulouse , oubliant que les charmes d'un style pur, élégant et facile , ne suffisent pas toujours, et que l'historien ne doit rechercher que la vérité, ne doit se passionner que pour elle.
1 M. Michaud, Histoire des Croisade*.
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AVERTISSEMENT. ix
S'élevant au-dessus des préjugés des écrivains qui l'avaient pré- cédé, Dom Vaissete a su répandre des clartés aussi vives qu'inatten- dues sur l'histoire des croisades contre les Albigeois , et dans la lutte qu'il dut soutenir contre des journalistes prévenus , contre des criti- ques moins érudits que lui, le triomphe ne fut pas un seul instant incertain. Cependant toutes les scènes de ce grand drame ne lui étaient pas connues. Il n'avait pas même obtenu une bonne copie de la chro- nique en langue romane, qui raconte les événemens de la croisade, les manuscrits de cette chronique conservés , soit à Carpenlras , soit à la Bibliothèque Royale, étant tous deux incomplets. Plus heureux, nous avons pu publier celui de Toulouse , bien plus ancien que les deux autres , et dans lequel il n'existe point de lacune. La chronique en vers, ou la Canso dels Erelgès d'Albegès , ne fut point connue de Dom Vaissete , et ce document important a fourni à notre édition les tableaux animés de celte guerre longue et cruelle qui désola le midi delà France , et qui brisa la couronne de ses souverains bien-aimés. L'annotateur a du citer de longs fragmens de ce poème , et analyser aussi le registre de l'Inquisition , encore existant à Toulouse. Là , il a retrouvé les dogmes , les cérémonies des Hérétiques, les noms de plu- sieurs de leurs évèques et d'un grand nombre de leurs diacres ou ministres, et môme de ces femmes qu'ils associaient à toutes les fonc- tions du sacerdoce , comme à lou3 les périls de leur vie aventureuse. Cette portion de notre histoire, considérablement augmentée, devra être étudiée désormais par tous ceux qui voudront connaître cette portion de nos annales , si négligée par quelques-uns , si étrangement falsifiée par d'autres.
Les archives de la province , et celles de nos villes , renferment un grand nombre de documens de la plus haute importance , et même des chroniques municipales , dont peu de gens avaient jusqu'à ce jour soupçonné l'existence. Dom Vaissete, qui avait vaincu de grandes diffi- cultés en renouant la chaîne des temps, en retirant de l'oubli des faits dignes d'une éternelle mémoire, n'a pas, malheureusement, consulté ces archives , n'a point lu les chroniques que l'on vient d'indiquer, L't dès- lors son travail a du demeurer incomplet ; il n'a pu parler avec assurance des privilèges, des franchises, des libertés de nos villes :
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x AVERTISSEMENT.
il a même nié , en quelque sorte , celles de la province ; il fallait ré- parer cette omission ; il fallait donner aussi de plus amples détails sur l'étal des arts dépendans du dessin , à diverses époques, et faire mieux connaître les troubadours de notre province, dire ce que furent ceux de Toulouse , et leur influence en Aragon et en Catalogne , examiner leur art poétique et donner des détails plus circonstanciés , plus authentiques, sur Clémence lsaure et sur la transformation opérée par elle dans le Collège de la Gaie Science.
Un autre tâche était imposée au continuateur de Dom Vaissele.
Le tableau si varié des guerres civiles et religieuses du seizième siècle n'a , en général , été tracé que par des hommes passionnés , fanatiques, et par conséquent peu sincères. Depuis, l'esprit philoso- phique du dix-huitième siècle a repoussé la vérité, et n'a point reculé devant les falsifications historiques. La vérité tout entière n'était point dans les écrits publiés par les protestaris , ni même dans ceux que Ton devait aux annalistes qui étaient entrés dans le Parti Politique ; il fallait la rechercher dans les archives municipales , et c'est ce que Dom Vaissete n'a point fait , et l'on ne sait comment il a pu accorder une confiance entière aux écrits de d'Aubigné , de Gâches, de M. de Thou même. On n'ignore pas, d'ailleurs, que ce religieux s'est trouvé placé entre l'influence des idées les plus en honneur à son époque , et la surveillance d'un ministère timide qui ne voulait point laisser blesser, par des récits circonstanciés et authentiques, la susceptibilité des puissances protestantes.
Il a fallu rétablir les faits altérés , et en faire connaître un grand nombre d'autres , en s'appuyant toujours sur le témoignage des contemporains, et sur les documens conservés dans les archives publiques.
Telle a été la série des travaux entrepris pour compléter V Histoire générale de Languedoc , pour lui donner un intérêt nouveau , et pour asseoir la vérité sur les ruines de nombreux mensonges, trop long- temps accrédités , trop long-temps respectés.
Considérablement augmentée par ces travaux, aussi imporlans qu'ils sont consciencieux , celte Histoire a reçu aussi de notables améliora- tions sous le rapport artistique.
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Presque toutes les planches de ce grand ouvrage étaient inexactes , et la plupart ont dû être refaites d'après les monurnens, mal copiés, ou dénaturés par les dessinateurs des Bénédictins ; on en a ajouté un grand nombre d'autres , et leur exécution est digne d'estime.
On saura peut-être quelque gré à l'éditeur d'avoir placé en tête de celte édition un beau portrait de Dom Vaissete. Ce portrait a été gravé d'après un dessin fait en 1745 , par Guillaume Gamma s, peintre et architecte de Toulouse.
Le portrait du continuateur de Dom Vaissete doit orner le dernier volume de celte édition.
Les Preuves indiquées au bas de chaque page avaient , dans l'édi- tion originale , été imprimées avant le texte, de telle sorte que celui-ci offrait, à chaque instant, et le fait énoncé et la base sur laquelle re- posait l'assertion de l'auteur. Il ne pouvait en être ainsi dans notre édition ; et bien que l'ordre le plus exact existe dans la manière dont les Preuves sont rapportées à la lin de chaque volume, il fallait peut- èlrc encore une précision plus exacte, et on l'a obtenue en plaçant, * /a fin du dixième , une table générale des Preuves , divisée en neuf parties ; de sorte que l'on trouvera , sans aucune difficulté , sans fatigue , à la seule ouverture de celte table , les matériaux histo- riques qui ont servi à la composition de ce grand ouvrage, les Preuves jui justifient chacun des récits.
De même que l'on a donné, dans le sixième tome, la carte de la province de Languedoc , divisée en Sénéchaussées et en Vigueries , on donnera dans le dixième volume une carte de la même contrée , divi- sée en départemens et en arrondissemens. On aura ainsi, à l'aide de t'es caries , avec les limites exactes de notre ancienne province , les diverses transformations administratives qu'elle a subies depuis sa réunion à la couronne.
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SOMMAIRES DES NOTES.
I. Sur diverses circonstances du passage de l'armée des princes de Xavarre el de Condé , et de l'amiral de Co- ligny, dans le Languedoc, en 1570. page 45.V
II. Sur le massacre des religionnaires de Toulouse, en 1572. 4fi(>.
III. Sur l'entrevue que le maréchal de Montmorency cul à Mazèrcs, à la fi» de l'année 1579, avec le roi de Navarre. 4C3.
IV. Si Gui du Faur de Pibrac (m amoureux de Mar- guerite de Valois, reine de France cl de Navarre. 466.
V. Epoque et circonstances de la mort tragique de Jean- Elicnnc Duranti , premier président du parlement de
Toulouse, el de l'émotion arrivée dans celte tille « l'occasion du maréchal de Joyeuse. pvge 468.
VI. Sur quelques circonstances de l'expédition d'Antoine Scipion, duc de Joyeuse, aux environs de Moniauhan , du siège el de la bataille de Villcmur, et de la mort de ce seigneur. 477.
VII. Sur quelquescirconstances du siège de Mootauban . par lo roi Louis MU, en 1621. 4HI
VIII. Sur quelques circonstances de l'entrée de Gaston . duc d'Orléans , en Languedoc, de la défection du duc de Montmorency cl du combat de Caslelnaudary. 48»
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HISTOIRE
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DE LANGUEDOC.
•
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LIVRE TRENTE-NEUVIÈME.
i.
L« hostilité» continuent dan» la province malgré l'edit de pacification.
La roorl de François de Lorraine duc de Guise, assassiné au siège d Orléans, le 23. de Février de l'an 1503. par Poltrot émissaire Oc l'amiral de Coligni * , que ce prince pour- suivoit vivement, contribua beaucoup à dé- terminer la reine inere , à faire donner le 19. de Mars suivant le nouvel cdil de pacifica- tion. Aussi-lot que le comte de Crussol fut informé de cet édit , il envoya 1 Beaudinéson frère dans le comté Vcnaissin pour défendre, 'ous peine de la vie, à tous les officiers de
troupes , de commettre aucune hostilité sur les terres du roi , parce que la paix étoil toile : mais les*deux partis ne posèrent pas Mlot les armes. En effet le baron de Peyrc commandant des religionairesdu Gevaudan, demanda bientôt après du secours au comte Je Crussol contre les seigneurs d'Apchier et <ie la Farc, qui a voient assiégé les villes dEs- pagoac et de Florac le 5. d'Avril. En consé- quence, Crussol ordonna à toute la noblesse religionaire du Vivarais, du Gevaudan et des tiennes de s armer; et le baron de Portes,
' Moniagn. but. de 1 Eur. liv. 4 ch. 12
' r. AtkJilion» cl Notes dn Livre zwix , n' 1.
TCSUK IX.
Aissan, Beaufort, saint Jean, Toyras, Ga- briac, Lours le jeune, Rouere, Chadanac, et plusieurs autres gentilshommes du pais, ayant joint Beaudiné dans un village près de Florac, d'Apchier informé de leur marche, leva le siège de ces deux petiles v illes.
Dun autre côlé les religionaires du haut- Languedoc continuèrent les hostilités malgré ledit de pacification , et s'assurèrent 1 de la ville de Pamicrs, dont ils envahirent les égli- ses cl les monastères, quils mirent au pillage, et après avoir massacré la plupart tics prê- tres et des religieux, ils jetterent leurs corps dans des puits. Ceux de Castres et de Puilau- rens s'ètant mis en campagne, prirent d'as- saut la ville d'Auriac à«cinq lieues de Tou- louse, le dernier de Mars, pillèrent les églises et les maisons des catholiques , et tuè- rent plusieurs d entre ces derniers *. Le car- dinal d'Armagnac archevêque de Toulouse, en qualité de lieutenant du roi dans le Tou- lousain , fit sçavoir aux habitans de Monlau- ban , aussi-lôl qu il cul reçu des nouvelles de ledit, que 1 intention du roi et de la reine mercéloit, de retirer les garnisons postées dans divers châteaux des environs de celte ville, pour la bloquer, à condition quiis se remetlroient sous lobeissauce du roi : mais
« Preuves .
* /'. Additions et Notes du Livre \\\\\ , u» 2.
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2 H1ST0IIŒ
dans le lems qu'il Iravailloil a celle pacifica- tion, les habilansdc Casino cl de Puilaurcns sciant armes au nombre de quinze cens, s'emparèrent de la ville de Buzcl à Irois lieues de Toulouse, le jour de Pâques h. d'Avril; re qu'ils exécutèrent , après avoir fait cepen- dant publier ledit de pacification dans leurs villes, Ijc cardinal surpris de cette infraction, leur envoya un exprès pour les sommer de sortir de Buzct , poste important , à cause du pont sur la rivière de Tarn :* mais ils retin- rent l'exprès; et après avoir mis garnison à Buzct , ils allèrent vers Montauban , dans le dessein de forcer les forts qui ser voient à en former le blocus *. Ils ne purent toutefois réussir, non plus qu'à prendre le château et 1 église de Buzcl. Les Toulousains allarmès , étoient sur le point de se mettre en armes, lorsque le cardinal d'Armagnac et le parle- ment de Toulouse en avertirent le roi et la reine mère, par leurs lettres du 12. et du 13. d'Avril.
11.
Les concilier» interdits et autre» proscrit» de Toulouse , sont rétablis.
Le roi ayant accordé, par un des articles de l edit de pacification , une amnistie géné- rale pour le passé , les conseillers que le par- lement de Toulouse a voit interdits préten- doient rentrer dans les fonctions de leurs charges ; et ils obtinrent un nouvel arrêt du conseil en leur faveur le 15. d Avril. Le par- lement , pour mettre obstacle à leur rentrée, ordonna 1 que tous les officiers de cette cour feraient serment de croire les articles de foi arrêtés par la Sorbonnc sous François I. Ayant fait célébrer une messe solemnellc le 10. de May , ils firent prêter ce serment à tous ceux qui étoient prèsens , et déclarè- rent , que les absens ne pou voient rentrer dans l'exercice de leurs charges , sans en prêter un semblable. Les conseillers interdits firent valoir larrèt du conseil , qui les réta- blissoil sans les obliger à faire leur profes-
t La Faille , ibid. p. 215. et scq. 255. cl seq. cl Pr. ibiJ p. 58. cl scq.
* /'. Additions et Noirs du Livre sxxix. n 3.
GÉNÉRALE [1563]
I sion de foi. Le parlement , obligé d obéir , leur proposa néanmoins, lorsqu'ils se présentè- rent , de prêter le sermenl; et sur leur refus, il en fit retenir acte par le greffier, ce qui servit de prétexte pour les récuser dans la suite dans les affaires où la religion éloil in- téressée. Les conseillers interdits obtinrent de plus un arrêt du conseil , qui cassoil tou- tes les procédures qui avoient été failes con- tre eux ; et ils exigèrent que la publication de ecl arrêt se fil en plein parlement. Ccsl ce qui engagea le premier président d Affis, qui craignoil que cela n'excitât des troubles dans sa compagnie, à cause qu'elle sembloit encourir par-là une note d infamie, à en écrire 1 au roi le 27. de May de lan 156*. pour le prier de suspendre celle publication jusqua son arrivée dans le pats. D'un autre côté, les capilouls de 1 année précédente, qui avoient été condamnés par contumace par le parlement , obliurcnl aussi un arrêt du con- seil , pour être rétablis et peints dans l'hôtel de ville avec les autres, en conséquence du nouvel edit de pacification. Us firent aussi ordonner par le même arrêt , que la relation que George Bosquet avoil fait imprimer, de l'émotion arrivée à Toulouse , seroil brûlée par la main du bourreau, avec défense de faire la procession indiquée tous les ans au 17. de May , en action de grâces de la déli- vrance de Toulouse , et avec ordre de leur remettre tous les actes qui leur avoient été enlevés dans l'hôtel de ville. Ces anciens capi- louls firent venir à Toulouse au mois de No- vembre suivant, Jean de Villeneuve avocat au grand-conseil , pour exécuter cet arrêt *.
III.
Darrmlle succède au connétable de Monlonoreuci sou pere dans le gouvernement de Languedoc.
Le roi et la reine merc, aussi-tôt que ledit de pacification fut publié, dépêchèrent 2 Cou- caut au comte de Crussol , pour 1 engager à désarmer , et à faire venir dans les coffres
' Preuves, a Preuves.
* V. Additions et Notes du Livre xxxix, u° k.
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[1563]
DE LANGUEDOC LIV. XXMX.
du roi , l'argent des gabelles et des autres sub- sides , qui se levoient dans la partie de la pro- vince soumise aux religionaires. Crussol en renvoyant cet exprès, fil espérer au roi qu'il lai reviendrait un million de livres: mais ne pouvant supporter Joyeuse , qui étoit extrê- mement odieux à tous les religionaires, il demanda que le roi envoyât quelque prince ou maréchal de France, à qui il pût remet- tre les places dont il étoil le mallre. Le roi avoit déjà nommé , ainsi qu'on l'a dit , le ma- réchal de Vieille-ville, mais comme ce maré- chal étoit actuellement occupe ailleurs, et que te roi vonloit retirer promptement les finances de la province , dont il avoit un ex- trême besoin , il écrivit 1 au connétable de Monlmorenci le 28. d'Avril , pour le consul- ter, et sçavoir de lui , s'il ne conviendroil pas qu'il envoyât le maréchal do Montmorenci son filsatné en Languedoc à la place du ma- réchal de Vieille-ville. Nous ignorons la ré- ponse du connétable: mais nous ne voyons pas que le roi ait envoyé le maréchal de Montmorenci dans la province, et noussça- vons qu'il prit bientôt après d'autres arrange- ment En effet , le roi voulant ménager le connétable de Montmorenci , qui éloit mé- content, de ce qu'après la mort du duc de Corse, il ne loi avoit pas rendu la charge de çrrand maître de sa maison , qu'il avoit pos- sédée autrefois , reçut sa démission du gou- vernement de Languedoc , et en disposa le 12. de May suivant, en faveur de Henri de Montmorenci seigneur de Dam vil le , fils puiné du connétable , âgé alors de vingt-neuf ans. Le roi le qualiGe dans les lettres2 : chevalier de son ordre , capitaine de cent gentilshommes d'armes de ses ordonnances , et colonel des chevaux légers de de-là les monts, cl le nomme son procureur général, et gouverneur en son pais de Languedoc. 11 lui donna en même tems la commission d'aller recevoir la soumission des villes rebelles de cette pro- vince el d'en prendre possession en son nom. Ce seigneur, qui étoit alors en Espagne, ne » rendit dans le pais que quelques mois après.
•
1 Preuves.
» Mém. de la ch. des compi de Pari».
IV.
Le roi presse le comte de Cruuol de désarmer.
Cependant le comte de Crussol , qui com- mandoit les religionaires de Languedoc et ceux de Dauphiné , éloit toujours armé. La reine mère lui ayant écrit le 1. d'Avril , il lui répondit1 le 11. de ce mois de Valence en Dauphiné , et lui déclara nettement qu'il ne pou voit traiter avec le vicomte de Joyeuse touchant la pacification des (roubles de lu province , à cause que ce seigneur étoit uni- versellement haï. Il ajoute, qu'il ne veut plus se mêler des affaires de religion , el qu'il est à propos d'envoyer pour cela quelque per- sonnage d'autorité. 11 l'avertit enfin, que de- puis la conclusion de la paix, les catholiques continuoienl de brûler, piller et ravager commcauparavanl ; en sorte qu'il étoit obligé d envoyer Beaudiné son frère, pour faire léle à S. Vidal et à d'Apchier, qui avoient saccage et brûlé quelques villages deGevaudan ; qu'au reste il s'employeroit de son mieux pour ré- tablir la paix. Il demeura cependant toujours armé; et le prince de Condé lui ayant mandé d'évacuer les places qu il tenoit dans le comté d Avignon, il lui répondit - le 5. de May, qu il ne pouvoil le faire pour trois raisons princi- pales; 1". parce que le vice-légal et Fabrice Serbcllon , qui couimandoit à Avignon , ne vouloieut pas permettre l'exercice libre de la religion réformée aux religionaires du Com- tat ; 2°. parce qu'ils refusoient de le rembour- ser des frais qu'il avoil faits pour la garde de ces places ; 3°. pour se venger de la cruauté dont tes s ilcllitcs du pape avoient usé envers un de ses frères (abbé de Feuillans) qu'ils avoient pris et tué de sang froid , el qu ils avoient ensuite déterré pour le traîner daus les rues d Orange.
Le roi el la reine merc voyant que Crussol ne vouloil pas désarmer , lui écrivirent à ce sujet. La lettre 3 du roi est du IL de May. Il le prie de congédier ses troupes aussi-tôt qu il lauroit reçue: il ajoùte, qu il donne le même
i Preuves.
a Rejc. 8. desleu origin. ims. deCoasIin. 3 Prouve».
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\ ms fouie
ordre à Joyeuse en Languedoc et à Monlge- ron en Dauphiné, et qu'il leur ordonne de faire observer exactement le dernier édit de pacification. Il l'exhorte à se réconcilier avec eux , pour concourir à l'exécution de la paix , en attendant l'arrivée du maréchal de Vieille- ville. Enfin il lui dit qu'il écrit à Fabrice à Avignon , pour qu'il désarme aussi de son côté. La reine mère dans sa lettre 1 , mande à Crussol , que le séjour que ce maréchal , qui éloit déjà parti , devoil faire à Lyon et en Dauphiné, ne lui permettant pas de se ren- dre sitôt en Languedoc , il eût en attendant à redresser les griefs, dont les catholiques, « liasses des places occupées par les religio- naires , se plaignoient , et qui éloienl 1°. de ce qu'on levoil les impositions sur un pied plus haut , qu'il n'a Voit été ordonné aux der- niers étals ; 2°. de ce que les religionaires rontinuoienl de percevoir les revenus des bé- néfices situés dans le pais qu'ils occupoient ; 3°. de ce que les religionaires refusoient non- seulement de permettre aux catholiques de rentrer dans leurs inaisens, mais qu'ils fai- K)ient la recolle de leurs biens. La reine ajoute, que sur l'offre que Crussol avoit faite de remettre les places dont il éloit le maître, au sieur de Caylus, ou à tout autre que Jo- yeuse , elle avoit envoyé un plein pouvoir au premier de les recevoir, en attendant l'arri- vée du seigneur de Dam ville gouverneur de la province , qui devoil y aller dans peu ; et qu elle avoit ordonné à Joyeuse d aller Vatten- dre à Toulouse.
V.
L edit Je pacification est public à Montpellier, qui rentre sou* l'obcUsauce du roi.
I/î comte de Crussol - , après avoir tenu à Jtagnols rassemblée des religionaires , quali- fiée d'états de la province, dont on a déjà parlé , et qui finit le 18. d'Avril , se rendit à Montpellier, où il arriva le 7. de May, suivi du cardinal de Chàlillon dit le comte de Mau- vais , de Beaudiné son frère , et de Brancas chevalier de Tordre , que Bczc appelle Bou-
• l\ep. 8. ibid.
aAnonym. de Monlpcll. - Beic . hist. des tçVws rvlurin. liv 10.
GÉNÉRALE [1563]
cari, député par le prince de Condé pour l'exécution de ledit de pacification dans la province. Caylus y étant arrivé deux jours après, Crussol convoqua la principale no- blesse et les députes des villes des environs, qui Rassemblèrent le 11. de May. Brancas leur exposa au nom du prince de Condé, les clauses et les avantages de la paix : Caylus leur signifia de son côté la commission du roi ; et Crussol offrit de se démettre du pou- voir que les états religionaires du pais lui avoienl donné. L'assemblée ayant demandé le lems de délibérer , alla en corps le lende- main trouver les comtes de Crussol et de Beauvais dans leur maison , où Caylus et Hrancas se trouvèrent ; et là , après avoir fait de grandes instances à Crussol de gar- der son pouvoir jusquà l'entière pacifica- tion, ils dirent à Caylus, qu ils se soumet - toient à l edit , sauf les remontrances qu ils se réservoient de faire au roi , pour lui deman- der la modification de quelques articles. Us insistèrent 1 principalement sur deux de ces articles. Us demandoienl : 1°. que les catho- liques fussent obligés de désarmer , comme eux : 2°. « qu'attendu le cruel traitement » qu ils avoienl reçu de Joyeuse , ayant mes- » mes introduit les Espagnols au royaume , » il pleusl au roi leur octroyer un autre gou- » verneur , en nommant un prince du sang , » comme portent leurs anciens privilèges. » La publication de ledit fut faite le môme jour à Montpellier , et elle fut célébrée par des courses de lance et de bague : mais les religionaires qui se voyoient obligés de ren- dre aux catholiques les églises de cette ville , lâchèrent d'éluder celte restitution , et ex- torquèrent des chanoines et autres prêtres , qui se trouvèrent à Montpellier , un acte par lequel ceux-ci consentaient de leur laisser les églises de Notre-Dame , de S. Firmia et de S. Paul. Les religionaires avoienl eu dail- leurs la malice, pour empêcher les catholi- ques de faire le service divin dans les églises qui dévoient leur être restituées, d en enle- ver toutes les cloches, et d en ruiner tous les dedans *.
i Heze , ibid.
• /'. Additions cl Note» du Litre xxxix , n" 5
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m LANGUEDOC. LIV. XVX1X.
VI.
La comte de Crussol Tait difficulté de remettre au vicomte de Joueuse le* place* occupée» dans la province par les religions ires.
Joyeuse étoit alors à Narbonnc, d'où il écrivit 1 aa roi et à la reine merc le 21. de May. Il leur marque , quil avoil publié ledit de paciGcalion dans toutes les villes qui lui obéissoient, et que Caylus avoil clé de son côté dans celles qui éloient au pouvoir des religionaires, pour en Taire de même; que Crussol , avant que de faire aucune réponse à Caylus, a voit assemblé à Montpellier ceux de la nouvelle religion , qui avoient nommé leur assemblée, les trois états de Languedoc , comme si elle avoit été convoquée par ordre do mi, et qu'ils avoient enfin répondu qu'ils ue remeltroient pas leurs places. Il ajoute que les religionaires I avoient représenté avec des couleurs qui ne lui coovenoient pas , et que c'est ce qui l'avoit engagé à députer le sieur de Convertis à la cour, pour demander des ordres. H s'excuse à la fin de sa lettre , de ce qu'il n'avoil pas désarmé entièrement , ayant appris que le comte de Crussol se renforroil de jour en jour.
Ce dernier envoya 2 de Bcziers le 26. de May le cardinal dcChàtillon à Joyeuse, pour lui offrir l'exécution des articles qu il lui avoit déjà Tait présenter par Coucaut. Crussol of- frait d'évacuer les places tenues par les reli- gionaires , à mesure que les catholiques éva- cueraient celles dont ilsétoient en possession, et de rétablir les catholiques chassés de ces villes, à mesure quil rétablirait les religio- saircs chassés, dans celles dont il étoit le maître. Comme les cardinaux d'Armagnac et Strozzi se disoient lieutenans du roi, lun dans le Toulousain , l'autre dans l'Albigeois, de même que d'Apchicr en Gcvaudan , cl S. Chaamont, S. Vidal et lévêque du Pui en Vivarais cl en Vêlai , le comte de Crussol demandoit à Joyeuse , s il avoit l'autorité et le pouvoir de se faire obéir par tous ces lieu- tenans du roi : il proposoit ensuite qu'on mit los armes bas le même jour de part et d'autre,
' Preuve*. .
' Preuves. - Anonyme de Montpellier.
afin que le maréchal de Vieille-ville trouvai à son arrivée toute la province pacifiée. Crus- sol demandoit de plus, que Joyeuse assignat , s'il en avoil le pouvoir, une vihc dans cha- que bailliage ou sénéchaussée , pour y faire l'exercice de la religion réformée ; qu'il fil rétablir les religionaires dans les villes d'où ils avoient élé chassés , el qu'il rendil les pri- sonniers; offrant d'en faire autant de son coté. Le cardinal de ChAtillon joignit le même jour le vicomte de Joyeuse à Monlels, entre Narbonne el Capeslang , chacun ayant à sa suite vingt-cinq hommes sans armes , et ils entrereut en conférence. Le vicomte étant retourné à Narbonnc, répondit le lendemain aux articles, et envoya sa réponse à Agde , où le Comte de Crussol s'étoit rendu, par Chef-de-bien , gênerai des finances. Iloffril de son côlé y d'exécuter l edit de pacification ; el quant au licenciement des troupes , il déclara qu'il en avoil congédié une grande partie ; quil auroit continué, s'il n avoil élé averti que ceux de la nouvelle religion , dans leur assemblée de Montpellier , avoient conclu dentretenir deux mille hommes de pied et quatre cornettes de cavalerie, sans compter cinq à six mille hommes qu'ils avoient du côté d Avignon ; qu'ils continuoient de s'ap- proprier les revenus ecclésiastiques ; qu'ainsi il navoit pû désarmer entièrement., jusqu'à ce que le comte de Crussol en eût fait autant de son côlé ; et qu'enfin il ne désarmerait que par un exprès commandement du roi. Crussol peu content de cette réponse , fil un acte de protestation à Agde le 28. de May , de ce qu'il ne tenoit pas à lui , que le roi ne fût obéi el son édit exécuté ; offrant de nou - veau de congédier toutes ses troupes , le même jour que Joyeuse congédierait les siennes.
VII.
Le comte do Crussol désarme enfin.
Le comte de Crussol étant allé à Montpel- lier, y fit une autre déclaration 1 devant notaire le dernier de May, à l'occasion sui- vante. Fabrice Serbellon commandant des
• Reg 6. dcé leilr. orig. inss. deCo. ïliu.
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(i
HISTOIRE GÉNÉRALE
troupes du pape dans le pais Vcnaissin, fai- soit de fréquentes courses en Dauphiné et en Provence, tant contre les religionaires, que les autres sujets du roi. Ijc comte de Tende gouverneur de Provence, s'opposa à ses vio- lences et lui Ql la guerre : mais l edit de pa- cification étant venu, il interrompit les hos- tilités, et se rôtira à Lyon auprès de Soubisc qui y commandoil pour le roi. Le comte de Tonde ayant voulu ensuite retourner en Pro- vence avec ses troupes qui avoient mis bas les armes, conformément à ledit, Fabrice s'op- posa à son passage à la tèle de deux mille hommes. Le comte de Tende obligé de s'ar- rêter, envoya alors prier le comte de Crussol do lui fournir des vivres du Dauphiné et du Languedoc. Sa lettre éloil signée par les commandans de ces troupes , qui étoienl René de Savoye, Mouvans, de Reaujcu, de Coslc, Feran et Tholet. Le comte de Crussol répondit qu'il ne se méloil plus des affaires du Dauphiné depuis ledit de pacification , et qu'il prioit les Provençaux de ne plus faire aucun acte d hostilité. Il fil signifier cette dé- claration le 8 de Juin à S. Auban principal chef des troupes qu'il avoil envoyées dans le Comlat, qui répondit qu'il ne commellroit plus aucune hostilité; mais qu il le prioit de permet Ire qu'il vécut dans le pais , à la prière de cinquante-trois villes closes, de quatre-vingt qu'il y en avoit, en attendant les ordres et les intentions du roi.
Crussol députa 1 d'un autre côté, son se- crétaire à la reine mère le premier de Juin, pour lui rendre compte de ce qu'il avoit fait touchant le licenciement des troupes, et de ses démarches auprès de Joyeuse, pour l'en- gager à congédier les siennes. Il marque dans sa lettre, que pour obéir à ses ordres, il ne se mole plus des affaires du Dauphiné et du paï* Vcnaissin , et qu il n'attend que l'arrivée du maréchal de Vieille-ville , pour se démet- tre de toute son autorité entre ses mains. Ce maréchal arriva 1 enfin à Villeneuve d'Avi- gnon le vendredi 10. de Juillet , venant de Lyon. II éloit accompagné des gentilshommes de sa maison et de cinquante arquebusiers à
1 Preuves
ï P<Tti<« liisl ctr^ piorr.
[1563]
cheval : il logea à la Chartreuse, et le len- demain, il entra à Avignon. Il revint ensuite à Villeneuve, doù il partit le 19 de Juillet, et alla coucher à Rcaucairc : il passa le len- demain à Tarascon , et parcourut ensuite la Provence pour y exécuter sa commission : il revint à Villeneuve le 16. de Septembre; et étant allé a Avignon , on convint des articles pour pacifier le Comlat. Les reiigionaircs fi- rent d abord difficulté de signer les articles: mais ils y consentirent enfin le 25. de ce mois; et le maréchal ayant fini sa commission, il s'en retourna à Lyon , sans avoir parcouru le Languedoc.
VI 11.
Le sieur de Cajlus nçoit la sounoUtioti dei place* rcli- gionairc» de la province.
A son défaut , Caylus reçut des mains du comte de Crussol les places occupées par les religionaires, et en rendit compte 1 au roi et à la reine mere le 29. d'Août. Il reconnoH dans sa lettre la droiture des intentions de Crussol; et il marque, qu'il avoil pris posscs- siou de toutes les villes de la province occu- pées par ceux de la religion , qui lui avoient été remises; que tout seloit passé fort tran- quillement ; que les religionaires avoient con- gédié toutes les garnisons, abandonne les églises aux catholiques, et rétabli ceux qui s étoienl absentés , dans la possession de leurs biens; qu'au contraire les catholiques avoient fait difficulté dans plusieurs villes , de rece- voir les religionaires qui en étoienl sortis , et enfin que les ecclésiastiques refusoient de re- venir et de faire lexercice de leur religion dans plusieurs villes, de crainte d'être m.il- traités. II manda la même chose dans une autre lettre qu il écrivit de Roquecourbc au diocèse de Castres, à la reine mere le 13. de Septembre. Il étoit arrivé 2 dans celte der- nière ville le 6. de co mois, et il y avoit fait publier ledit, nonobstant la peste qui la dé- sjloil, et qui y avoit été apportée de Tou- louse : il ajoute dans cette lellrc, qu'il ne lui rostoil plus que d'aller à Puilaurens pour terminer entièrement sa commission, cl qu'il
i Prouves
v »; n* Ii. ci Faurin, mi in. m«« de Caslre-i
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Il 5(53 j
DE LANGUEDOC. L1V. XXXIX.
lui donnoit avis par un exprès, de lout ce qu'il avoit fait , co attendant l'arrivée de M. de Damville.
Il s'en falloit bien cependant , que les religionaires de Montpellier eussent remis les églises aux catholiques; et lorsque Caylus, qui y arriva le 12. dAoût, leur eût signifié les ordres du roi , ils crurent 1 y satisfaire , en transférant leur prêche à ) école- mage : mais ils employèrent toute sorte de stratagè- mes, pour se dispenser de restituer les églises ; <i ils intimidèrent si fort les prêtres, qu'au- cun n'osa se présenter pour dire la messe. Ils firent apporter néanmoins toutes les armes des particuliers à I hôtel de ville, et ouvrir les portes de la ville, qui pour la plupart, a> oient été murées pendant un an : ainsi la tranquillité fut rétablie pour un tems dans cette ville et dans le reste de la province *. Parmi les places qui furent données aux re- ligionaircs de chaque sénéchaussée de la pro- vince, suivant l'édit de pacification, pour l'exercice de leur religion, la ville d'Annonay en Vivarais, dans la sénéchaussée de lieau- caire, fut 2 du nombre.
IX.
Le roi public diverses ordonnances pour la pacification de la province.
, Les rcligionaires de Languedoc firent 3 peu de tems après de irès-humblcs supplications au roi en dix -sept articles, pour demander l'entière exécution de ledit de pacification. Il roi répondit favorablement à la plupart des articles dans son conseil , ie 17. d'Octobre. Il marque dans la réponse à quelques-uns, qu'il y pourvoirait , lorsqu'il serait sur les lieux ; c'est qu'il avoit projelté de faire un voyage en Languedoc, de même que dans les autres provinces du royaume. 11 donna le 3. de Décembre suivant des lettres « d abolition pour tous les excès commis par les religio-
1 V. de Greff. bist. de Montp p. 29. » llém. mss. de Garnond. î Preuve».
* Preuves.
* 1' Additions et Notes du Livre xs*m , rr 6.
naires de la province depuis ledit de pneifr cation, jusqu'à ce que le sieur de Crussol eût remis le pais és mains du sieur de Caylus.
Ijc roi donna une ordonnance 1 le 14. d Oc- tobre pour le règlement de la justice, el la prompte expédition de ceux qui étoient pré- venus des crimes, que ce teins de trouble el de sédition rendoit si fréquens. Le parlement de Toulouse enregistra celte ordonnance, excepté deux articles, sur lesquels il fit dis remontrances au roi au mois de Janvier sui- vant. Le premier regardoil la connoissanec el le jugement sans appel , attribués au prévôl des maréchaux , de tous crimes et séditions , môme entre les domiciliés. Le parlement re- présenta au roi à ce sujcl , l'inconvénient qu'il y aurait, quun seul juge, tel que le prévôt des maréchaux, décidât sans appel de ces crimes, puisqu étant de l une ou de l'autre religion, il ne pourrait s'empêcher de favo- riser celle dont il ferait profession. Le second article regardoil l'appel d incompétence de ce même prévôt des maréchaux , dont le roi se réservoit la connoissance et à son conseil. Un des inconvéniens que le parlement représenta au roi au sujet de cet arliclc, est la longueur de la procédure pour la punition des crimes.
X.
Damiille arrive dans la province qu'il parcourt , et qua la peste désole.
Enfin Damville, étant parti d Espagne, ar- riva 2 en Guiennc, pour aller ensuite prendre possession du gouvernement de Languedoc. Montluc , qui commandoit dans la haute Guicnne, fut au-devant de lui, cl l'accompa- gna pendant tout le tems qu'il fui dans sou déparlement. Du Port sainte Mgrie, où ils étoient le 25. de Septembre, ils se rendirent au château de Terride, dont le seigneur leur fit toute sorte d'accueil. Le cardinal d'Arma- gnac archevêque de Toulouse, suivi de trois à quatre cens gentilshommes, alla saluer le nouveau gouverneur dans ce château, où le cardinal Strozzi évoque d'Albi , arriva le lendemain pour le même sujet. Toute celle
« Rcj. 9. des lelt. orig rms. de Cooslin. i Reg. 8. de» lelt. orig. mss. de Coaslin.
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* histoire
compagnie se rcndil cnsnilc à Grenade sur la Garonne, où elle s'arrêta quatre à cinq jours, et ou Negrepelisse, accompagne de plusieurs gentilshommes , le premier et le second pré- sident du parlement de Toulouse, allèrent saluer Dam ville, et conférèrent avec lui sur les affaires du Languedoc et de la haute Guicnuc. Mont lue manda toutes ces circon- stances au roi dans une lettre du 8. d'Octobre: il ajoute, qu il y avoit grande espérance que les villes de Monlauban, S. Antonin et Mi- Ihaud se soumettraient bientôt au dernier éditdc pacification, et que M. de Damville avoit des nouvelles, que Castres, Beziers, et les autres villes de la province en feroient de môme. Damville alla de Grenade à Toulouse seulement, dit Moutluc dans sa lettre, pour se montrer au peuple , qui aeoil une merveil- leuse envie de le voir; riy pouvant arrêter, à cause de la grande peste qui y est. En effet Damville étant arrivé 1 le 15. d'Octobre dans une maison voisine du couvent des Minimes situé hors de la ville de Toulouse, où il s'ar- rêta, déclara aux capitouls, qui furent le saluer, que son dessein n'étoil pas de faire un long séjour dans cette ville, à cause de la con- tagion, dont elle neloit pas encore entière- ment délivrée. Il y entra cependant le lende- main à neuf heures du matin , accompagné du cardinal d Armagnac , du vicomte de Joyeuse, de Montluc, Terride, Negrepelisse, et plusieurs autres seigneurs. Il refusa I hon- neur du dais, et marcha à cheval. Il mil pied a terre à l'église de S. Scroin, où la musique chanta le Te Deum ; et étant remonté à che- val, il traversa l'hôtel de ville sans descendre et arriva enfin au palais, où le parlement assemblé, qui avoit enregistré ses lettres de gouverneur quinze jours auparavant, l'al- lendoit. 11 se plaça à la gauche du premier président après le cardinal d'Armagnac; et ayant été complimenté par la cour, il prêta le serment accoutumé entre les mains du premier président. Il remonta ensuite à che- val, sortit de la ville, et alla loger dans la maison d'où iléloit parti auprès des Minimes, et où les capitouls lui donnèrent un dîner ma- gnifique et à toute sa suite. La ville lui lit
» La F.iillo, annal.
GÉNÉRALE [1503;
présent d'une coupe d or de cinq cens écus. Il partit le lendemain pour Buzct, où il s'ar- rêta quelques jours *.
Il y avoit alors 1 en Languedoc sept com- pagnies de gens-d armes; sçavoir, celles de Damville, du vicomte de Joyeuse, de dom Francisque d'Est , du prince de Mautoué.de Coucin de la Mirande , de Terride et de la Valete, cl la compagnie de chevaux, légers de Scipion Vimercat écuyer du roi. Damville donna ordre aussi-tôt après son arrivée dans la province, au meslrc de camp Sarlabous, de se rendre dans le bas-Languedoc , avec deux compagnies d infanterie de son régiment, qui éloit en Provence et dans le Corulal. IX' Ituzet il se rendit à Albi , et de-là à Castres , accompagné de cent chevaux : mais il ne voulut pas entrer dans celte dernière ville, a cause de la peste , qui y avoit commencé : le 17. dAoùl, cl qui ny cessa que le 23. d Octobre , après qu elle cul enlevé quatorze cens quatre personnes. 11 se contenta de faire le tour des murailles. Ijes babitans lui présentèrent les clefs à la porte de l'Albenquc: mais il les refusa , et alla coucher à la char- treuse de Saix. 11 donna le gouvernement de Castres au baron d Ambres le Catholique, qui en prit possession le lendemain , suiv i de
I évêquc Claude d Oraison , et d'un grand nombre de religieux , précédés de la croix, qui entrèrent en procession, et allèrent faire l'office à la place de S. Vincent. Damville se rendit ensuite à Ueziers et à Narbonne , et parcourut la province, pour y faire exécu- ter l'cdit de pacification. 11 fil ' son entrée solcmnelle à Montpellier le 9. de Novembre. Les habilans lui avoienl déjà envoyé faire leurs soumissions â Narbonne par leurs dé- putés. 11 reçut le présent de la ville , qui consisloit en une grande coupe de vermeil , dans laquelle il y avoit six pièces d or, pesant chacune cinquante écus au soleil , fabriquées exprès à 1 hôtel delà monnoyede celte ville.
II partit de Montpellier le 10. de Novembre;
1 Peyrus«is. hist. des £iicr.
2 (iaclies et Faurin , méiii. muaus.
3 Anonym. de Jloiit|udl.
* I". Additions c» Noie* du Livre xnxix n 7.
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[1563J
et étant arrivé au Pont S. Esprit , il y réta- blit ' l'exercice de la religion catholique : cinq mille personnes se trouvèrent à la pre- mière messe qu'il y fli célébrer. Il y laissa Mon [dragon pour gouverneur avec trois cens arquebusiers, commandés par le capitaine Venlabrcn de la maison de Quiqueran. Etant allé à Villeneuve d'Avignon le 27. de No- vembre, il y reçut la visite du vice-légat d Avignon cl de Fabrice: on fit beaucoup de réjouissances pour célébrer son arrivée. Il alla le lendemain , suivi du comte de Suzc, de Joyeuse, de lEstrangc, etc. à Avignon oa il fui reçu avec beaucoup de pompe. EnOn il alla coucher le 29. de Novembre à Beau- caire *.
L'exercice de la religion catholique fut ré- labli 2 à Montpellier au passage de Dam- ville; et le lendemain de son entrée dans celte TI,Ic • ,cs catholiques chaulèrent une messe solemneiie à Notre-Dame de* Tables. Dès-lors les ecclésiastiques eurent la liberté de se montrer : mais comme la plupart des reli- gieux navoient pas de logement, parce que Icars couvens , situés dans les fauxbourgs , avoient été entièrement détruits , on les diV tnboa dans les diverses églises qui subsis- tent encore dans la ville. La messe et le wrTice divin furent ainsi rétablis dans Mont- pellier; et les gens de justice reprirent leurs bonnets quarrés, qu ils a voient quitté, pour « raisons que nous avons dites ailleurs. Uamvillc repassa quelque lems après à Mont- pellier, où il avoit laissé une garnison sous « ordres du seigneur de Castelnau de Guers. l etoit de retour dans celte ville le 10. de •ocembre, lorsqu il rendit compte au roi de , comini»ion * , que ce prince lui avoit donnée le 18. de Novembre, d'aller à Avignon poor engagcr le vice-légat et Fabrice Ser- mon a desarmer, ce quil avoit heureuse- ment exécuté. Il fil part aussi au roi dans sa «fcpeche, de tous les soins qu il s etoit donnés Pw pacifier la province, et faire exécuter
DE LANGUEDOC. L1V. XXXIX. r,
fc nouvel édil dans les villes qui et oient occu- pées auparavant par les religionaires.
1 |,fyruî»is.
'Aoooytn. de Monipcll. 1 Prrutes.
A(Uiti0D$ et Nol« dn Livre xxx.t , ir fi
XI.
Eut» à Aârbonne. Vicomte» de Polignac.
Damvillc écrivit « le 9. de Décembre à ras- semblée des états de la province, qui devoit commencer le lendemain à Narbonne, pour s'excuser de ce quil ne pouvoit se trouver à l'ouverture, et les prier de commencer les séances en attendant son arrivée, de prépa- rer les affaires, et de délivrer la ferme de
I équivalent. Le baron de lEstrangc remit celte lettre à l'assemblée, qui se tint dans le réfectoire des Cordelicrs. Guillaume Pclissicr, évéque de Montpellier , y présida : les autres évôques, qui s'y trouvèrent en personne, fu- rent F rançois Faulcon évéque de Carcassonne, Claude d Oraisou évéque de Castres , Pierre de Villars évéque de Mirepoix , Claude Bri- çounet évéque de Lodéve , et Antoine de Scnneterrc évéque du Pui. Le cardinal d Ar- magnac archevêque de Toulouse s cloit pro- posé d y assister : mais une incommodité qui lui survint 1 en empêcha , et il s'excusa : Les grands vicaires de tous les autres évêques de la province y assistèrent , excepté celui d'Albi. Le marquis de Canillac , fils du comte d'Alais , le seigneur de Monllaur, le seigueur de Cavlus comme baron de la Penne, Louis d Amboisc seigneur d'Aubijoux , comme ba- ron de Castelnau de Bonnafous, et les barons de 1 Est range, dApchicr et de Rieux , y assistèrent en personne , avec le seigneur de la Roche, frerc du chancelier de France, commis de M. de Vaudemonl baron de Mer- cœur , le seigneur de Vinhe commis du ba- sou de Cenarel, le seigneur de Brassac com- mis du vicomte de Joyeuse, et les commis des barons de Tournon , Tournoi , Castelnau
d Estrelcfonds, Arques, Cauvisson, etc.
II s'éleva un différend , touchant l'assi- stance aux étals, entre le sieur de Chambaud envoyé par Claude, dit Armand, soi-disant vicomte de Polignac, et le sieur de Mire- mont, envoyé par Gilibcrtc de Clcrmont,
• Arch do l.i prov
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10 HISTOIRE
veuve de François- Armand vicomte de Poli- gnac , comme mere et tutrice de Louis de Polignac son Gis. L'assemblée conclut , qu'en attendant la décision du procès pendant au parlement de Toulouse , au sujet de la suc- cession à la vicomte de Polignac, ni l'un ni l'autre de ces deux envoyés ne scroit reçu, et que par provision , létal de la noblesse choisirait un gentilhomme pour représenter le vicomte de Polignac , ce qui fut fait. Clau- de-Armand étoit ' fils atné de François Ar- mand vicomte de Polignac , mort le 28. de Novembre de l'an 1562. et d'Anne de Bcau- fort-Monlboissier. François Armand son père avoil épousé en secondes noces en 1554. Gilibcrtc de Clcrmood-Tallard , dont il avoil eu Louis , qu'il avoil Tait son héritier ; et dans celte vue , il voulut forcer Claude-Ar- mand à embrasser l'état ecclésiastique : mais ce dernier n'ayant pas de vocation , se jelta par dépit dans le parti des religionaires , sous le titre de seigneur de Chalançon , dis- puta la succession à Louis son frerc , et s'empara , après la mort de son pere , de tous les châteaux et de toutes les terres de la maison de Polignac. Il mourut en 1564. sans enfans , et fit son héritier Claude-Just seigneur de Tournon son beau-perc , qui disputa la vicomte de Polignac à Louis : mais celui ci y fut enfin maintenu en 1571. et 1573. Revenons aux étals de la province as- semblés à Narbonne.
Tous les députés du tiers état, qui assis- tèrent à celte assemblée , étoient catholiques, à la réserve des consuls de Nismes, Castres, Montpellier et Usez, et même ceux de ces deux dernières v illes étoient mi-partis : il y avoit cent ansquon n'a voit vùunesi belle et si nom- breuse assemblée des étals. Comme les deux députés de Nismes étoient docteurs ou gra- dués , ils se présentèrent avec des toques ou des bonnets de velours, par aversion pour ceux des ecclésiastiques : mais il fut or- donné , qu ils prendraient le bonnet rond , et que les consuls , assesseurs cl députés des villes , qui seraient gradués ou de robbe- longuc , ne seraient reçus , s'ils ne se pré- sentoienten habit décent et accoutumé.
« Chabron , hist ms.<. de l.i mais de Pul.
GÉNÉRALE [1563]
Le 11. de Décembre , on délibéra de sortir tous en corps le lendemain , hors des portes de la ville, à l'arrivée de M. dcl)amvillc;et on nomma trois évôques, trois barons et les consuls de cinq principales villes, pour aller une lieue au-devant de lui. Ce seigneur ar- riva le dimanche 12. de décembre : il se ren- dit le lendemain à 1 assemblée avec les autres commissaires, qui étoient le vicomte de Jojeuse, son lieutenant en Languedoc, et deux trésoriers de France. Le rai avoit aussi nommé levéque d'AIct pour être l'un de ses commissaires: mais il ne se trouva pas à ras- semblée. Le roi , dans les lettres de la grande commission , après avoir exposé la situation des affaires de lélat , demanda la somme or- dinaire de 369000. liv. pour la taille ou l aide cl la crue, qui lui fut accordée; 12000. liv. pour la réparation des places frontières , dont on n accorda que la moitié; 2000. liv. pour le canal d Aigues-morles ; sur quoi j>n tildes remontrances et on pria le roi de se charger lui-même de cet le dépense. Le rai permit d'im- poser les frais modérés des étals, et envoja deux autres commissions , l une pour la gen- darmerie , et l'autre pour donner la ferme de (équivalent. On enregistra les lettres du roi du 12. de May précédent , par lesquelles, sur la démission du connétable de Montmo- renci , il donnoit le gouvernement de Lan- guedoc au sieur de Damvillc son Gis; et ou pria ce dernier de retenir à sa suite , tant quil continuerait de visiter la province, dAlzon et Lauzclerge, conseillers au parlement de Toulouse, pour le bien et 1 utilité du pais. Ou résolut de prier le roi , de révoquer, par rap- port au Languedoc , ledit pour la vente des biens temporels de l'église ; le clergé de la province ayant formé opposition à celle Tente. On délibéra aussi de supplier le roi , de sup- primer lous les nouveaux offices , qu'il n'y eût que le seul exercice de la religion catho- lique dans la province, ou du moins, que tous les juges ou officiers de justice fussent catholiques. On députa à la cour, François de Voisins vicomle de Laulrec et seigneur d Ambres et Jacques Bachelier consul de Bc- ziers , pour faire ces représentations au roi.
Ces députés n attendirent pas la clôlurc de> élats , qui finirent le 24. de Décembre , pour
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DE LANGUEDOC. LIV. XXXIX.
11
partir Ccst ce que nous voyons dans deux Irllrcs que Damvillc écrivit de Narbonnc au roi 1rs 16. et 18. de ce mois, pour lui rendre compte de l'assignation qu'il avoit faite, de rorlaines villes dans chaque sénéchaussée, pour l'exercice de la religion prétendue réfor- i!ï;'e. Il ajoute, qu'il avoit distribué les com- pagnies du régiment de Sarlabous en garni- < n dans diverses villes. Il lui rend ensuite témoignage de la bonne volonté des étals à exécuter ses ordres; et il appujc la demande nu ils lui faisoienl par le seigneur d'Ambres, "ti'iln'y eût qu'une religion dans la province, !.« étals a voient 2 d'abord résolu de demeu- rer assemblés jusqu'après le retour de ces dé- pulés: mais comme l'assemblée auroil duré iroplong-tcms, elle se contenta de nommer li" cardinal d Armagnac lieutenant pour le roi ihns la sénéchaussée de Toulouse , les évô- ques de Castres et de Mirepoix , les seigneurs dcCaylus, d'Aubijoux et de Rieux , lescon- ^IsdeCarcassonnc et d'Albi , avec le greffier, un syndic et les avocats du conseil de la pro- pre à Toulouse, pour ouïr leur rapport dans cette ville; et on nomma un des syndics pour porter h la cour le cahier ordinaire des doléances. Le syndic Durand , qui avoit été «irputéà la cour par les états précédens , rap- porta diverses Ici 1res en faveur delà province, ' t dit qo'il setoit opposé , à ce que le prési- dent de Paulo, qui aspiroit à la charge de premier président du parlement de Toulouse, v fût nommé, parce que ce magistrat avoit accepté des commissions et fait des choses contraires aux privilèges de la province. Le *f teneur de Tournon fit demander un dédom- magement , pour le pillage que les religionai- res aroicnl fait de son château. Enfin on pria M. de Dam ville d'ordonner la taxe des hôte- lcrics de Languedoc à sept sols la dînée , cl à neuf la couchée pour un homme à cheval, Zaïrois sols par repas pour un homme à [ied.
1 Preuves.
1 irch Av la prov.
XII.
Le roi répond favorablement aux demandes de la pro- vince , cl supprime le» officier* drs prcaidiaui ci autres.
Le lundi 21. de Février suivant, les com- missaires nommes par les états sciant as- semblés à Toulouse , ouïrent le rapport du seigneur d'Ambres et du consul de He- ziers, qui apporteront deux lettres paten- tes du roi en réponse aux représentations des étals. Par les premières datées du mois de Janvier précédent , le roi supprime tous les nouveaux offices créés depuis le règne dè François I. à condition que les états rembour- scroienl dans deux ans ceux qui en étoient pourvus, excepté 1 office de juge criminel de Toulouse. Par les autres datées du 4. de Fé- vrier, le roi ordonnoil l'exécution de ledit de pacification en Languedoc. Le roi suppri- ma 1 aussi par des lettres du mois de Février les charges de viguier et de juge ordinaire de la ville et vigueric de Toulouse , qu'il incor- pora au siège du sénéchal ; en sorte qu'il n'y auroit plus qu'un degré de jurisdiction dans celle ville. Les deux offices de lieutenant et les conseillers du viguier furent unis cl in- corporés au corps et siège présidial de la sé- néchaussée , sans gages, jusqu'à la réduction des offices du sénéchal au nombre de son ércclion. L'assemblée voyant que la province n ctoit pas en état de rembourser un si grand nombre d'offices, pria le cardinal d'Arma- gnac d'informer le parlement , que les états se restreignoicnl à la suppression des officiers et magistrats présidiaux et des lieulenans cri- minels, excepté le lieutenant criminel de Toulouse, ensemble des commissaires et rap-
l porteurs des cours cl auditoiresdes sénéchaux de Toulouse , Carcassonne , Nismes , Mont-
1 pellier, Bczicrs, Castelnaudarri et autres du pais, et de la cour de la vigueric de Tou- louse, afin qu il fût fait mention de celte res- triction dans 1 enregistrement des lettres du roi. On nomma des députés le 23. pour prier le parlement de faire l'enregistrement à ces conditions: mais le parlement le refusa, et demanda que l'affaire fût renvoyée au roi ,
i l\rç .lu pnrl dcToulonsc.
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pour seavoir plus amplement ses inlenlions ; sur quoi on délibéra le premier de Mars d en- voyer un exprès à la cour pour se plaindre au roi du refus du parlement, obtenir de nou- velles provisions pour la suppression des présidiaux , dont l'adresse fût faite au grand- conseil , et aux généraux desaydes de Mont- pellier, privativeroent au parlement, et pour demander aussi la suppression de tous les au- tres offices ériges depuis le règne de Louis XII. en tes remboursant. Enfin on continua de demander que le roi exemptât le pats de I^nguedoc des ministres et prédicans de la religion prétendue réformée, et fit garder et observer ce qui avoit été déterminé au concile de Trente : mais les étals ne purent obtenir ni l'un ni laulredc ces articles.
XUi.
Damviile donne ordre aux affaires de la proniuce et mécontente les religiooaircs.
Damviile ayant pacifié la province, en rendit compte au roi par un mémoire dé- taillé. Le roi lui répondit 1 le 28. de Décem- bre de l'an 1563. et lui témoigna la satisfac- tion qu'il avoit de sa bonne conduite, et de l'ordre qu'il avoit mis à Castres , à Bczicrs et ailleurs. Il le renvoyé au dernier édit de pa- cification, pour la régie de sa conduite, et aux commissaires qu'il avoit envoyés sur les lieux : il le prie de donner au sieur de Biron chevalier de I ordre , qu'il envoyoil en Pro- vence , pour veiller à l'exécution du même édit, les troupes dont il auroil besoin pour se faire obéir , et lui recommande de s'infor- mer des désordres que Sarlabous et son régi- ment avoient commis en Albigeois , et de les punir : il ajoûte , qu'il différait le voyage qu'il devoil faire dans la province de Languedoc, pour laisser à son départ de Paris toutes cho- ses en bon étal , enfin il lui envoyé la décla- ration du 13. de Décembre, quïl avoit don- née sur ledit de pacification , avec ordre de la faire observer.
Damviile envoya de Narbonne le même jour 28. de Décembre un nouveau mémoire au roi et à la reine merc, et leur rendit compte de
• Rcg. 8. des loti. orig. mu. de Coaslin
[15C3
ce qui sétoit passé dans la province depuis son arrivée d Espagne : il y représente l'im- portance qu'il y avoit de fournir de troupe et de munitions de guerre et de bouche la ville de Narbonne , qui èloil une clef princi- pale du royaume : il dit ensuite , que le rot lui ayant ordonné le 22. d Octobre de faire restituer aux ecclésiastiques, les fruits qui avoient été recueillis depuis le 7. de Mars, conformément au dernier édit de pacification le roi avoit déclaré quelque tems après , à la demande des religiooaircs, que cette restitu- tion n auroil lieu, que depuis le tems que le comte de Crussol avoit remis les places entre les mains du sieur de Cajlus; ce qui ne sétoit fait qu au mois d Août , dans le tems que la récolte étoit finie; qu'ainsi il ne resloit plus rien à restituer aux ecclésiastiques et beneû- ciers , ce qui les privoit de la jouissance d une année des fruits, et les melloit dans l impos- sibilité de payer les décimes et les autres charges. Damviile demandoit au roi d'expli- quer sa volonté à ce sujet. Il appuya la de- mande que les états faisoienl au roi dans leur cahier des doléances; sçavoir , que sans avoir égard aux lettres patentes qu'il avoit accor- dées par surprise le 2. de Décembre , à la re- quête des religionaires , et qui avoient été présentées aux étals à la Gn de l'assemblée, il ordonnât que l edit de Mars serait inviola- blcmenl observé en Languedoc ; en sorte que ceux qui avoient été dépouillés de leurs bien* y fussent restitués. Enfin il demandoit au roi. qu'il exemptât la ville de Beaucairc des mi- nistres cl des prédicans, à cause du com- merce que celle ville étoit obligée d'avoir avec celle d'Aix et avec la Provence , qui en étoient exempte?. Le roi répondit dans son conseil le 20. de Juillet suivant à ces trois ar- ticles. 1°. 11 ordonna qu une compagnie du régiment de Sarlabous serait ajoutée à la gar- nison de Narbonne. 2°. Il déclara que la re- stitution des fruits des bénéfices cl des biens, à ceux qui avoient été ex polies, auroil lieu depuis le terme donné par le parlement de Toulouse lors de l'enregistrement de 1 édit de pacification. 3°. 11 refusa lcxemplion de- mandée par la ville de Beaucairc , et déclara qu'il falloit s'en tenir aux termes de ledit. Damviile, pour entretenir la paix dans la
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DE LANGUEDOC LIV. XXXIX.
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province , fut oblige de faire divers réglc- mens , qui dérogeoient 1 en quelque chose à cet èdit. C'en fui assez pour exciter les mur- mures et les plaintes des religionaîrcs qui l ac- cuserent auprès du roi d user envers eux cl une extrême sévérité , et d'avoir fait pen- dre sans miséricorde leur ministre dUsez, poor avoir prêché avec trop de véhémence. Ils se plaignirent aussi de ce que , sur le re- fus que les habitans de Pamiers avoient fait de recevoir des troupes dans leur ville, il y. doit entré à main armée , et de ce que , pour les punir de ce refus , il avoit aboli leurs pri- vilèges , rasé leurs murailles , fait pendre le ministre, condamné quelques habitans au dernier supplice, en avoit banni huit cens, et abandonné la ville à la fureur du soldat , qui sans distinction avoit violé les femmes et les filles. Us se plaignoient enfin de diverses infractions qu'il avoit faites à l'édil de paci- licalioo , mais sur-tout d'avoir appuyé de tou- tes ses forces la demande que les derniers états de la province avoient faite au roi , d'exempter le païsde prédicanscl de ministres. U roi écrivit à ce sujet à Dam ville, qui se justifia par une lettre 2 qui est datée de Vau- vert au diocèse de Nismes le premier de Fé- vrier de lan 156a. (156V.) d dont il chargea un gentilhomme , qu'il envoya exprès au roi. ' Votre majesté peut sçavoir , dit-il au sujet " du dernier article , que lesdits états sont si » libres par les privilèges à eux de tout ternis » confirmés par les feus prédécesseurs rois de » bonne mémoire , que peuvent traiter de ce » que leur peut nuire et profiler , sans y ap- >' peller le gouverneur, qui n'y entre que le >■ premier jour de la proposition et le dernier * que toutes choses sont conclues, pour faire loctroy. »
XIV.
L« rrligiomirea de la province portent leurs plaintes >u roi qui leur donne des lettres favorables sur divers «tide».
'^pendant les religionaires de la province Portèrent leurs griefs à la cour, quils firent présenter au roi par le connétable de Mont-
1 Thosn , 1.33. 1 Preuve»
morenci. Le roi les ayant fait examiner dans son conseil , donna 1 une réponse favorable à la plupart des articles. 1°. Touchant les élec- tions des consuls , il déclara qu'ils seraient pris indifféremment des deux religions. 2°. Il leur accorda qu'il n'y aurait pas de gouver- neurs particuliers des villes; 3°. que la dé- pense et 1 entretien du régiment de Sa r la bous, et des autres troupes qui étoient dans le pais, seraient supportés également par tous les dio- cèses ; 4°. que les receveurs des deniers im- posés par les religionaires , durant les trou- bles, rendraient compte de leur recette; 5°. que le nom de rebelles, qui leur étoit donné daus le cahier des doléances des derniers états , serait rayé ; 6°. qu'on s'en lien droit à la dernière déclaration pour les artisaus de la religion qui travailleraient les jours de fêles , les boutiques fermées. 7°. 11 déclara que les régnicolcs pou voient habiter dans toutes les villes de la province sans être réputés étran- gers. 8°. 11 leur refusa 1 exemption des tailles pour l'année 1563. qu ils dcmaudoicnl. 9°. Il déclara qu'on ne prêcherai l dans les terres des hauts-justiciers que de leur consentement. 10°. Sur la révocation et la suppression des sièges présidiaux que les religionaires dc- mandoient , le roi déclara qu'il y pourvoirait quand il serait sur les lieux. 11°. 11 renvoya au dernier article de l edit de pacification , touchant les collèges et écoles des religionai- res. 12°. Enfin, quant aux religieux et reli- gieuses qui avoient embrassé les nouvelles opinions, et qui avoient ordre <lc rentrer dans leurs cloîtres , le roi déclara qu'il falloil suivre la déclaration et la réponse faite sur les articles des catholiques.
XV.
Damville iuspend l'eiccu lion de ces lettres. Les religio- nains pour se venger, tentent de rendre sa fidélité suspecte au roi , de même que celle du cardinal d* A r- rnaguac , de Monlluc , etc.
Le roi donna 2 des lettres patentes le 23. cl le 27. de Janvier, pour les articles qu'il avoit accordés dans la réponse aux rcligionai-
• Peyrussis. i Preuves. Ibld.
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IIlSTOilŒ
rcs, et en conOa lexèculion aux commissai- res qui éloienl sur les lieux. Damville voyant que son autorité étoit blessée, que le roi cas- soil ses rëglemens, et qu'il s'opposoil à ses in- tentions par ces lettres, en suspendit 1 exé- cution , jusqu à ce qu il eût reçu un com- mandement plus exprès du roi , et lui dépécha le sieur Sctpion Vimercat le premier de Mars, avec un mémoire instructif pour justifier sa conduite. 11 expose dans ce mé- moire 1 , qui est daté d'Avignon , qu il n'a voit fait le règlement pour l'élection des consuls et 1 administration de la police, que parce que les factieux, qui s etoient emparés de ces charges durant les troubles , ne les remplis- soient que de gens de leur sorte , et trou- bloicnt le repos de toute la province par leurs oppressions , monopoles et impositions de deniers. 11 ajoùlc , que si par ce règlement il n'avoit pu garder les anciennes coutumes, il y a voit été meu par de très-fortes considé- rations qu'il détaille; qu'au reste il avoit or- donné, pour cette année seulement, que l'élection se feroil dans quelques villes , où les factieux dominoient , par un certain nom- bre des principaux et plus notables habitans de quelque religion qu ils fussent , en les char- geant d'élire des personnes pacifiques , sans préjudice des anciens réglemens. 11 se plaint de ce que le roi avoit donné ces lettres sans l'entendre, ce qu'on n'auroit pas refusé au dernier juge du royaume ; soutenant qu il s'éloil comporté , par rapport aux autres ar- ticles, conformément aux édits et ordonnan- ces de pacification , et suivant les ordres de sa commission et de celle du sieur de Caylus. Il dit qu'ayant appris que les commissaires procëdoient à icxéculion de ces lettres pa- tentes , sans lui en rien communiquer , il les avoit envoyés chercher pour leur faire sçavoir ses intentions , et la surséance qu'il avoit jugé à propos d'y apporter, pour les motifs qui l'y avoienl engage ; que les commissaires avoieut fait difficulté de suspendre 1 exécution des lettres , sous divers prétextes ; qu il leur avoit offert de leur donner une décharge, et de prendre sur lui toute la faute, s'il y en avoit : mais qu ils avoient demandé congé pour s'en
> Rpfr 9. lies Ici «ri^tin mss. de Coa*lin.
GÉNÊKALK [1561;
retourner en France , disant qu ils étoient empêchés dans leur commission; qu'il leur avoit répondu que ce n etoil pas à lut , mais au roi à leur donner congé; qu'il ne leur demaudoil que d'attendre les nouveaux or- dres de la cour , sur les remontrances qu il devoit faire sur les lettres pateotes, et qu'il laissoil à leur discrétion de demeurer ou de s'en retourner: leur offrant d'ailleurs toute son autorité pour l'exécution de leur com- mission ; sur quoi il vouloil informer sa ma- jesté , d'autant qu'il avoit envoyé un députe à la cour. Dam ville prie le roi, en finissant, d'avoir égard aux remontrances des députes de la province', qui demandoiénl qu il ren- voyât, suivant les édits , à la justice ordinaire la connoîssance des différends de ses sujets , et la punition des crimes , que les commissai- res s'allribuoient.
Damville obtint 1 une réponse favorable à ces représentations; et étant allé , en l'atten- dant , faire exécuter ledit de pacification en Vivarais , il la reçut à Bagnols , d'où il écri- vit au roi le 30. de Mars , pour rassurer qu'il maintiendroit le Languedoc dans la paix. Il le prie de surseoir, jusqu'aux états prochains, l'exécution d un des articles accordés aux re- ligionaires, sçavoir, d'imposer généralement sur le pais les dépenses faites par le régiment de Sarlabous; ce qu'on ne pouvoit faire avant les états, sans enfreindre les privilèges de la province. 11 écrivit aussi alors à la reine mere pour la remercier de la protection qu'elle lui avoit accordée dans cette affaire, cl de la sa- tisfaction qu'elle avoit témoignée de ses ser- vices , qu'il proteste de vouloir rendre au roi toute sa vie , avec tout le zèle possible, mal- gré les calomnies qu'on publioîl contre lui . comme d'entretenir des intelligences avec les princes étrangers ; sur quoi il se juslilic (icla fait voir que les re ligionaires , ne pou- vant diminuer l'autorité de Damville par les plaintes qu'ils faisoientdc sa partialité, lâchè- rent de rendre sa fidélité suspecte au roi.
Ils en agirent de même à l'égard du car- dinal d Armagnac cl des sieurs de Monlluc , Mi repoix , Terridc et Ncgrepelisse, qu'ils ac- cusèrent davoir des liaisons secretles avec le
• lbid. - Prouves.
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■m)
DE LANGUEDOC. LIY. XXXIX.
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roi d'Espagne , à qui ils avoicnt dessein de livrer la (iuienne. Les deux premiers ayant appris celle délation , en furent extrêmement piques, et ils en écrivirent » à la reine mere le 5. de Mars. Le cardinal la prie de ne pas élargir les accusateurs jusqu'à ce qu'ils eus- sent prouvé leur innocence , et vérifié la vé- rité des faits. Montluc s'y prit d une manière plus conforme à sa profession et à son carac- tère. Il envoya à la reine un cartel , dans le- quel il donnoit un démenti à tous ceux qui diraient qu'il avoil mal parlé du roi , de la reioe mere et des princes : qu'il avoit man- qué de Qdélité au roi , que le cardinal d'Ar- magnac, les sieurs de Terride, Gondrin, Mirepoix, Negrepelissc et lui, avoient fait une ligue pour introduire le roi d Espagne en Guienne ; qu un de ses frères avoil été en Espagne, quïl sétoit rendu lui-même à Gre- nade avec le cardinal d'Armagnac, pour Irailcravec la cour d'Espagne; à tous ceux qui diraient , qu'il faisoil observer en Guienne les ordonnances du concile de Trente contre laîolonlédu roi; et enfin à tous ceux qui diraient, qu'il avoil écrit au sénéchal de Qucrci, de rendre les habitans de Montauban coupables , dans une information qu'il faisoil afin d'avoir occasion de saccager leur ville. Il envoya aussi le cartel au roi , en le priant de sen rapporter à la reine et aux princes, qui lui donneraient des preuves de sa fidélité *. Les lettres du cardinal d Armagnac et de Montluc curent un succès favorable; et le roi et la reine leur répondirent 2 au mois d'Avril, qu'ils regardoient ces accusations comme calomnieuses, cl qu'elles n'avoient faii aucune impression sur eux : mais les ac- cusés peu contents de cette réponse, envoyè- rent 5 un gentilhomme à la reine , pour dé- clarer que cela ne suffisoit pas, et qu'ils deroandoient une réparation authentique.
' Reg. 9. ibW. - V. Thuan. liv. 36
' Preuve*.
Jlbid.
' /'. Addition* et Note» du Livre xxws , n» 9
XVI.
Damulle va à Avignon au-dciaut du roi qui l'avauco ytt* la protince.
Le roi , qui , comme on Va déjà dit , avoit résolu de faire un voyage dans les provinces de son royaume, et surtout en Languedoc, étant parti de Fontainebleau , parcourut la Champagne au mots d'Avril. Il alla ensuite dans le Rarrois et la Bourgogne, cl arriva enfin à Lyon : mais comme cette ville éloit affligée de la peste , ainsi que plusieurs autres du royaume, il se rendit à Roussillon, châ- teau situé sur le Rhône, qui apparlcnoitâ la maison de Touroon , où il Gt un assez long séjour, et où il donna, entr autres, une or- donnance le fc. d'Août, nommée l'ordonnance de Houssillon, pour modifier ledit de pacifi- cation en faveur des catholiques. 11 y donna aussi un édil pour fixer le commencement de l'année au premier de Janvier : mais comme cet édit ne fut pas enregistré d'abord dans toutes les cours supérieures , le nouveau cal- cul ne fut généralement établi que quelques années après. Dam ville, qui sétoit avancé jus- qu'à Avignon pour y recevoir le roi, lui écrivit 1 que la province éloit tranquille, à quelques petites dissensions près , qui n'au- roient pas de suiles, à cause qu'il avoit soin de tenir la bride un peu roide aux habitans du palis.
Ce seigneur, pendant son séjour à Avignon , y fit célébrer 2 le 5. de Juin et les jours sut- vans , des joùtes cl des tournois , avec un combat feint de deux armées : il éloit à la tète d'une quadrille, et le comte de Suze dune autre. 11 partit le 7. de Juillet, suivi de divers seigneurs de Languedoc, Provence el Dau- phiné, à la tôle de mille ou douze cens che- vaux, pour aller saluer le roi à Cremieux, où il arriva le 14. dé ce mois. Comme la peslc , qui avoit passé d'Espagne en Langue- doc, s'éloil répandue au mois de Juillet à Montpellier , Nismes et Usez, et dans le voi- sinage, el qu'elle avoit ensuite gagné Avi- gnon et les environs du Rhône, le roi ne se pressa pas de passer ce fleuve, et s'arrêta à
• Reg. 10. des lett. orig. mss. de Cooslin. » Pcj tusjW , utém.
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1G
Valence, où Fabrice SerbeUon présenta à Damville le 1. de Septembre, un bref que le pape lui écrivoit, pour le remercier de son zèle pour la religion, et des services qu'il avoil rendus à ( Eglise; et H lui présenta en même tems quelques présens que le pape lui faisoit. Le roi se rendit ensuite à Avignon où I fit son enlrée le 24. de Septembre. Le car- dinal d'Armagnac archevêque de Toulouse , s'y étoit rendu pour l'y recevoir; et il y trouva le duc et la duchesse de Savoye , qui étoient arrivés à Villeneuve d Avignon dès le 15. de ce mois, et avoient Tait leur entrée à Avignon le 21. Le roi partit peu de tems après pour aller visiter la Province.
HISTOIRE GÉNÉRALE [156V
et de Lodeve , le comte d Alais et le baron *• , avec les capitouls de Toulon*? .
XVII.
Eut» à Beaucair?.
Pendant ce voyage, Damville se rendit aux étals de la province convoqués 1 à Beaucaire : 1 ouverture s en fit dans l'église des Cordelicrs le samedi 21. d'Octobre, cl ils finirent le 30 du môme mois. Damville, qui étoit principal commissaire du roi , fit la harangue. Les au- tres commissaires étoient le vicomte de Joyeuse et Chef-de-bicn. Le cardinal d'Arma- gnac fut nommé aussi commissaire après Damville. Uscxcusa de se rendre à rassem- blée , sur ce qu il étoit obligé de retourner incessamment à Toulouse, à cause des pré- paratifs qu'il devoit faire pour la réception du roi dans celte ville. Guillaume Pelissicr évéque de Montpellier, présida aux éla{s comme plus ancien évéque. On adjugea par provision l'assistance aux états au commis de Giliberle de Clermonl douairière de Polignac, tutrice de son fils, contre l'envoyé de Jusl de Touruon chevalier de Tordre , cl capitaine de cinquante hommes-d armes, qui se disoit aussi vicomte de Polignac. Le roi , dans les lettres de la grande commission, datées de Itoussillon le 7. d Août, demanda les mêmes sommes qui lui avoient été accordées Tannée précédente. Il y expose les motifs qui l'a voient engagé à parcourir les diverses provinces de son royaume. Le même jour 21. doctobre, les états députèrent les évèques de Mirepoix
« Arcli. des (t. do la pror.
1
et les consuls de Montpellier et deCarcassom , pour aller saluer de leur part le connétable do Montmorenci qui étoit à Tarascon de l'autre coté du Khône; et le lendemain dimanche, après la procession, les états en corps furent le recevoir sur les bords de ce fleuve, et l'ac- compagnèrent chez lui : l'après-midi il se rendit à l'assemblée, et dit qu'il étoit venu prendre congé des états, et leur faire offre do service. L'assemblée l'ayant remercié, le re- conduisit jusqu'à la porte du couvent des Cor- delicrs, où elle se tenoit , et elle lui fit présent de cent pièces de vin de Languedoc. Le 23. on envoya un des syndics à la cour pour ob- tenir la défense de la traite des bleds; et on fit arrêter tous les grains qu'on vouloit tirer du pais, avec une permission que Damville avoit accordée.
Entre les réglcmens qu on fit à celte as- semblée, il y en eut plusieurs qui regardoient les religionaires; et ces articles furent unani- mement approuvés, excepté de trois députés du tiers état, qui réclamèrent l'observation des édits. 1°. On continua de supplier le roi d'ôler la diversité de religion dans la province, de n'y souffrir que la catholique; et d'en faire sortir tous les ministres, ou du moins de ne donuer les offices qu'à des catholiques, et d interdire les officiers qui ne Tétoient pas , et que les états offroicnl de rembourser du prii de leurs charges. 2«. On demanda que tous les consuls et officiers des villes fussent catholi- ques ; que T élection de ceux qui ne Tétoienl pas, fut cassée; qu'onsaistt tous les livres hé- rétiques qui étoient exposés en vente; qu'on chassât , conformément au dernier ©dit de pa- cification , les ministres des villes de Lavaur , Healmonl , Montagnac , Florensac , etc. où ils étoient établis, y ayant d'autres villes assi- gnées dans chaque sénéchaussée pour l'exer- cice de la religion ; que les ecclésiastiques . religieux et religieuses qui s étoient mariés, fussent contraints de rentrer dans leurs mo- nastères ou de sortir du royaume. 3°. Los étals désavouèrent les articles présentes aux conseil privé du roi par Pierre Chabot et Jean Langlade, prétendus députés de la nouvelle religion, sous le nom des villes et diocèses de
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DE LANGUEDOC LIV. XXXIX. .
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Métiers, Agde, Montpellier, Nismcs, Usez, Viviers, Castres el Puilaurcns, ces arlicles étant plein d injures et de calomnies ; et ils ré- solurent don poursuivre la réparation. kn. On pria M. de Damville de ne donner les commis- sions des assietes qu'à des catholiques. 5°. On supplia le roi d'ordonner, que tous les habi- tat» du pais fussent tenus de faire baptiser leurs enfans dans trois jours après leur nais- sance, et aux consuls des villes d'y pour- voir, à leur défaut , parce qu'il y avoil plu- sieurs religionaires qui ne les faisoient pas baptiser à cause de la fausse el damnablc opinion où ils étoienl , que ces enfans et oie ni sauvés sans baptême par la foy de leurs pères.
On sopplia aussi le roi de punir les blaphc- roaleurs, suivant les ordonnances de S. Louis; de défendre les jeux de cartes rt de dez , à peine de bannissement ; de faire brûler toutes les caries et les dez, ainsi que leurs moules, avec défense den apporter en Languedoc, *>us les mêmes peines ; et d ordonner que tous les procès entre proches parents fussent terminés par arbitrage, sauf l'appel au par- lement On enjoignit aux syndics de saisir les rerenus des évéques et autres bénéficiers qui ne résidoienl pas, et de les employer à 1 en- tretien des pauvres, de même que les revenus des bénéficiers qui avoicnl abandonné la re- ligion catholique, jusqu'à ce quil fût pourvù a leurs bénéfices. On obtint des provisions du roi, pour que le Vêlai, le Vivarais et le Ge- vaudan ressorlisscnt à la généralité de Mont- pellier. On pourvût au remboursement des sièges pre^idiaux , et on prit fait cl cause pour le receveur du laillon comptable aux étals, que la chambre des comptes vouloil faire compter. Enlin on nomma le 29. d Oc- tobre les évoques de Castres, Mi repoix, Lo- ilcveet le l»ui, le comle d Alais, le seigneur dc.Uircpoix sénéchal de Carcassonnc, avec les barons de r Est range cl de Ganges , les ca- pilouls de Toulouse, les consuls de Carcas- »nnc el d'Albi , le greffier des états, un des sjndics, el tous les autres gens des états qui *' trouveroient à Toulouse, pour présenter au roi les doléances du pais, lorsqu'il seroil iljiiscellc ville, après les a voir communiquées au cardinal d'Armagnac.
TOUR rx.
Le clergé de celle assemblée dressa 1 en particulier un cahier de doléances, pour être présenté au roi par ses députés , cl ce prince leur répondit. Dans le premier article, le clergé de Languedoc représente au roi , qu'ils avoicnl souffert en patience tous les troubles de La religion, dans Icsperancc quil y remédieroil après la tenue du concile; que ce concile ayant défini el déterminé les choses apparte- nant au dogme, à la réformalion cl à la dis- cipline, il lui plût de le faire publier dans son royaume. « Si messieurs de votre conseil , » ajoutent-ils, en adressant la parole au roi, » y trouvent chose qui puisse porter préju- »dice à vos droits el autorité, et auxan- » ciennes libertés de l'église Gallicane, cela, » soubs votre bon plaisir et correction , ne » doibl retarder ladite publication , sauf vos- » dits droits, libertés et privilèges de ladite » église de France, comme il se fait ordinai- » renient en semblables publications. » Le roi répondit à cet article, qu'il avoit ordonné, que les prélats se rclireroienl en leurs dio- cèses, pour y faire leur devoir; et quant au concile, qu'il y pourvoi roi t.
XVIII.
Le roi passe le Rhône cl parcourt la province.
Le roi acheva de visiler la Provence, se rendit 2 à Tarascon le 7. de Décembre , el passa le Rhône le 11. II alla d'abord à Beaucaire et cusuite à Remoulins , où il vit en passant le pont-du-Gard ; cl il arriva enfiu à Nismcs suivi de toute sa cour. Les religionaires , qui avoicnl tenu J dans celle ville un synode provincial , lui firent pré- senter, par leurs députés , un cahier de plain- tes contre Damville gouverneur de la pro- vince : mais le roi renvoya à leur répondre quand il seroil arrivé à Toulouse. Le roi , après avoir laissé garnison à Nismcs , partit pour Montpellier , où il lit * son entrée so- lemnellc , le dimanche 17. de Décembre. On
• Mss. de Coaslin , n. 153.
2 Peyriissis.
3 Gâches, mémoires mss.
* Tlialnm. de Monlpeli - Anonym de Monlpcll. - V Gr. fT. h. si. de Montpcll. p. 2i»4.
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18 H1ST01KK
lui avoil proparc divers arcs de triomphe , et la cérémonie fut magnifique. Il éloit ac- compagné de la reine sa nacre , du duc d An- jou son frère , de Henri prince de Navarre , des cardinaux de Bourbon et de Guise , du connélablc de Monlmorenci , du chancelier de l'Hôpital , de Damvillc gouverneur de la province, etc. On dit 1 qu il alla loger à la maison de Bossonal à la Pierre : nous voyons cependant par une lettre 2 que Fizes habi- tant de Montpellier , écrivit à la reine merc le 24. de Novembre , au sujet d'un ministre nommé la Chasse , que les religionaires a voient introduit dans cette ville , contre la volonté des catholiques , ce qui étoil capable d'y exciter une émotion , qu il foi soit alors accommoder sa maison pour le roi, pour elle , pour M. le duc d Orléans et pour Ma- dame , comme étant la plus commode de la ville, et que le roi François, beau-porc de la reine mere , y avoit demeuré autrefois un mois ou six semaines. Quoi qu'il en soit , le roi , le lendemain de son arrivée à Montpel- lier , ordonna aux commissaires députés sur le fait de la pacification à Toulouse, de sus- pendre le jugement des prisonniers et autres, jusqu'à son arrivée, et de continuer seule- ment les informations et les procédures, pour lui en faire leur rapport *.
Le roi tint 3 conseil à Montpellier le 19. de Décembre, avec les cardinaux de Bourbon et de Guise, le duc de Longue ville, le con- nétable , le chancelier , le maréchal de fiour- dillon, les évéques dOrlcaus et de Valence, les comtes de Crussol et de Villars , et le neur de la Garde. On y agita I affaire de la sédition arrivée dans la ville du Pui au mois de Septembre précédent. Le roi, qui étoil à Avignon dans le lems de celte émotion, avoit commis le Houx conseiller au grand- conseil , pour aller informer sur les lieux : niais les officiers de la sénéchaussée du Pui , et sur-tout Bertrand juge-mage, lui firent tant d insultes, qu'il fut obligé de demander
i Ihid.
i Reg. 10. des loti. orig. mss. de Coaslia. 3 Reg. 10. U»id.
* /'. Addition» cl Notes du Livre xxxix, n° 10.
GÊN&KALE [1361]
son rappel , et sa commission fut révoquée. Les habitans du Pui députeront en même temsleur évoque et plusieurs dos principaux dénlr eux , pour faire des plaintes au roi contre ce commissaire. Le conseil , après avoir écouté les parties , fil arrêter prison- nier le juge- mage Bertrand , quil mit a la garde du prévôt de l'hôtel , et renvo}a le fonds de I affaire au parlement de Toulouse. Le lendemain 20. de Décembre , le roi liut encore conseil à Moulpellier, et y confirma les privilèges des habitans d* A igues-mor tes , avec ordre de lever 4000. livres qu ils avoienl demandées aux derniers états de Langue* doc , pour la réparation de la roubine du Bourdigou.
La v ille de Monlpeliior fil présent au roi Charles IX. dune image de ce prince, dur massif , de la valeur de mille écus , et à la reine dune montagne d'or plantée d'oliviers et d orangers estimée cinq cens écus. Pendant le séjour que le roi fil dans celte ville, d prit pari à plusieurs fêles et divertissement qu on lui donna , et assista le 2G. de Décem- bre avec la reine merc et toute la cour à une procession solemncllc quon y lit : mais il dispensa les re!igionaircs dy assister , el de tapisser le devant de leurs maisons , comme les catholiques. Il partit le 31. de Décembre, et se rendit à Bcziers , où un auteur moderne, dans un de ses ouvrages ' prétend qu'il en- tra le 29. el dans un autre 2 le 31. de Dé- cembre. Ce qu il y a do vrai , c'est que lcnlrcc de Charles IX. à Bcziers fut des plus belles , et que les habitans , pendant son séjour dans celte ville, lamuserenl beau- coup et toute sa cour par des fêtes et des réjouissances.
Charles, après avoir reçu une Pallas d'ar- gent ciselé, dont les habitans de Beziers lui firent présent, partit de celte ville, qui donna à la reine une coupe d'argent pleine de médailles d'or. Il se rendit à Narbonnc, où il arriva 1 le 4. de Janvier à quatre heures du soir. 11 partit ensuite pour Carcassonnc , où il arriva le 12. de ce mois. Il descendit à la
i Andoq, Lsngued. p. 2(18. ? lbid. <*v. de Beziers , p. 130. 3 Ueg. iO. ibid.
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|I5G5] ,
cité, et il devoil 1 le lendemain faire son ■ ootréc solcmnellc dans la ville basse , dont les habitans avoient fait de grands prépara- is : mais comme 1 hyver étoit fort rude , il tomba la nuil une si grande quantité de neige , que les arcs de triomphe qu'on avoit préparés , furent tous renversés , cl que le roi demeura comme assiégé dans la cité pendaat plusieurs jours *. Le froid fut 2 dailleure si vif cette année , que plusieurs voyageurs moururent dans les chemins, qoe le Rhône fui glacé par trois fois du côté d'Arles , et que les orangers , les oli- viers et tous les bleds périrent. Le roi don- na 1 cependant commission le 15. de Jan- vier au sieur de Sansay gentilhomme de sa chambre, et à des Fontaines son secrétaire, d'aller dans toutes les villes du Languedoc qu'il n a voit pù visiter en passant , avec or- dre de remédier aux abus qui s'y éloienl glissés, (f entretenir la paix parmi les babi- tans, de réformer les élections des consuls qui ne seroîent pas bien faites , et de lui faire rapport à Toulouse de tout ce qu'ils auroient fait. Les deux commissaires , qui étoient 4 à Montpellier le 29. de Janvier, écrivirent alors au roi , et lui rendirent compte de leur voyage à S. Pons et à Lodéve. Ils observoient quils avoient rencontré un grand fonds de division , entre les habitons des deux reli- gions dans cette dernière ville.
Le roi apprît à Carcassonne la grande émeute qui s étoit passée 6 Paris à l'occasion de (arrivée du cardinal de Lorraine , qui y entra armé , contre la volonté cl malgré la défense du maréchal de Montmorenci gou- »erneurdc celte ville. Le roi en craignit les suites; et soupçonnant quil y aoroit bien du monde de la province qui passerait en France, pour soutenir l'un ou I autre des deux partis , il donna ses ordres A Damvillc , qui partit aussi-tôt pour Toulouse, et qui étant * à Castelnnudarri le 17. de Janvier,
• Thiun, I. Tt.
5 P/cuvc*. 1 Heg. 10. ibid.
' Roj. 10. des Icll. ori£ mss de Coaslin. ' ' Addition* cl Noie» du Livre xsxix, n" 1 1
DE LANGUEDOC. LIV. XX XIX.
11)
écrivit à la reine mere. Il lui marque qu'il avoit dépéché , suivant ses ordres , au Pont S. Ksprit et aux principaux passages du Rhône et des frontières de la province , pour empêcher que personne ne passât en Iroupc, ou à la file , pour aller en France , el pour découvrir les desseins de ceux qui passcroient, 11 ajoute, quil apporterait la même précau- tion du côté de Toulouse, où il devoit arriver le lendemain.
XIX.
Le roi prend ombrage du trop grand nombre de uoble*»c qui t'étoit rassemblé à Toulouse.
Le roi , ou plùtôt la reine mere , prit om- brage du trop grand nombre de noblesse , sur-tout de la haute Guienne, qui s'éloit rendue à Toulouse avec Monlluc , pour le saluer à son arrivée. \jd roi en écrivit a Damvillc , à qui il ordonna de faire retirer tous ceux de la Guienne : mais Damvillc dans sa réponse 1 datée de Toulouse le 21. de Jan- vier , rassure le roi. 11 lui marque, quil n'y a pas à Toulouse plus d une vingtaine de gentilshommes de la haute Guienne ; que tous les autres, qui avoient suivi les sieurs de Monlluc et de Terridc , étoient du gou- vernement de Monlluc, c'est-à-dire, de la basse Guienne et du ressort de la sénéchaus- sée de Toulouse ; qu ils étoient tous venus avec la même affection ; qu'ils seraient ex- trêmement mortifiés si on les obligeoit à se retirer; qu'ils neloicut pas plus de quatre cens , nombre bien éloigné de celui de mille ou de douze cens ; que la plupart 1 avoient servi avec zelc, etc. Le cardinal d Armagnac écrivit au roi deux jours après dans les mê- mes termes. Monlluc, à qui Damvillc avoit communiqué ses ordres sur ce sujet , écri- vit 2 aussi à I évêque de Valence son frerc , qui suggéra à la reine mere un expédient , pour congédier les gentilshommes de la haute Guienne, sans les mcccnlenlcr : c'étoil quelle écrivit à Monlluc, combien le roi désirait de voir les gentilshommes assemblés , chacun dans son gouvernement , afin d'avoir plus de loisir de les cplrctenir, et que le roi devant
• Prouves.
2 Kcs 10. ibid.
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HISTOIRE GÉNÉRALE
[1565]
aller de Toulouse dans la haute Guîcnnc , il leur seroit plus commode de l'y voir, que dans cette dernière Tille , qui étoit d'un autre gouvernement , et où ils seraient mêlés avec ceux de Languedoc ; attendu d'ailleurs I in- commodité des logemens et des vivres , à cause de la cour. Nous ignorons ce qui en arriva.
XX.
Iirailfoneotrccà
■ Toulouse.
Le connétable de Montmorenci prit 1 aussi les devans , et se rendit à Toulouse , où il fit son entrée solemncllc le 26. de Janvier , suivi de Damvillc son fils, gouverneur de tanguedoc , du vicomte de Joyeuse lieute- nant gênerai dans cotte province , de Mont- luc , d Escars , Tcrridc , Lansac et Gondrin , chevaliers de 1 ordre , de Bellegardc sénéchal de Toulouse , et de plusieurs autres seigneurs. Le connétable alla loger chez le président du Faur.
Cependant les habilans de la ville basse de Carcassonne recommencèrent leurs prépa- ratifs; et le tems étant devenu plus suppor- table , le roi y fil 2 son entrée le jour de S. Vincent 22. de Janvier à deux heures après- midi : elle Tut des plus solemnelles. Le roi descendit à l'église de S. Vincent , où il fit sa prière, et logea à l'officialilé. La ville lui fit présent de son plan pesant treize marcs d'argent. Il en partit le 26. de Janvier , alla dîner à Arsens et coucher à Montréal. 11 dina le 27. au château 3 de Ferrais , dont le seigneur , qui avoit été attaché au feu duc de Guise , et ambassadeur du roi Henri II. à Rome , lui donna un repas magnifique. Après qu'on eût levé les tables, le plafond de la sale du festin et le comble de la maison s'étanl ouverts, par machine, on vit parollrc une nuée, qui ayant crevé, comme par un coup de tonnerre, laissa tomber une grêle de dragées, qui fut suivie d'une pluye d'eau de senteur.
Le roi alla ensuite coucher à Caslclnau- darri , et arriva 4 enfin incognito à Toulouse
i Archiv. de l'hôl. de ville de Toulouse.
î llist. ecclcs. et civ. de Carc. p. 234. et seq.
3 Gâches, mémoires nus.
« La faille , annal, tom. 2. Pr. p. 81. ei seqq.
le 31. de Janvier , suivi du duc d Anjou son frère. Il descendit à 1 archevêché , où il passa la nuit ; et le lendemain premier de Février, il fil son entrée solemncllc , qui fut extrême- ment belle et pompeuse. 11 sortit à sept heu- res du matin par la porte de S. Etienne : cl s'étanl rendu au couvent des Minimes, il y dîna , et se rendit aprcs-dlner dans un grand pavillon de charpente quon avoit dressé, accompagné de trois galeries , et magnifique- ment orné , d où il vil défiler toutes les com- pagnies de la ville, qui s'y rendirent en pro- cession et en grand cortège , pour aller à sa rencontre. Après les paroisses cl les commu- nautés religieuses qui marchoient chacune sous sa croix , venoienl les artisans de Tou- louse bien armés , faisant dix mille hommes., partagés en dix compagnies. Ensuite mar- choil la bazoclie à cheval , deux troupes d enfans aussi à cbcval , habillés uniformé- ment et très-proprement , la bourgeoisie , et la noblesse. François de Goirans portoil le guidon, et le seigneur de Mauremont la bannière de la ville; après quoi venoit le présidial, l'université, et le parlement en robbes rouges , précédé des procureurs et des avocats. Enfin le sénéchal et la noblesse de Toulouse fermoient la marche.
Les compagnies de robbe longue el de robbe courte étanl descendues de cheval , a mesure qu elles défiloient , complimentèrent le roi , chacune à son tour ; cl s ciant remi- ses en marche, le roi monta à cheval pour faire son entrée. Il monloil un cbcval blanc : il étoit vêtu d'un habit de velours bleu brodé dor : son chapeau à petit bord de la monte étoffe , éloil garni par-tout d'un passement d'or en long, el d'un bouquet de plumes blan- ches sur le rel roussis : il portoil au col le cordon de l'ordre. Il étoit précédé par le grand écuyer , el immédiatement avant lui , par le connétable , qui lenoit l'épée nùë à la main. 11 étoit suivi du duc d'Anjou qui éloil seul , de Henri prince de Navarre , qui mar- choit entre les cardinaux de Bourbon el de Guise, et d'une foule de seigneurs. Il fui reçu à la porte d'Arnaud-Bernard par les capitouls qui le haranguèrent. Jean-Etienne Duranti, docteur es loix , l'un dentr'eux , qui fut ensuite premier président du parle-
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DE LANGUEDOC. LIV. XXXIX.
21
ment de Toulouse , portait la parole. Après son discours, il présenta le missel au roi , qui lit serment, suivant l'usage, de conserver les privilèges et les libertés des nabi tans. Il présenta ensuite au roi les clefs de la ville , que ce prince donna au capitaine de ses gar- des Suisses : puis les huit capitouls présentè- rent le dais au roi , qui se mit dessous ; et on continua la marche jusqu'à l'église cathédrale de S. Etienne. On compte , que le chemin que le roi fit à celte entrée , est à peu près égal à celai qui est à Paris entre la porte de S. Antoine et le Louvre. Toutes les ruës par où le roi passa , éloient sablées et tapissées ; et on avoit élevé en divers endroits sept arcs de triomphe chargés d emblèmes et d e- scriptions Grecques, Latines et Franchises, composées par les plus beaux esprits du pais. Le roi étant descendu devant la cathédrale , y entra , et y entendit vêpres ; après quoi il alla à pied au palais de l'archevêché qui en est proche , où il logea. La ville lui Gt un présent de douze censécus en médailles :clle en donna à la reine mère pour cinq cens ce us, et à madame Marguerite, au connéta- ble, au chancelier , et à messieurs de Dam- »illc et de Cipicre à proportion *.
XXI.
il lient ioo lit de justice, el écoule le* plainte* de* rcligioiiftires.
Le jeudi 5. de Février, le roi tint son lit de justice au parlement de Toulouse. Michel de l'Hôpital chancelier de France , se rendit d'abord au palais en robbe de cérémonie, mire huit et neuf heures du matin , accom- pagné des évèques d'Orléans, de Valence et d Auierre , et de l'abbé de la Gaze-Dieu , con- seillers au conseil privé du roi, de sept mal- ires des requêtes , et de plusieurs conseillers au grand-conseil. Le roi arriva vers les dix heures avec la reine mère , le duc d'Anjou *oo frère, le prince de Navarre , le cardinal de Bourbon , le prince de la Koche-sur-Yon , '« cardinaux de Guise et d'Armagnac , le roooètablequi tenoit l épée nûë, le maréchal <fc Bourdillon , Damvillc gouverneur de Lan-
' ''• Addition* et Note* <lu Livre xx*ix, n" 12.
guedoc , les seigneurs de Crussol , Lansac , Villars , Escars el la Garde , chevaliers de l'ordre, et conseillers au conseil-privé. Le roi se mit sur sou siège royal , ayant la reine sa raerc assise à sa droite sur un siège par- ticulier couvert d'un tapis de velours noir , et ensuite le duc d'Anjou, Henri prince de Navarre , le cardinal de Bourbon , le prince de la Roche-sur- Yon , le connétable, le ma- réchal de Bourdillon , Damvillc, et Cipicre , qui avoit été gouverneur du roi. Au côté gauche s'assirent les cardinaux de Guise et d'Armagnac. Tout le monde étant placé , et les portes étant toujours fermées, le roi dit, qu il éloit venu pour visiter le parlement , et lui faire entendre sa volonté, qui étoit l'ob- servation de ses édils et commandement 11 les exhorta en peu de mots à rendre la jus- lice. Le chancelier prit la parole , et Gl un discours , dont le principal but étoit l'obéis- sance duc au roi et l'exécution de ses édita el ordonnances. Jean d'Affis premier prési- dent répondit par un autre discours.
Après les harangues, les évèques de Cas- tres, Conserans, Tarbe, Dax, Mi repoix et Vabres , étant entrés en roebet et en camail , et setant placés au bas des sièges , derrière les chevaliers de l'ordre qui éloient du con- seil-privé, on ûl ouvrir les portes, et les avocats, les procureurs et tout le peuple étant entrés , le premier huissier appella une cause par ordre du roi. Quand elle eut été plaidéc, le chancelier prit l'avis du roi el do toute 1 assemblée, et prononça l'arrêt. Un ancien auteur protestant 1 prétend , qu'on plaida alors devant le roi la cause de Renée de France duchesse de Fcrrare, qui avoit embrassé les nouvelles opinions , et qui en passant à Toulouse , avoit été insultée par la populace : il ajoute que les capitouls ayant été chargés par cet arrêt , de faire la recher- che des coupables , plusieurs furent condam- nés au fouet : mais il ne paroll pas par les registres du parlement, que cette cause y ait été plaidéc alors.
Quelques jours après, le roi écouta 2 les
1 Gâches, mémoires mss.
2 Guch. mémoires mss. ibid. - La Faille . annal, tora. 2. p 270.
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2i HISTOIRE
plaintes des rcligionaires de Languedoc el de Guionne, sur lesquelles il avoit renvoyé de faire droil , lorsqu il seroil arrivé à Toulouse. Les premiers se plaignoienl beaucoup de Damville gouverneur de la province, et les autres de Mont lue lieutenant gênerai du gou- verneur de Guicnnc. Clausoone conseiller assesseur au présidial de Nismcs, qui fut ensuite président à la chambre de ledit, et Ferrieres gentilhomme d'auprès de Castres , présentèrent au roi deux cahiers de plaintes, l'un des religionaires du haut , el l'autre des rcligionaires du bas-Languedoc. Le roi ayant fait examiner ces deux cahiers dans son con- seil , le connétable en interrompit la lecture, disant que si les faits dont on accusoit son fils Damville étoienl vrais, il lui falloit faire couper la téle , mais que s'ils étoient faux , il falloit faire subir la même peine aux déla- teurs. Ces paroles effrayèrent tellement les deux députés, qu'ils songèrent à se retirer : mais le connétable fil arrêter Clausonne; quelques amis de Ferrieres empêchèrent que ce dernier n'eût le même sort. M. do Thou 1 parie de cet événement en deux divers en- droits de son histoire sous l'an 15G3. el lofft. Il suppose dans le premier, qu il arriva à la cour , cl dans le dernier, que ce fut à Nis- mes > lorsque le roi y passa à la fin de l'an 1564. Les plaintes que les Huguenots de Guicnnc firent contre Montluc , ne réussirent pas mieux ; et la reine merc , qui laimoit , 1 ayant averti 2 de tout , il prévint les coups qu on vouloil lui porter.
XXII.
Il part de Toulouse el f»il réublir le* catholiques à Pamier».
Le 20. de Février , le roi , la reine merc , cl les principaux de la cour dînèrent 5 à l'hô- tel de ville. Le repas fut somptueux et ma- gnifique. Les Toulousains s'empressèrent de donner plusieurs divertissemens au roi pen- dant son séjour dans leur ville; et il y eut des bals, des comédies, des courses de
» Ttiuan. t. 32. cl 36.
2 Montluc, comm I fi. La Pop |. il
3 La Faille . il»id.
GÉNÉRALE
bagues cl des tournois. Ce prince créa ' alors» en faveur du cardinal d'Armaguac archevê- que de Toulouse el de ses successeurs dans le même archevêché, une charge do con- seiller né au parlement ; ces prêtais n'étant auparavant que conseillers d honneur. Il témoigna aussi sa reconnoissance envers Antoine de Paulo président au parlement, qu'il créa chevalier au mois de Mars, pour les services qu'il avoit reçus de lui , el lui donna de sa main l'accolade avec la ceinture militaire , en présence de toute *i cour , « pour jouir et user dorénavant »et pour 1 advenir, dudit lilre de cheva- lier, de tous droits, autorités, privilèges » et prééminences , tant ez faits des guerres, » armées, assemblées , jugemens, que ailleurs. » qui y appartiennent , et tout ainsi comme » ont cousturac de faire les autres chevaliers » du royaume, etc. » Le 18. de Mars , veille du départ du roi de Toulouse , le duc d Anjou son frère, et madame Marguerite de France sa sœur, reçurent en présence de toute la cour, dans l'église métropolitaine de S. Etienne , le sacrement de confirmation , des mains du cardinal d'Armagnac. Le nom d'Alexan- dre que porloit le duc d Anjou , fut change alors en celui de Henri , par ordre du roi , qui voulut aussi que le duc d'Alençon son autre frerc, qui étoit demeuré à Paris, prit le nom de François , au lieu d Hercule. Après celte cérémonie , on fit une procession so- lemnelle dans toute la ville. Le roi , la reine mère , Monsieur , Madame et toute la cour y assistèrent. Le lendemain 19. de Mars, le roi partit pour Montauban , où il fit 2 son en- trée solemnelle le 20. de ce mois , environ sur les trois heures après-midi. 11 partit le lendemain pour aller coucher à Moissac ; et il alla ensuite à Bordeaux , où il entra le 9. d'Avril.
Charles IX. en parlant de Toulouse, com- mit le président de Paulo avec un conseiller, pour aller â Pamiers faire exécuter l'édil de pacification. Les deux commissaires lui rendi- rent 3 compte de leur commission le 20 d A-
» Regist. 8. du par). deToul.
' 1161. de ville de Moniaub.
3 Reg 11. de* lelt oriy. m?>. dcCoaslin
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[I5€5J
vril. Ils lui marquent , qu'étant allés à Pa- miers, suivis du sénéchal de Toulouse , ils avoient remis l évêquc, son chapitre, le cler- gé et les quatre racndians dans la possession de leurs églises et couvons; quïls y avoient trouvé trois ministres de la religion prétendue réformée, qui préchoient dans des maisons particulières , et quelquefois dans les pinces publiques; que rassemblée des rcligionaircs n'éloit que de deux à trois cens personnes, tandis que les dimanches et les fêtes il y avoit deux à trois mille catholiques dans les églises ; qu'ils avoient fait remettre l'école à des rc- gens catholiques, et procéder à une nouvelle élection des consuls , etc. Le cardinal d'Ar- magnac écrivit en même lemsà la reine merc, et la pria de faire remettre des consuls ca- tholiques à Pamiers; et de déclarer de quel gouvernement celte ville devoit dépendre. Il lui manda le 16 de Juin suivant, qu'il sût oit fait plusieurs assemblées en armes dans la même ville de Pamiers , à Mauvoisin , à Mon- laubao et à la Bastide de Lauraguais. Il ajoute quil étoit à craindre qu'elles n'eussent des suites fâcheuses, et supplie la reine d'envoyer quelque personne d'autorité à Toulouse , qui pût contenir le peuple et faire garder lesédils du roi.
Ce prince, après son arrivée a Bourdeaux , y donna des lettres patentes le 6. de May , pour ordonner quà l'avenir, lorsquïl s'agira de la convocation du ban et de l'arrierc-ban des oobles du comté et de la sénéchaussée de Lauraguais, les lettres en seront adressées au sénéchal de Lauraguais , et non à celui de Toulouse, comme auparavant. Il partit peu <Hems après pour le Mont de Marsan, et alla à Bayonne , où il eut une entrevue avec la reine d'Espagne sa sœur. En passant 1 au Mont de Marsan-, il érigea au mois de May la îicomtéd Usez en duché , en faveur d'Antoine «•orale de Crussol et de Tonnerre, vicomte dlseï, baron de Levis, Aymargues, Floren- ce, etc. conseiller au conseil-privé, po'ir le ^compenser de ses services, avec la clause de réversion à la couronne , par défaut J d'hoirs mâles de lui et de ses frères, comme ! ifs terres données en appanage. Le roi éri- j
1 Hifl- gén «tes gr off. tnrn 3 p 3i<) et seq
23
gea 1 depuis par un édit donne à Amboise au mois de Janvier de l'an 1572. le duché d'L- sez en pairie, en faveur du même Antoincde Crussol , avec altribuliou au parlement de Paris , de toutes les causes dépendantes de la- dite pairie : mais il déclara que les appella- tions des juges de la même pairie ressorti- roienl au parlement de Toulouse, pour les affaires ordinaires. Ce prince donna des let- tres - à Bayonne au mois de Juin, par les- quelles il ordonne que la ville de Pamiers 'x soit et demeure sous la charge, jurisdiclion, » département et gouvernement du pais de » Languedoc, en tout et partout, comme les » autres villes dudil pais estant de la sénè- » chaussée de Toulouse, et I incorpore en » icelui pais. » Eu passant à Coignac pour re- tourner en France, le roi donna des lettres de commission le dernier d'Août de l'an 1565. pour l'assemblée des étals de Languedoc, dont l'ouverture fut faite au Pont S. Esprit , le jeudi 18. d'Octobre dans l'église de ce nom.
XX1I1.
Elalsau Font S. Esprit.
DamvHlc gouverneur de la province, le cardinal d'Armagnac, le vicomte de Joyeuse et les deux trésoriers de France furent char- gés de la commission : mais le second ne se trouva pas à l'assemblée. Les autres s'y ren- dirent le 19. et demandèrent les mêmes som- mes que les états avoient accordées lannêc précédente : l'assemblée les leur accorda le 30. d'Octobre , et finit le même jour. Guillaume Pelissier évêquede Montpellier, y présida , et elle reçut parmi ses barons, le seigneur de Caslriespour le diocèse de Montpellier, con- formément aux lettres de convocation que le roi lui avoit adressées. Ce seigneur , nomme Jacques, étoit arricre-petit-fils de Guillaume de la Croix gouverneur de Montpellier, sous le règne de Charles VIII. don l le fils avoit acquis la baronic de Caslries. Il fut en- suite chevalier de l'ordre du roi et gouver- neur de Sommieres. L'abbé de S. Tiberi s 'étant présenté aux états, il fut dil, « que les abbés
• Rog 10 du p;irl de Tout. ? RrgM 8. (In \vm\ de Tout
liE LANGUEDOC. LIV. XXXIX.
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2 V
INSTOI1Œ <,ENÉKALE
» n'y avoient pas de lieu ni d'assistance. » On supplia le roi de ne pas convoquer les élals dans les villes où il y a voit exercice de la nouvelle religion, ou qu'il y cessât du moins, pendant la tenue des états. On ordonna que dans toutes les villes et dans tous les diocèses du pais, les syndics seroienl catholiques. Le roi ayant déclaré dans la réponse faite à Tou- louse au cahier des doléances, quïl voulait que son édil de pacification fût gardé, on i onclut , (( que le premier article de ce cahier /> seroîl répelé, non pour impétrer autre plus » ample réponse, mais pour monslrer toujours •> du bon zèle que le pa'te a au bien et au re- pos public. » On convint aussi de demander de nouveau dans le cahier de doléances , que le roi remplit le nombre des con- seillers-clercs au parlement de Toulouse; cl en conséquence les étals nommèrent à ce prince et au chancelier quatorze ecclésiasti- ques de mérite , dont le premier étoit Pierre du Faur abbé de Faget , pour être pourvus de ces charges.
Les lettres patentes, portant union de l e- vée lié et du diocèse de Pamiers au gouverne- ment de Languedoc, ayant été enregistrées au parlement , les états conclurent, que quand les habitans de ce diocèse voudroienl être unis au pais de Languedoc, et avoir entrée et opinion aux élals , en payant par eux leur quotepart et portion des impositions de la province, ils y consentiraient volontiers : celle union fut de peu de durée. D'autre coté le cardinal de Bourbon ayant obtenu des let- tres de légation pour la Provence , le Dau- phiné et la province de Narbonnc, les étals les enregistrèrent , par respect pour la per- sonne de ce cardinal , comme étant prince du sang et rcgnicole; mais avec les modifications que le parlement de Toulouse y avoit mises, cl comme en avoient joui au-delà du Rhône ( trans Rhodanum ) les cardinaux de Cler- mont cl Farnèsc , ses prédécesseurs , sans préjudice du droit des ordinaires, et avec quelques autres restrictions. On répéta la demande pour la cessation de la religion pré- tendue réformée , et le renvoy des minisires, comme on avoit fait en Provence el à Paris. Knfin on députa le grand vicaire de Nismes , l'envoyé du comte d'Alais, et deux du liers
état , pour porter le cahier de doléances à la cour; les deux premiers s'excusèrent. Oii donna cinq cens liv. à chacun des autre* pour les frais de leur voyage.
xxiv. I
L'eterrice de U religion catholique rétabli dan» Munie*. Etats tenus dans cette ville.
Le comte de Crussol , qui veiHoil à l'eié- culion de l'édil de pacification dans le bas- Languedoc, écrivit 1 au roi, de Marignan en Provence , le dernier de Janvier de l'an 156G. qu'il avoit fait et rétabli l'évequc de Nismes dans son évéché, cl le clergé dans les églises de la ville cl du diocèse, pour y faire le ser- vice divin à l'ordinaire. Quelque lems après l'official de Nismes condamna cinq chanoines de la cathédrale, qui avoient embrassé la nouvelle religion : mais s étant pourvus au conseil du roi, ils obtinrent 2 un arrêt le 13. de Juillet, qui leur perraelloil de résigner dans six mois les prieurés dont ils éloient pourvus, à ceux quils voudroienl, confor- mément à l'édil de pacification.
Le vicomte de Joyeuse assembla exlraor- dinairement le 2. de May de l'an 1566. dans la même ville de Nismes, trois dépulés de chaque diocèse, un du clergé, un de la no- blesse et un du tiers étal , pour trouver des expédiens, afin d'abolir l'imposition établie pour l'abréviation des procès. Lcvéquc de Montpellier 5 présida à cette assemblée , cl il y assista deux autres évéques en personne, avec le comte d A lais, chevalier de 1 ordre du roi , le seigneur de 1 Eslrangc baron de Bo- logne, les barons de Rieux, de Cauvisson, etc. On pria le roi d'abolir ce subside ; le païs ne trouvant aucun moyen pour son extinction. On chargea le syndic de s'opposer au parle- ment de Toulouse , à ce que le capitaine Grille ne fût reçu sénéchal de Beaucaire , n'étant de la qualité requise. Le roi ayant imposé quarante-neuf mille livres pour l'entretien de dix-huit compagnies de gens de guerre , qui avoient été en garnison dans les places frou-
' Rcr. 12 des Icll. orig. mss. de Coaslin. 3 Ili-g. du conseil, manu», de Coaslio, » Arch. des et de la prov.
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DE LANGUEDOC. LIV. XXXIX.
25
licres, 1rs états déclareront qu'ils ne consen- I chanoines de la cathédrale, insultèrent les
toieol pas à cette imposition, prièrent le roi d'eo décharger la province, ainsi que de la gendarmerie , et de remettre les mortes-payes dans les places frontières. On chargea le ba- ron de Ricux , qui alloit à la cour, d'agir au- près de M. de Damville gouverneur de la pro- *incc,que le roi a voit fait maréchal de France le 10. de Février précédent, pour obtenir sur ce provision. Enfin on pria le vicomte de Joyeuse de faire chasser les bandoliers et voleurs qui ravageoient le païs. Quant aux états ordinai- res , ils forent tenus à Nismes au mois de No. vembre suivant. On y fit de grandes plaintes contre les habitons de Pamiers , à l'occasion suivante.
XXV. Troubles arrivés à Pamiers.
Hobert de Pcllcvé , créature du cardinal de Lorraine , ay ant été 1 pourvu de levêché de Pamiers , sur la démission de Jean Bra- bançon, résolut d empêcher les Huguenots de faire l'exercice de leur religion dans celte »ille; el fil si bien , que les consuls furent toujours pris parmi les catholiques. 11 prél en- doit que les religionaires de Pamiers avoient discontinué î exercice de leur religion avant le 7. de Mars de l'an 1563. et que par consé- quent ils ne pouvoient plus l'y faire, suivant ledit de pacification. Sur ce fondement , il obtint un arrêt du conseil du roi le 23. de Février de l'an 1566. qui défendoit cet exer- cice dans la ville et les fauxbourgs de Pa- miers: et le roi commit Damvillegouvcrncur de la province , pour l'exécution de cet arrêt. Les religionaires de Pamiers envoyèrent de leur eôlé des députés à la cour , pour se pourvoir: mais malgré les instances de la reine de Navarre, qui partageoit la seigneu- rie de la ville avec Ievêque, ils ne purent réussir. Us soùtenoienl que l'arrêt ayoil été rendu contre la justice et par l'intrigue de Ievêque, et s'assembleront dans des maisons particulières. Les catholiques , qui, suivant l'usage, sassembloient tous les jours de fêtes pour danser et se divertir, animés par les
I. 39. - Rfg. du conseil , manu», de
Om»Bo.
religionaires assemblés. Ceux-ci voulurent se défendre, et il s'éleva une sédition le 19. de May de l'an 1566. mais elle fut bientôt ap- paiséc. l*s esprits demeurant néanlmoinsfort échauffés de part el d autre , 1 émotion se re- nouvelle le jour de la Pentecôte 2. de Juin. Les catholiques firent ce jour- là une proces- sion où il assista plusieurs hommes masqués qui couroienl au milieu des rangs. Les reli- gionaires, parmi lesquels il y avoil beaucoup d'étrangers et de bannis des villes voisines , croyant en êlre insultés, coururent aussi-tôt aux armes , el le viguier appaisa difficilement le tumulte. La nuil suivante les chanoines ayaflt armé cent cinquante hommes , les mi- rent dans le palais épiscopal, situé hors delà ville , el il y eut plusieurs petits combats en- tre les ha bilans des deux religions. Enfin les religionaires, après avoir mis le feu à diver- ses maisons el fait main-basse sur les catho- liques, pillèrent le couvent des Carmes où il y eut quelques religieux de lues. Ils en firent de même les jours suivans aux couvens des Auguslins, des Franciscains el des Domini- cains; et ils se rendirent entièrement maîtres de la ville le 5. de Juin , après avoir tué ou chassé tous les catholiques. Quelques-uns de ces derniers s étant retirés à Foix , excitèrent les habitons à se venger sur les religionaires de celle ville, dont il y eut dix-sepl de tués. Tous les autres prirent la fuite cl se retirè- rent dans les montagnes voisines.
Les religionaires de Pamiers lâchèrent de prévenir le roi , el lui envoyèrent un député pour se justifier auprès de lui. Le vicomle de Joyeuse de son côté, qui commandoit dans la province en l'absence du maréchal de Dam- ville , et qui étoit alors dans le bas-Langue- doc, croyant que ce n étoit qu'une simple émotion , causée entre les partisans des deux religions , manda à Jean de Nogaret sieur de la Valette, qui étoil dans le voisinage , dal- ler à Pamiers avec sa compagnie*, el de pa- cifier celle ville. 11 partit ensuite lui-même pour s'y rendre : niais ayant reçu en chemin des lettres du vicaire de Ievêque cl de quel- ques autres, qui l'informoient au vrai de ce qui s'éloil passé , il en écrivit au roi élant à Bagnols le 16. de Juin , lui demanda ses or-
2G HISTOlltE
drcs, et s'avança, en attendant, vers Tou- louse.
U Valette en arrivant à Pamicrs, fit ' des propositions , qui furent acceptées , par len- tremisc dOdel de Foix comte de Carmaing, et de Jean de Montluc évéque de Valence , que le roi avoil envoyé à Toulouse pour ses affaires. Joyeuse étant ensuite arrivé à Tou- louse, ordonna le 19. de Juillet au sieur de Sarlabous nieslre de camp des bandes Fran- çoiscs , de se rendre à Pamicrs avec trois compagnies de son régiment , de désarmer tous les habitans, et de faire porter leurs ar- mes à I hôtel de ville , avec ordre à tous les absens de l une et de l'autre religion d'y re- venir. L'approche de Sarlabous jetta la 1er- reur dans les esprits des habitans de Pamiers, qui lui fermèrent les portes de la ville. Joyeuse- outré de ce refus , éloit résolu de les forcer , lorsqu'il apprit que les principaux d'enlr'eux, avoient pris le parti de la fuite et abandonné la ville la nuit du 22. de Juillet. Il dépécha au roi deux jours après , et lui manda qu'il partoit pour appaiscr ces troubles, et que tout le reste de la province étoit tranquille. Ce seigneur étoit en effet sur son départ pour Pamiers le 25. de Juillet, avec le premier président d Affis et six anciens conseillers du parlement de Toulouse, qui alloient procé- der contre les séditieux , lorsque ceux-ci leur firent signifier une récusation ; ce qui engagea les commissaires à différer leur dé- part de quelques jours L'acte 2 de récusation est daté du 15. de Juillet: il nesl fondé que sur la différence de religion , et sur ce que les six commissaires éloient parents, soit en- Ir'cux , soit du premier président , soit enfin de quelques catholiques de Pamiers.
Jacques d'Angcnncs sieur de Rambouillet , que le roi avoit envoyé en Languedoc , pour y maintenir cl faire observer l édit de pacifi- cation , arriva sur ces entrefaites : il se rendit d'abord à Hauterive à quatre lieues de Pa- miers, et écrivit dc-là aux officiers et aux consuls de Pamiers, conjointement avec le sieur de la Rose maître des requêtes de la reine de Navarre, cl leur demanda une entrevue.
< Thuan. ibid. • Pr. pag. 183. cl scqi|. ? iVg 13- des leu orig tm*. do Coas-lm
GÉNÉRALE [ioCO;
Le vicomte de Rabat lieutenant de celle prin- cesse dans le comté de Foix , ayant agi de son côté, on s'aboucha auprès du Mas de Pa- micrs, où Sarlabous étoit logé avec ses trois compagnies. Les habitans étant convenus de désarmer, de congédier tous les étrangers, et de recevoir chez eux Sarlabous avec sa troupe, la garnison de Pamiers , composée de six cens hommes , et tous ceux qui se crurent coupables , sortirent la nuit du 20. au 21. de Juillet , cl le lendemain il y entra quelques troupes catholiques. Rambouillet et Sarlabous y entrèrent ensuite avec les trois compagnies du régiment de ce dernier. Le mardi 23. de Juillet, Rambouillet alla à Foix, dont 1rs habitans, après s'être justifiés sur le mas- sacre des protestans de leur ville, qui avoil été fait la semaine de la Pentecôte, offri- rent de rappcller ceux de la religion qui s éloient enfuis cl de bien vivre avec eux. Ce seigneur étant retourné à Pamicrs et enfin à Toulouse , écrivit au roi , cl lui ren- dit compte le 28. de Juillet du succès de sa commission.
Le parlement de Toulouse avoit écrit 1 la veille au roi , cl lui avoit marqué que la sé- dition de Pamiers n avoil troublé en rien la tranquillité de Toulouse et des aulrcs villes du ressort. Le vicomte de Joyeuse alla peu de lems après à Pamiers suivi du premier prési- dent cl de six conseillers au parlement de Toulouse, pour informer sur la sédition: mars les factieux s'élant enfuis , comme on la déjà dit, pour se retirer dans le comté de Foix cl les domaines de la reine de Navarre . el n étant resté que quelques pauvres gcus dans la ville , qui étoit comme abandonnée, on ne put se saisir des coupables; de quoi Joyeuse rendit compte au roi par un courrier qu'il lui dépécha. Ce prince lui répondit 2 le 9. d'Aoùl , el lui ordonna de punir les coupa- bles, s il pouvoit s'en saisir, quoi qu'en put dire la reine de Navarre. Il ajoute, que sur la récusation des commissaires qui éloient allés sur les lieux , il avoit nommé à leur place six autres conseillers du parlement de Toulouse. Le roi nomma ces nouveaux coiu-
1 Prouve*.
2 Preuve*
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[1566]
missaires par un arrêt ' du conseil du 2. d Août , suivant lequel il admit les récusations proposées contre les autres, par . les religio- naires de Pamiers. Les nouveaux commissai- res étaient au nombre de sept ; sçavoir , Fa- bri ou du Faur , Lausclergie , Doujat , r.oillemete, Ouvrier, Sabbatier et Catel. Quant au premier président, sa récusation fut déclarée frivole. Le roi déclare , qu'en cas de récusation des nouveaux commissaires , l'af- faire seroit jugée par le premier président et sept antres conseillers du même parlement non récusés. Quelques jours après, le vi- comte de Joyeuse écrivit 2 à la reine mere , cl lui exposa combien il importoit au service du roi , de punir Its séditieux de Pamicrs , tant à cause de la frontière d'Espagne , que pour donner l'exemple au reste du Langue- doc. Il ajoute que le comté de Folx étoil un pais rempli de gens mutins, où il ne pouvoil étendre son autorité, parce que le pais n'étoit pas du gouvernement du maréchal de Dam- ville, et que la reine de Navarre y tenoit un gouverneur particulier.
Le premier président d'Affis et ses premiers •ssociés, ignorant 3 que le conseil du roi avoit admis la récusation de ceux-ci , continuèrent leurs procédures à Pamicrs, et en rendirent compte au roi le 16. d Aoùt. Ils lui mandè- rent, qu'ils avoient fait crier publiquement , que tous les absens et fugitifs de la ville eussent à y revenir incessamment. Le chan- gement des commissaires engagea Joyeuse à demeurer à Pamicrs plus longtcms qu'il navoit crû, et il écrivit * au roi le 29. d'Août , que les affaires étoient en bon état, mais qu'elles tratnoicnt en longueur par ce changement. En effet les nou- veaux commissaires du parlement sciant rendus à Pamicrs , ils furent 5 récusés de nouveau le 15. de Septembre, avec tout le parlement. Nonobstant cette nouvelle récu- sation , le lieutenant du grand prévôt de I hôtel, qui avoit été envoyé sur les lieux ,
1 Reg. 12. ibid. 1 Preuves. J Reg. 12. ibid. ■ Prcures
< Rcg 12 ibiJ.
DE LANGUEDOC LIV. XXXIX.
27
prit vingt-quatre des plus coupables de la sédition de Pamicrs , que le premier prési- dent fît conduire à la conciergerie du palais de Toulouse. Ce lieutenant alla ensuite re- joindre à Pamiers le vicomte de Joyeuse le 16. de Septembre , et ils s'en allèrent ensem- ble à Narbonnc, où le même lieutenant reçut une commission du roi de se transpor- ter à Pamiers et à Foix , pour reprendre la procédure commencée par le premier prési- dent et les conseillers contre les prisonniers. Il présenta sa commission au premier prési- dent , qui répondit qu'il en délibercroil ; et ayant dressé un procès -verbal de tout ce qui s'étoil passé, il l'envoya au roi le 3. d Octobre.
Les prisonniers qui avoient été conduits aux prisons de Toulouse, ayant trouvé 1 moyen de s'évader, ils obtinrent du roi, que leur affaire seroit renvoyée au parlement de Paris : néanmoins le parlement de Toulouso condamna les fugitifs par contumace à être pendus, comme criminels de Iczc-majeslé , et leurs biens furent confisqués. Ils se retirè- rent alors dans les Pyrénées , où ils se cachè- rent pendant quelque tems avec Tacha ni leur ministre. EnGn ils furent pris au mois de May de l'année suivante par le capitaine Tilladet, et exécutes à Toulouse, avec lo même Tachard, qui alla au supplice avec beaucoup de fermeté et de courage. D'un au- tre côté les officiers de justice de Pamicrs Tu- rent condamnés 2 le 29. d'Avril de l'an 15G7. par un arrêt du conseil , comme coupables des sacrilèges et des séditions arrivées dans cette ville pour le fait de la religion. Le roi permit par un autre arrêt du 23. de May sui- vant, au parlement de Toulouse, de commet- tre par provision à leur place d'autres offi- ciers, pour l'exercice de la justice dans la ville et ses dépendances. Nous nous sommes un peu étendus sur celle affaire, dont nous avons tiré les circonstances des actes origi- naux ; ce qui a fait que nous nous sommes écartés en quelque chose de M. de Thou, qui en a parlé assez au long. Au reste, celte émo- tion occasionna 1 établissement des Jésuites à
i Thuan, ibid .
i Rcg d» ronscil. Manusc de Coa»lin.
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28
HISTOIRE GÉNÉRALE
11566]
Toulouse. Ils avoicnt été appelles à Pamiers, d'où ayanl été obligés de s'enfuir peodant I émeute, ils se réfugièrent à Toulouse, où la ville leur donna le collège qu ils y possèdent, comme on l a dit ailleurs.
XXVI.
Emotion» a Toulouse.
\jc vicomte de Joyeuse, dans sa lettre au roi du 29. d'Août de lan 1566. lui rend compte 1 d'une querelle qui seloit élevée à Toulouse, quelque temps auparavant, entre les Espagnols et les François éludians dans 1 université de celte ville; querelle qui y causa quelque trouble , et dont on peut voir le détail dans nos preuves 2. Elle fut enfin terminée par la mort du prieur des Espa- gnols, qui fut tué par les François, et parla sortie de trente» cinq à quarante écoliers te la même nation , qui furent obligés de se re- tirer, et dont il y en eut quelques-uns de bles- sés. Il est fait mention de la même querelle dans un mémoire 3 que Jean de Montluc évo- que de Valence, qui éloil alors à Toulouse, envoya le 20. de Juillet à la cour. Il paroll par ce mémoire, que les capitouls et le menu peuple, par zelc pour la religion, favori- soient les Espagnols , qui se vantoient d'être soutenus par le roi d'Espagne ; ce qui fit qu'on donna des soupçons au roi sur ces liaisons.
L'évôquc de Valence rend compte au roi dans le même mémoire, de ce que Rambouil- let avoil fait auprès du parlement, et d'une nouvelle sédition qui éloit arrivée le jour de l'Ascension à Grenade sur la Garonne , où on avoil été sur le point de voir un plus grand massacre qu'à Pamiers. 11 lui rend compte aussi de ce qu'il avoil fait pour la recherche du domaine royal ; car ce prélat étoit allé pour cela à Toulouse. 11 écrivit « encore au roi et à la reine mere sur ce dernier article le 22. de Juillet. Il leur mande, qu'il avoit réussi à augmenter considérablement les re- venus du domaine des sénéchaussées de Tou-
1 Preuve».
2 Ibid.
3 Preuves.
* Reg. 12. des lell. origin. ms.*. de Coaslin.
louse, Carcassonnc et Querci , par le rehaus- sement des baux à ferme. «Je louë Dieu, » dil-il à la reine mere , que pour mon ap- » prentissage, il m'ait fait la grâce de bien et » heureusement vous servir en chose où je » n'entends rien , comme il appert en mes » affaires. » Il demande ensuite un congé de de cinq à six mois, pour reposer la bourse, k corps et l'esprit , étant las ditre appelle M. le commissaire. 11 répond aux bruits désavanta- geux sur sa conduite, que ses ennemis a voient répandus à la cour, cl fait valoir avec em- phase 1 importance de ses services; préten- dant, « que s il ncùl pas été à Toulouse, dc- » puis trois mois qu'il y éloit , il fût advenu » tel inconvénient , non pas seulement en » cette ville, mais en beaucoup d'autres lieux » circon voisins, que les plus habiles eussent » été bien empeschés d'y remédier. » Il ajoùtc que sans la présence du vicomlc de Joyeuse, il y eût eu un massacre de trois à quatre mille personnes , et qu'il eût été à propos de join- dre à Rambouillet un mallrc des requêtes, avec 1 autorité d'informer. Enfin il dit quil espère que le sieur de Rambouillet pacifiera la ville de Pamiers et punira les coupables , sans effusion de sang, et que les hebilans de cette ville auraient obéi depuis plus de quinze jours, si les gens de pied u a voient approche de leur ville.
Nous ne sçavons pas à quelle occasion le vicomte de Joyeuse épargna un si grand mas- sacre à la ville de Toulouse : il parait seule- ment , que les esprits y étoient fort échauf- fés. C'est ce qui se voit, entr'autres, au sujet du différend qui s'éleva celte année entre le parlement , le sénéchal cl les capitouls de Toulouse. Ces derniers avoicnl eu permis- sion 1 du roi d'imposer la somme de 36000. livres pour les nécessités urgentes de la ville, et ils avoicnl fait la répartition de celle som- me, sans qu'aucun du parlement el le séné- chal eussent assisté à l'assemblée où elle avoil élé faite. ta contestation qui s'éleva cnlr'cux à celle occasion fut portée au conseil du roi , qui ordonna par un arrêt provisionel du 2. de Décembre de lan 1566. quà l'avenir, à
• Reg. du conseil. - La Faille, annales, p. 275 el seqq.
tom. 2.
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[ 1 560 J DE LANGUEDOC
toutes les assemblées générales de la maison commune de Toulouse, outre les quarante bourgeois qui les composoient , il y assisteroit encore quelques présidens et conseillers du parlement, le sénéchal ou le juge-mage, elc. Le syndic et les capitouls maltraitèrent beau- coup Louis du Faur juge-mage de Toulouse, dans une requête qu'ils présentèrent au roi durant le cours de cette affaire. Gui du Faur son frère, avocat général au parlement de Paris, y fut très-sensible, et il demanda au conseil réparation des faits injurieux et scan- daleux, que les capitouls a voient insérés dans leur requête contre ce magistrat. Le conseil ordonna en conséquence, que la requête des capitouls seroil biffée et lacérée ; que la dé- libération, s'il y en avoit une, pour cette re- quête, seroil effacée des registres; que les délégués des capitouls seraient admonestés, et que l'arrêt seroil enregistré au parlement de Toulouse.
XXVII.
Eut* à Beaoc*ire.
Le roi nomma 1 le maréchal de Damvillc gouverneur de Languedoc , Guillaume vi- comte de Joyeuse son lieutenant dans celte province, Pierre de Cheverri gênerai des fi- nances, Jean Cezelî premier président à la chambre des comptes de Montpellier, et Jean d Albenas seigneur de Colias lieutenant gê- nerai au siège présidial et sénéchaussée de Beaucaire pour ses commissaires aux étals généraux de Languedoc, dont il indiqua rassemblée à Bcaucaire pour le 10. de No- vembre de l'an 1566. mais il n'y eut que le second, le troisième, et le cinquième qui fil la harangue , qui s'y trouvèrent. L'assemblée commença le lundi 11. de ce mois en leur absence, et ils ne s'y rendirent que le IV. Ils demandèrent les mêmes sommes qui avoient été accordées au roi l'année précédente. La plupart des députés n'arrivèrent que le 13. à cause du débordement des eaux. Levêquc de Montpellier présida d'abord : mais les étals avant député au cardinal d Armagnac arche- vêque de Toulouse, qui étoit alors à Avi-
» Arcfa des ét. de Langued.
LIV. XXXIX. 29
gnon , où il étoil collègue du cardinal de Bourbon pour la légation de cette ville, il se rendit à Bcaucaire, et présida à l'assemblée de- puis le 16. jusqu'au 22. de Novembre, qu'elle finit. Les évéques de Montpellier, Castres, Nismes et Mirepoix y assistèrent en personne avec le comte d A lais chevalier de l'ordre du roi , les barons de Cauvisson et de l'Estrange, Marchaslel fils du seigneur de Pcire , baron de tour de Gcvaudan , elc. Nonobstant la pré- sence du cardinal d'Armagnac archevêque de Toulouse, on accorda la séance au sieur Blanchi chancelier de l'université de Tou- louse, son vicaire gênerai, à cause qu'il étoit instruit des affaires du pais. Levêquc de Lo- déve étant arrivé quelques jours après le commencement de l'assemblée, il y assista : mais on refusa I entrée à un envoyé de sa part , comme comte de Montbrun, parce que ce comté étoit uni à 1 cvêché de Lodéve. On adjugea par provision la préséance aux con- suls de Bezicrs sur le syndic du Vivaraisi Le P. Possevin Jésuite prêcha le dimanche 17. de Novembre, jour de la procession.
Parmi les articles de doléanec qu'on dressa à celle assemblée , on se plaignit des religionaires de Pamiers qui sciant enfuis de leur ville, avoient envahi celle de Cariai au diocèse de Hieux, dont ils avoient brulc le- glise; ce qui étoit une contravention à l'édit de pacification. On se plaignit de plusieurs gentilshommes du diocèse de Lavaur qui, contre la teneur du même édit, faisoient l'exercice de la nouvelle religion dans leurs fiefs, quoique ces fiefs ne fussent pas de hautberl, et des désordres commis 1 pen- dant Tété dans divers endroits de la province par plusieurs troupes de bandouliers. On s'excusa envers le roi , à cause de la pauvreté du pais, de contribuer à la réparation du port d Aigucs-morlcs; et on résolut de tâcher de recouvrer quelques sommes pour cela. On arrêta, que ledit de suppression des of- fices de présidens présidiaux, qui avoit été exécuté à Toulouse, à Carcassonnc cl à Nis- mes , le seroil à Montpellier et à Bezicrs. Enfin on députa à la cour l evêquc de Mire- poix , le baron de l'Estrange , un des syndics,
i Y. Preuves.
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HISTOIRE GÉNÉRALE
30
et un du tiers étal , qui présentèrent le cahier des doléances au roi au mois de Mars de i an- née suivante ( 1567. ) Ce prince répondit favorablement à la plupart des articles , et ordonna l'enregistrement de sa réponse dans les divers tribunaux de la province , par des lettres patentes 1 données à Fontainebleau le 21. de ce mois. Outre cette réponse, le roi permit aux états, par des lettres patentes , d'imposer tous les ans la somme de dix mille livres pour les frais de leur assemblée.
XXVUL
La guerre civile m> renouvelle dans la province, ainsi que dan» le reste du royaume.
Les religionaires se mirent dans 1 esprit , que le roi et la reine mère, dans l'entrevue qu'ils a voient eue à Bayonnc avec ia reine d Espagne et le duc d'Albe , avoienl conjuré leur perte , et que ce voyage n'avoit été en- trepris que pour la concerter. Le prince de Condé et 1 amiral de Coligni leurs chefs, pleins de défiance , cherchèrent à se liguer avec les princes proteslans d'Allemaguc : et pour s'assurer de toute l'autorité , ils tentè- rent avec les autres chefs du parti Hugue- not , d enlever le roi. Le projet manqua ; mais ils ne levèrent pas moins l'étendart de la révolte vers la fin du mois de Septembre de l'an 1567. et ayant envoyé des émissaires dans toutes les provinces , aussi-tôt toutes les villes où les religionaires étoient les plus forts, prirent les armes , et la province en particulier se vit replongée dans les horreurs de la guerre civile. Les villes de Castres, Montpellier, Nismes, Viviers, S. Pons, Usez, le Pont S. Esprit cl Bagnols furent des pre- mières à se déclarer en faveur du prince de Condé, et à secouer le joug de l autorité lé- gitime ; et les religionaires y rasèrent 2 la plupart des églises , de même que dans trois cens autres villes, bourgs ou villages des environs dont ils se rendirent maîtres.
i Preuves, a Pey rassis.
[1567J
XXIX.
Les religionaires s'emparent de Alonlauban, de Castres, et de plusieurs autre» villes , dont ils raseul les églises.
Ceux de Montauban ayant pris les armes , et setant assurés de la ville , démolirent 1 la cathédrale , l'église et le couvent des Jacobins, et l'église de S. Jacques , qu ils avoienl épar- gnés jusqu'alors; cl s étant emparés du con- sulat cl de toute ïautorité politique, ils chassèrent tous les ecclésiastiques el aulres catholiques qui y étoient revenus. Ils firent ensuite des courses dans tous les environs qu ils nirrcn: au pillage , el se rendirent maî- tres de plusieurs villes et châteaux au voisi- nage de Toulouse *. A Castres, les religio- naires s'assûrercnl 2 de la ville le 29. de Septembre, et arrêtèrent dans son lit Guil- laume d'Oraison, qui en étoit évéque, el qui étoil venu dés le soir précèdent dans le dessein de les prévenir. Ils arrêtèrent aussi le doyen de Burlats et tous les ecclésiastiques et religieux , prêtres, chanoines, Jacobins , Cordcliers et Trinitaires, qu ils congédièrent, après les avoir mis à rançon , afin d'avoir de quoi souldov crics troupes qu'ils levèrent. En- fin ils arrêtèrent eh même lems tous les au- lres catholiques qu ils gardèrent dans la vite de les échanger avec ceux de la religion qui scroient arrêtes ailleurs. Le même jour , tou- tes les villes du vallon el de la montagne , enlr'autres , Mazamel , Ucalmont, Lombcrs, Lavaur, Revcl, Puilaurcns, S. Paul, Da- miallc , Fiac et plusieurs autres furent assu- rées au parti Calviniste. Les religionaires de Castres s'étant assemblés le lendemain, choisirent pour leur gouverneur , Ferrieres, qui lavoil été durant les premiers troubles. Ils lui donnèrent un conseil , el dressèrent une ordonnance militaire cl politique pour la levée des gens de guerre et pour le gou- vernement de la ville. Ils levèrent quatre compagnies parmi les habitans et trois parmi les étrangers. Ils surprirent le k. d'Oclobre
• l.e Bret, lsisl. de MonLiub. loin. 2. p. 2S4. a liache» el Faurin , niém. tnss.
La Faille, annal
• / '. Addition» cl Notes du Livre xinx , n* 1 3.
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[1567]
la Chartreuse de Sais , qu'ils mirent au pil- lage, et qu'ils ruinèrent , après avoir congé- dié les religieux. D'autres prétendent 1 qu ils naccorderenl la vie quà quatre Chartreux , qui se retirèrent à Toulouse , où ils selabli- rent, et transférèrent leur monastère deux ans après; ce quia subsisté jusqu'en 1074. que la Chartreuse de Saix Tut rétablie *. Les religionaires de Castres démolirent quel- que lems après les églises de S. Jacques , S. Benoit , sainte Claire et S. Vincent, cl trois jours après le couvent des religieuses Mino- retes , qui y étoient retournées au nombre de dix , et qu'ils chassèrent.
D'un autre côté, les religionaires qui cloicnl restés à Toulouse tinrent 2 une as- semblée secrète chez le sieur d'Asscsat , pour délibérer sur les moyens de livrer la ville au prince de Condé : mais les précautions que prirent les Toulousains firent échouer le des- sein des conjurés. Les capitouls mirent en effet trois mille hommes d infanterie sur pied, partagés en dix compagnies : plusieurs sei- gneurs des environs y accoururent avec des iroupes; et Terrideet la Valete y amenèrent leurs compagnies de gens-d'armes. La ville de Toulouse leva aussi deux cens argoulcts , dont elle donna le commandement au sei- gneur de Mauremont. On fil cesser les leçons dans I université , et I exercice de la justice '•ans les divers tribunaux de la ville et du ressort du parlement. On résolut, d'arrêter tous les religionaires , et on 01 saisir les biens des fugitifs, dont on dressa un état. Enfin on fil le 23. de Novembre une montre générale de tous les habilans capables dépor- ter les armes ; cl il s'en trouva trente mille , lant à pied qu'à cheval **. Les religionaires firent quelques tentatives dans diverses villes de la province. A Carcassonne , ils tâchèrent de surprendre la ville , étant d'intelligence avec quelques gentilshommes du voisinage : mais leur entreprise échoua , et ces genlils-
1 V. U Faille, annal, lom. 2 p. 2W. îJIomluc, comment. I. 8. - V. La Faille, annal. i«n 2 p. 28i n scq.
' ''. Additions et Note» du Livre xxxix, n» U. " y. Additions et Notes du Livre xxxix, n« 15.
DE LANGUEDOC. LIV. XXXIX.
31
hommes furent condamnés à mort par con- tumace *. Ils réussirent mieux à S. Pons , dont le vicomte de S. Amans s'empara 1 ; et après avoir prophané la cathédrale, ils rasè- rent entièrement le monastère des Bénédic- tins qui la desservoient , lequel étoil contigu. Ils s'emparèrent 2 aussi d'abord des villes d Ara mon et de Beaucairc dans le bas-Lan- guedoc: mais les catholiques, qui étoient les plus forts dans ces deux villes, les en chassèrent.
$XX.
Ceux de Nismes massacrent les principaux catholiques il s'assurent de la ville.
11 se passa une scène des plus tragiques à Nismes. Les religionaires' de celle ville » ayant reçu pendant l'été divers courriers du prince de Condé et de l'amiral de Châlillon , qui les exhortoient à prendre les armes , et qui leur faisoient part de leurs desseins, il s'éleva d'abord quelques émotions; et les ar- tisans de la ville cherchèrent deux fois que- relle aux soldats qui étoient en garnison dans le château : mais parce qu'il n'étoit pas encore tems d'éclater , leurs chefs appaisc- renl le tumulte, et tinrent néanmoins diver- ses assemblées secrètes. Enfin iacques de Crussol seigneur d'Acier, frère du duc d li- sez , revenant de la cour en poste , à la fin de Septembre, ordonna aux religionaires, en passant au Pont S. Esprit , et dans tous les autres lieux de sa route ,tfc se tenir prêts avec leurs armes pour le 29. de ce mois. Ce jour-là , Jean de Cambis seigneur de Sous- telles, frère de François de Cambis baron d'Alais , selant rendus aux environs de la ville avec dix hommes à cheval et vingt-six à pied , et a)ant parlé à un des conjurés, il s en retourna à A lais. Peu de tems après , les chefs des religionaires de Nismes sciant as- semblés, résolurent d'égorger dès le lende- main tous les prêtres et les principaux catho-
i Gallia christ, nov. ed lom. C. p. 231. s Perussis.
s Mss. »1 Àubays , n. 125. et 132. • Uist. des ev de Nism. pag. 333. et seqq.
• F. Additions cl Notes du Livre xxxu, n« 1C.
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32 HIST01HE
liqucs, et de ?2 rendre maîtres de ia ville. Ils prirent si bien leurs mesures , que le mardi 30. de Septembre , ils s'emparèrent d'abord à midi des portes , et excitèrent tout de suite le peuple dans les ruës à prendre les armes; ce qui fut exécuté sur le champ. Gui Rochelle avocat au parlement , premier consul , qui étoit catholique , tâcha vainement d'appaiscr l'émotion ; et ne pouvant recevoir aucun se cours des officiers de justice , qui étoient la plùpart de la conjuration , il se relira auprès de Bernard Delbcne évêque de Nismes , qui avoit réfugié dans son palais la plùpart des catholiques de la ville. Bien-tôt après, deux cens religionaircs en armes , assiégèrent ce palais et en forcèrent les portes; ce qui obli- gea les catholiques à chercher leur salut dans la fuite : mais le premier consul et plusieurs autres ne purent éviter d'être arrêtés et con- duits dans différentes maisons, où on posa des sentinelles. Lcvêque se réfugia avec son aumônier, son secrétaire, son maître d hôtel et son valet de chambre dans la maison d An- dré de Brucis , seigneur de Sauvignargucs , conseiller au présidial ; cl l'évêché fui aussi- tôt mis au pillage. Les conjurés furent en- suite chez Jean Peberan archidiacre et grand vicaire de l'évcque, qu'ils jelterenl par les fenêtres, après l'avoir massacré, dont ils pillèrent la maison. D autres s'em- parèrent des églises, qu'ils dépouillèrent en- tièrement, et dont ils détruisirent les au- tels.
Au commencement de la nuit , on Gt crier dans toutes les ruës , que tous les religionai- rcs eussent à se rendre promplcmcnt en armes dans la place publique , avec ordre aux ca- tholiques de demeurer dans leurs maisons , sous peine de la vie. Tous les Huguenots se- \ tant assemblés dans la place, leurs chefs leur déclarèrent , qu il falloit égorger les catholi- ques pendant la nuit. A neuf heures du soir, on conduisit à l'hôtel de ville tous ceux qui avoient été arrêtes , el qu'on avoit tenus en- fermés dans différentes chambres , sous sûre garde. Deux heures après, un conjuré arriva une liste à la main , contenant les noms des catholiques qui dévoient être massacrés , et la lut à haute voix. On fil descendre aussi tôt les prisonniers dans la cour, d'où on lescon-
GÉNÉRALE [15GT]
I duisil dans celle de l'évêché. La on commença par poignarder le P. Jean Qualrebars prieur des Augustius , dont le corps fut jetté dans un puits de la même cour de levée hé. Gui Rochelle premier consul fui aussi assas- siné ; et après qu'on eût traîné son corps dans les rués avec son chaperon , on le jet la dans le même puits. Enfin on massacra celle nuit dans la cour de lévêché soixante-douze catholiques, parmi lesquels éloient Etienue- Pierre Folcran , autre religieux Augustin , le prieur des Jacobins , le gardien des Cor- deliers cl trois de ses religieux , quatre cha- noines, quatre hebdomadiers , les deux curés de la cathédrale , le capitaine Vidal sieur de la Garde , gouverneur pour le roi du château, deux avocats , plusieurs bourgeois, clc. Les uns furent lues avec des dagues el des épées , les autres avec des armes à feu. Ils furent tous précipités dans le puits de la cour de l'évêché: il y en avoit plusieurs parmi eux qui n ctoient qu'à demi-morts, ou tout vi- vons; en sorte que le puits avant été pres- que entièrement comblé , le reste fut rem- pli de terre. Ce massacre dura toute la nuit du dernier Septembre au premier dOc- lobrc.
Ce dernier jour, sur les dix heures du matin, quelques-uns des conjurés furent dans la maison du sieur Sauvignargucs, où l'évôquc Bernard Delbcne s'éloil réfugié avec ses do- mestiques, dans la résolution de les égorger : mais ce prélat les fléchit , en promettant de payer cent vingt écus pour sa rançon. Il trouva sur lui et parmi ses gens une partie de cette somme, et Sauvignargues lui prêta le reste. On la lui rendit presque aussi-tôt; et après l'avoir dépouillé el revêtu de vieux haillons, on le conduisit au puits pour lui faire subir le sort de lous les autres; enfin , à la sollicitation pressante du capitaine Grille sénéchal de Bcaucaire, l'un des principaux, conjurés, on lui accorda la vie, et on lui per- mit de se retirer avec son valet de chambre. Quant à son aumônier, son secrétaire nom- mé Claude Chimieu, el son maître dhôlel , on les massacra impitoyablement. Ce prèlal , que le capitaine Grille fit conduire, sortit de Nismes le lendemain jeudi 2. d'Octobre. 11 se retira d'abord à Bcaucaire, et mourut quel-
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DE LANGUKDOC ques mois après de douleur : les ans disent 1 I que cefut à Arles le 27. de Mars, rl lesautres - au Pui le de Juillet de Tannée suivante.
Les catholiques qui étoient dans la cam- pagne aul environs de Nismes, ne Turent pas plus épargnés que ceux de la ville. On mas- sacra, entr'autres, Jacques Barrière conseil- ler au présidial , et les Albanais ( ou dragons ) de la compagnie du maréchal de Dam vil le qui étoient répandus en garnison dans les villages de la Vaunage , et dont on enleva les chevaux et les équipages. Enfin on compte quil périt en tout cent vingt catholiques à ce massacre. Les religionaires pillèrent les mai- sons des autres catholiques à qui ils accor- dèrent la vie, et saccagèrent ' , entr'autres, celle de Joseph Dolon trésorier et receveur du domaine. Us démolirent ensuite la cathédrale , et rasèrent jusqu'aux fondemens le palais épiscopal qui était très beau. Ils ruinèrent aussi le chapitre, le cloître, les maisons des chanoines, les couvens et les églises des Do- minicains , des Augustins , des Carmes , le monastère des Bénédictins de S. Bausilc , les deux monastères de religieuses de S. Benoît et de sainte Claire , et enfin la paroisse et le mo- nastère des Antonins. Ils n'épargnèrent que la seule église de sainte Eugénie, dont ils fi- rent un magasina poudre; et tout cela fut fini en huit jours , parce que tous les habitans ans distinction, mirent la main à l'œuvre. Il restoit encore le château , où il y avoit une garnison que le maréchal de Dam ville y avoit mise , et où plusieurs catholiques setoient réfugiés. Les religionaires firent sommer le commandant de se rendre ; et sur son refus ils assiégèrent ce château dans les formes *. '
Tel est le récit des évéoemens tragiques qui se passèrent à Nismes au commencement «te la seconde guerre civile, entreprise par religionaires. Nous les avons pris des in- formations « cl des procès-verbaux qui en fu- rent dressés alors; cnlrautres , dune enquête
LIV. XXXIX.
1 Pejrostis , mémoires nus. JHiu.de*éY. de Nismes.
• C da dom. de la Un. de B. <M$..d Aubays, ibid.
* ''. Additions et Noies da Livre mu, no 17.
TOVK IX.
qui fut faite devant le lieutenant du juge de Beaucaire le 21. de Janvier de l'an 1508. Des monumens aussi authentiques doivent rem- porter sur ce qu'en ont dit plusieurs histo- riens modernes; entr autres, les PP. Buf- fieres 1 et Mainbourg 2 qui rapportent diffé- remment plusieurs circonstances. Au reste , les historiens protestans n'en disent rien : ils ont eu honte sans doute de transmettre à la postérité le récit d une action si inhumaine, si barbare et si propre à les couvrir d un éternel opprobre. Ils ont * remarqué seule- ment, que sur le bruit des émotions de Nis- mes, le vicomte de Joyeuse ordonna aux ca- tholiques d user de représailles, et de s assurer des protestans dans les villes où ils étoient les plus forts. Ils ajoùlcnt, que sur cet ordre Claude Briçpunet évéque de Lodôve, ayant fait enfermer dans son palais quarante-trois religionaires, tant vieux que jeunes, il les fil ensuite massacrer impitoyablement, un di- manche à l'heure de vêpres.
L« parlement de Toulouse ayant fait in- former, par ordre du roi, sur lémolion de Nismes, rendit enfin un arrêt le 18. de Mars de lan 1569. par lequel il condamna * à mort par contumace cent quatre persounes de la ville de Nismes, pour excès, crimes de leze-ma- jeslé , levée d armes, invasion de ladite ville, meurtres, massacres, pilleries, sacrilèges, démolitions déglises , et saccagemens. Les principaux des condamnés étoient Guillaume Calviere président d'Orange, Dcnj s de Brueïs lieutenant criminel en la sénéchaussée de Nismes, Bobert le Blanc juge ordinaire de Nismes (auparavant syndic de la province, ) quatre conseillers et le procureur du roi au sénéchal de Nismes, le lieutenant du viguier , plusieurs capitaines, entr'autres, Vital d'Al- benasdit Pouldon, François de Pavée sieur de Serras, Pierre de Savoye sieur de Cipicre, Antoine de Brueys sieur de Sauvignargucs, et Honorai de Montcalro sieur de S. Veran , quatre ministres delà religion , entre lesquels
> Hist. Franc, part. 4. 1. 19. » Hisi. du Calvioism. ton». 2. * Anonym. de Honipell.
« Ms». d'Aabaj», n. 125. - V. Uisi. des «v. da Nismes, lom. 1 p. 338 et seq.
3
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3V
HISTOIRE GÉNÉRALE
étoit Pierre d' A irebandoase, Nicolas Calvierc sieur de S. Cosme, les deux (ils du président Calvierc, le sieur de Mandagout dit Galargucs, Thomasde Kochcmore baron dAigremont, etc. Le parlement les condamna à une amende de 200000. livres, sçavoir 25000. livres pour la défense et la tuition de la ville, COU'JO. liv. pour la réparation des églises et de la maison épiscopale, 2000. liv. pour bâtir une cha- pelle, où Ion diroit tous les jours la messe pour les ames de ceux qui a voient été tués, et le reste pour dédommager lesenfans, les veuves et les parens de ces derniers.
XXXI.
Les religionaires s'emparent de Montpellier et de plu- ^ sieurs autre» villes du Bas-Languedoc.
Les religionaires s'assurèrent de plusieurs villes du bas-Languedoc , entr'autres , de celle d A lais, où ils massacrèrent1 sept cha- noines de la collégiale assemblés pour chanter matines, deux Cordeliers cl plusieurs autres ecclésiastiques. Ils s'emparèrent encore d'U- sez , du Pont S. Esprit, de Bagnols, Viviers, Rochefort , Bargeac, Tresques, Laudun et S. Laurent des Arbres : ils prirent le Pont S. Esprit au mois d Octobre, sous les ordres du baron des Adrels, ruinèrent 2 l'église et le monastère, et en brûlèrent ou dissipèrent les titres : ils rasèrent i dans toutes ces villes les églises des catholiques, après les avoir pro- fanées et pillées, cl tuèrent les prêtres et les autres catholiques. Ils s'emparèrent de Mont- pellier de la manière suivante. Les émissaires du prince de Condé cl de lamiral y firent * d'abord courir le bruit parmi le peuple, que le roi vouloit souscrire au concile de Trente, cl chasser en conséquence tous les protestons du royaume. Le vicomte de Joyeuse étant averti de ces bruits, se rendit à Montpellier, et y fit publier le dernier de Septembre une déclaration du roi, qui assûroit, qu'il ne se* roil rien innové touchant la religion , et que chacun pou voit vivre en paix sous la foi des
t Mémoires de Peyrussis.
3 Arch. du pr. du Pont S. Etp.
3 Peyrussis.
♦ A non y m. de Montpellier.
[1567]
I édits. Joyeuse apprit le même jour, que les religionaires avoient pris les armes à Nismes, an S. Esprit, à Castres, cl à Lavaur ; qu ils s'étoient saisis de la tour Carbonicre auprès d Aigues-mortes , et qu'ils remuoient beaucoup par-tout; ce qui le surprit extrêmement. Il fit aussi-tôt mettre les troupes de la garnison sous les armes; et ayant mandé les princi- paux des religionaires, qu'il exhorta à la paix, l'après-midi il ordonna de chasser tous les étrangers de la ville, parmi lesquels il y avoit beaucoup d'artisans de la religion, qui s'étoient établis à Montpellier. Sur cet ordre, le peuple commençait «émouvoir; et Joyeuse craignant une émotion, se retira dans le fort S. Pierre, ou la citadelle , contigueà la ca- thédrale, avec sa femme et sesenfans. Les principaux catholiques s'y retirèrent aussi. Pendant la nuit, Joyeuse sortit par la fausse porte, suivi de quelques gentilshommes, et se rendit à Pezcnas. Le lendemain premier d'Octobre, les religionaires se voyant maîtres de Montpellier , ouvrirent trois portes de la ville, qui avoient été fermées jusqu'alors et appelèrent du secours dans le voisinage. Ayant reçu divers renforts , ils assiégèrent le fort S. Pierre, s'emparèrent de toutes les maisons des environs, et le serrèrent de près; ce qui n empêcha pas la vicomtesse de Joyeuse, à qui son mari avoit envoyé une escorte, d'en sortir pendant une nuit , avec toute sa fa- mille.
Le 7. d'Octobre, Jacques de Crussol, qui depuis peu avoit quitté le nom de Beaudiné pour prendre celui d Acier, cl qui se quali- fiait, commandant pour le roi, en l'absence du prince de Condé, en Dauphiné, Provence et Languedoc, arriva à Montpellier, avec un grand nombre de seigneurs et de gentilshom- mes Huguenots. 11 pressa aussi-tôt le siéffe du fort S. Pierre, devant lequel il ouvrit la tranchée. La garnison, quoique composée seulement de deux compagnies de vieilles troupes et des habitans catholiques de Mont- pellier, se défendit avec toute la valeur pos- sible; cl le C. de Novembre, le siège n'élr*jt pas plus avancé que le premier jour, lorsque d'Acier reçut un renfort considérable de Dau- phiné, conduit par le sieur de Montbrun, et composé dun grand nombre de noblesse, de
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[ittJJ DË LANGUEDOC
six compagnies de gens de pied , et de quelqae pièce d'artillerie. Joyeuse, voulant donner du secours aux assiégés, et ravitailler le Tort S. «Pierre, Gt marcher le 8. de Novembre dix- huit enseignes de gens de pied, Taisant deux mille cinq cens hommes, et trois à quatre cens chevaux bien armes, sous les ordres de Villeneuve son lieutenant, qui arriva devant MonipeJuer à onze heures du matin, et ran- gea aussi-loi ses troupes en bataille depuis ttoutooet jusqu'au ruisseau de Merdanson. D Acier, qui avoit posté son infanterie depuis S. Corne jusquau même ruisseau, sortit de Montpellier avec trois à quatre cens che- vaux ; et ayant rangé ses troupes de son côté, après en avoir laisse une partie à la garde de la tranchée, se disposa à bien recevoir les catholiques. Aussi-tôt la garnison do fort S. Pierre fit une sortie : mais elle fut repoussée avec perte. Cependant l'année catholique avant passé le Merdanson, s'avança pour combler la tranchée : mais les religionaires s'y étant opposés, obligèrent les catholiques à repasser ce ruisseau. On combattit de part et d autre avec une ardeur égale, depuis midi jusquà quatre heures du soir. Enûn les ca- tholiques, voyant que tous leurs efforts pour ravitailler le fort S. Pierre étoient inutiles, et quil se faisoil tard, firent sonner la retraite, après avoir perdu une soixantaine des leurs. Il ny eut que douze religionaires de tués et autant de blesses. Après celte escarmouche, durant laquelle les femmes, les Glles et jus- qu'aux enfausde la ville, s empressèrent de donner toute sorte de secours aux assiégeans et au camp des Calvinistes, Galiot de Crussol sieur de Bcaudiné, frère d'Acier, colonel de 1 infanterie Huguenote, reprit tous ses pos- tes, cl ce dernier rentra triomphant dans Montpellier.
XXXII.
Etais à Beiiir».
Le vicomte de Joyeuse, qui étoit alors à Agde, se rendit peu de teins après à fieziers, où les' états généraux de la province éloient 1 «semblés, et où ils avoient commencé leurs
1 Arcb. des ét. de la prov.
. LIV. XXXlX. 3fc
séances le mardi 11. de Novembre, pendant son absence. L'assemblée se tint dans l'audi- toire du siège présidial : Pierre de Villars évé- que de Mirepoix y présida. 11 fut résolu de transférer à Narbomie les archives de la pro- vince, qui avoient été tenues à Montpellier de toute ancienneté, parce que celle dernière ville étoit occupée par les rebelles. Le vicomte de Joyeuse et les autres commissaires, s étant rendus à I assemblée le 14. de Novembre, pré- sentèrent leur commission , suivant laquelle les étals dévoient se tenir à Moutpellier le 18. d'Octobre : mais les troubles les avoient fait transférer à Bezicrs. On persista d'une com- mune voix à demander au roi , qu'il n'y eût que la seule religion catholique dans le pais ; quil révoquât son consentement à 1 établis- sement des temples de ceux de la religion prétendue réformée; qu'on chassât les minis- tres ; qu'on défendit 1 exercice de la nouvelle religion, cl qu enfin on rétablit les inquisi- teurs de la foy. Les états offrirent au roi pour l'exécution de ces choses, leurs biens cl leurs personnes. « Et d autant, ajoutent-ils, que les » rebelles de Provence et de Guienne se sont » joints avec les villes de Nismes et deMont- » pellier et autres rebelles du païs, serait bon » d établir une confédération avec les proviu- » ces voisines, comme la Provence, Guienne » et Venaissin , pour la défense commune. »
On approuva les arrêts du parlement de Toulouse du 1.11. et 21. Octobre derniers, touchant les raligiouaires. Ou déclara que tous ceux qui avoient quelque administra- tion politique ne pourraient être de la reli- gion ; et on chargea le syndic de s opposer au rétablissement des conseillers du parlement, et autres officiers de la religion qui setoient absentes depuis les troubles, « cl attendu , » disent-ils, que dans la ville de Montpellier, » qui est rebelle, la plupart des officiers des » aydes et des comptes sont de ladite reli- » gion, on poursuivra l'union des aydes au » parlement de Toulouse ; en sorte que les » officiers catholiques de ladite cour, y soient » seulemeut incorporés, el la translation des » comptes en autre ville du pais; cl on solli- » cilcra aussi la translation des sièges de jus- » lice de Montpellier, Nismes, Castres el au- » 1res villes rebelles, ailleurs, ainsi que des
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36 HISTOIRE
» sièges épiscopaux de Montpellier à Mague- » lonne, de Nismes à Aigues-morles, de Mon- » lauban à Castel-sarrasin , cl de Castres à » Lautrec. » On résolut encore de transférer les assietes des diocèses, dont les capitales ètoient occupées par les rebelles; sçavoir, celle de Castres à Lautrec , celle de S. Pons à Olonsac, celle de Monde, en cas que celte ville soit assiégée, à Langognc, celle de Nis- mes à Beaucairc, et celle de Montpellier à Frontignan. Enfin on déclara , que tous ceux qu'on trouveroit n'avoir pas fait leurs pâ- ques, scroient pris et punis comme héréti- ques, et qu'on employeroit l'argent provenant de la vente des biens des rebelles, au paye- ment de la gendarmerie. Tous ces articles sont compris au nombre de douze dans le cahier des doléances, que les députés de la province présentèrent au roi, qui y répondit favorablement dans son conseil le 30. de Dé- cembre suivant. Ils furent enregistrés au par- lement de Toulouse le 12. d'Avril de Tannée suivante : on peut les voir dans nos preuves 1 dans toute leur étendue , avec la répousc du roi.
On résolut le 15. de Novembre, pour évi- ter la dépense superflue des sceaux, de faire dans la suite, ce qui avoit été fait celle an- née par levéquc de M ire poix député à la cour, qui avoit fait publier et enregistrer par le parlement de Toulouse, sous un seul sceau , l'extrait du cahier des doléances, avec les ré- ponses aux divers articlcsqui etoicnl au profit du pais. Ce prélat remercia les états de la gra- tification de cinq cens écus qu'ils lui offri- rent , outre les frais de son voyage , dont il ne voulut prendre que la moitié. L'assemblée pria le roi de lui permettre d'imposer 18000. livres pour le maréchal de Damvillc , cl 5000. livres pour le vicomlc de Joyeuse, pour les récompenser des services qu ils avoient ren- dus au pais ; et elle leur offrit ces sommes, afin de leur faire voir leur bonne volonté, quoiqu'il ne fût permis d imposer que dix mille livres pour les frais des états. On en- voya en diligence le sieur d'Arènes commis du comte dAlais, au roi, pour lui faire en- tendre le désir que le païs avoit de le secou-
» Preuve».
GÉNÉRALE [1567]
rir, sans épargner ni corps ni biens ; et on députa le vicaire de l'évoque tf Agdc avec un syndic, pour poursuivre à la cour la réponse au cahier des doléances. On excusa les ab&ens à cause des troubles. Le 17. de Novembre, jour de l'octroi , les états finirent , après avoir accordé au roi la somme ordinaire de 3%300'J. livres, tant pour l'ayde, la taille, la crue cl l'octroi , que pour les places frontières cl le canal d'Aiguës- mortes, sans le taillon. Il pa- raît par une déclaration 1 du roi du 5. de Janvier suivant, que le sénéchal de Carcas- sonne prétendit présider à cette assemblée, à l'exclusion des évéques, sous prétexte de l edit de Cremieux de l'an 1536. et de l'or- donnance de Moulins. Le roi , par cette dé- claration, adjugea la présidence an clergé dans toutes les assemblées des états de la province.
XXXIII.
Les châteaux de Nisraei et de Montpellier tonl obligé» de •« readre aux religiooaires.
Cependant les religionaires conlinuoient 2 les sièges des châteaux de Nismes et de Mont- pellier. Le sieur de Cipieres frère du comte de Tende, gouverneur de Provence, étant accouru de Provence au secours des religio- naires de Nismes, à la tète de cinq à six cor- nettes ou compagnies de cavalerie, et de vingt-huit enseignes d'infanterie , qui fai- soient cinq mille hommes, les catholiques, qui défendoient le château de Nismes, furent obligés de se rendre le 10. de Novembre, après s'être défendus avec beaucoup de va- leur pendant six semaines. Le gouverneur, nommé la Garde, étoit résolu de se défendre jusqu'à la dernière extrémité , quoiqu'il n'eût que cinquante soldats: mais voyant qu'il man- quoil de vivres et qu'il n'avoit aucun secours à attendre, il capitula. Le cardinal Slrozzi et le comte de Tende avoient rassemblé à la vérité cinq cens chevaux et deux mille ar- quebusiers, pour marcher au secours du châ- teau de Nismes, et ils s etoicnl avancés jus- qu'au voisinage de celte ville : mais voyant
• Preuves.
» Anonyme de Montpell.- Peyrussi». - Hl*t. des év. de Mimes , p. 393. cl »eq.
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[I3C7,
DE LANGUEDOC. UV. XXXIX.
37
que les religioaaires étoient très-bien retran- chés au dedans et au dehors, ils n'osèrent les attaquer, et prirent le parti de se retirer le lundi 27. d Octobre. Suivant les articles de la capitulation , le gouverneur et ses soldats sortirent du château avec leurs armes ; et il fut permis aux catholiques de se retirer où ils voudraient , sans qu'il leur fût fait aucun Les religionaires de Nismes étant par-là
des biens ecclésiastiques , imposèrent des sub- sides pour 1 entretien de leurs troupes, et se gouvernèrent en république. Ils érigèrent un conseil composé de Guillaume Calviére, au- paravant président du présidial, de douze autres officiers de justice , de huit capitai- nes, dont les principaux étoient Jacques de Crussol seigneur d'Acier, commandant dans le pals , Galiot de Crussol seigneur de Beau- diné, son frère, et Pierre de Savoye seigneur de Cipicre, et de huit avocats.
Cipierc , après avoir passé quelques jours à Nismes, se rendit à Montpellier, où il ar- riva 1 le 16. de Novembre, accompagné de trois cens chevaux , ayant laissé le reste de ses troupes aux environs de Nismes. Le len- demain de son arrivée, le gouverneur du fort S. Pierre, voyant qu'il n'y avoil aucune espérance de secours, et qu'il ne lui restoit plus ni vivres ni munitions , demanda à capituler. Acier , qui commandoit au siège , lui accorda les articles suivans. i*. Les capitaines et les troupes de la garnison , au nombre dènviron cent soixante hommes , sortiront avec leurs armes, après avoir abandonné le fort, cl la rue des Carmes qui éloil en leur pouvoir. 2\ Les catholiques qui se sont réfugiés dans le fort, au nombre d'environ quatre cens, avec leurs femmes et leurs enfans , se ren- dront à discrétion. 3°. L'artillerie , les armes, les meubles et les effets qui se trouveront dans le fort , demeureront aussi à la discré- tion du sieur d'Acier. Ces articles furent exé- cutés le 18. de Novembre , à une heure après midi. Ainsi le fort saint Pierre, après avoir soutenu un siège de quarante-huit jours , tomba enfin au pouvoir des religionaires, qui J perdirent environ deux cens des leurs ,
1 Aiionym de Monipdl.
dont le principal fut le seigneur de S. Au- ban , sans compter les blessés. Us partagèrent entr'eux les catholiques qui s étoient réfugiés dans le fort , pour en tirer rançon. Ils arrê- tèrent prisonniers les autres catholiques de la ville , qui furent trouvés portant les ar- mes ; et enfin ils renvoyèrent les autres chez eux. La plupart des effets qui se trouvèrent dans le fort , entr autres , la vaisselle d'ar- gent et les meubles que le vicomte de Joyeuse y avoil mis, furent pillés pour la plus grande partie. Acier partagea le reste à ses troupes.
Dès que les religionaires furent maîtres du fort S. Pierre , qui étoit l'ancien monas- tère de S. Germain , construil par le pape Urbain V. en forme de forteresse , ils pillè- rent l'église , et travaillèrent de toutes leurs forces à la détruire ; à quoi ils employèrent trois jours ; en sorte qu'au rapport d'un au- teur ' religionaire cl contemporain , « ils ne » laissèrent ni tuiles ni bois , fer , plomb , ni » vitres tenant aux murailles de la grosseur » d'un doigt , ains tout arraché de place ; » furent les grandes et fortes grottes cl voù- » tes délaissées découvertes, cl les parois ou » murailles nues, ouvertes ez portes etfenes- » 1res, comme ez vieilles ruines et masu- » res, pour faire logis et retraites aux bétes «sauvages, corneilles et chal-huans; et ne » fût la force de la maçonnerie et gros com- » ble , et monceau d icelle, ce fut on prins à » la ruine et démolition totale de l'édifice; » chose de grand longueur, travail cl dé- » pense, jaçoit commença l'on de faire, » mettant bas uuc des grosses tours et clo- » chers , qu'entira avec soi u..c grande partie » du fonds de l'église et du fort , deux uiu- » railles du milieu tenant au cloislic : lelle- » mcnl que ce tant bel et somptueux édifice, w si point y en avoil de tel en France , ou- » vrage du pape Urbain V. séant à Avignon, » lieu d oraison , où tant de grands personna- » ges avoient vécu en toute vertu et liltera- » turc , en trois jours périt el souffrit cette » extermination , deux cens trois ans un mois » et demi , après son premier fondement *. u
• Anon. de Montpell. ibid.
• /'. Addition! et Nolci du Litre xxxix , n" 18.
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38 HISTOIRE
Le parlement de Toulouse, ayant fait informer de tous ces excès , donna 1 un arrêt au mois de Mars de lan 1569. par lequel il condamna à mort , par contumace, Gui d Ai- rebaudouscd'Anduse président aux généraux. Jean Pibel seigneur de Carescauses , maître de comptes , Michel de S. Ravi , Antonin de Trcroolet seigneur de Montpezat , généraux , Fulcrand Vignoles et Jean de Passet , conseil- lers au siège prèsidial, la Roche vigoier «l'Usez , Jacques de Crussol seigneur d'Acier , et son secrétaire Jean Amalri dit Sanglar , soi disant capitaine, François Maurin, dit Eustachc , aussi capitaine, la Valette , fils du seigneur de Montpezat , Louis Bucclli sei- gneur de la Mausson , le seigneur de S. Mar- tin de Cornon- Ferrai!, Jean la Place , Claude Fermi, Michel Magny et Antoine Pelissier, ministre, et plusieurs autres habitans de Montpellier, convaincus de crimes de lezc- majesté , levée d armes contre le roi , invasion delà ville, meurtres, massacres, pilleries, sacrilèges, démolition d'églises et de maisons, saccagemens commis en la ville de Mont- pellier, etc.
XXXIV.
Les catholique» prennent le Pont saint Esprit et l'abandonnent.
Le lendemain de la prise du fort S. Pierre, on apprit à Montpellier que le comte de Suzc commandant en Provence, avoit assiégé le Pont S. Esprit sur les religionaires. Ce comte, qui avoit 2 avec lui Scipion Vimercat, avec sa compagnie de cavalerie, les capitaines Crillon , la Bartelesse et S. Jeurs, avec leurs compagnies d infanterie , de la garnison d'A- vignon , et six pièces d'artillerie, se rendit d'abord le dimanche 16. de Novembre au Pont de Sorgues, où il se joignit aux autres troupes du Comlat. Il attaqua ensuite le Pout S. Esprit , dont il emporta d'emblée la pre- mière et la seconde tour , nonobstant la vi- goureuse défense des Huguenots de Langue- doc et de Provence, qui s'y étoient renfermés; et il se rendit enfin entièrement maître du pont le 19. de ce mois. Les religionaires ne
• Arch. du dorn. de Monlpcllicr. ? l'fjrussis.
GÉNÉRALE [1567]
pouvant plus alors passer le Rhône, ne pû« rent secourir Sisleron assiégé par le comte de Tende. Le comte de Suze mit trois cens arquebusiers au Pont S. Esprit : mais les religionaires de Languedoc ayant passé le Rhône à Viviers au mois de Décembre , le comte de Suze, craignant d'être bloqué, abandonna le fort du Pont S. Esprit , après y avoir mis le feu. Acier et Cipiere comman- doient les troupes religionaires , qui allèrent au Pont S. Esprit. Le premier, qui avoit laissé le seigneur d'Aubays , pour comman- der à Montpellier pendant son absence , avec un corps, étant retourné dans cette ville 1 , y ordonna le 11. de Décembre des réjouis- sances publiques , pour le succès de la bataille de S. Denis, dans laquelle le connétable de. Montmorenci reçut une blessure , dont il mourut peu de jours après. Ce jour-là même la populace Huguenote de Montpellier rasa lèglise de S. Firmin et le monastère de sainte Catherine, situé à la porte de la Rianqueric.
XXXV.
Les vicomtes, à la litedes religionaires de Languedoc, marchent au secours du prince de Coodé.
Au commencement de ces seconds trou- bles , le prince de Condé avoit envoyé 2 faire des levées dans toutes les provinces, et leur avoit ordonné de le joindre incessament. Celles du haut-Languedoc , du Querci et do la Guiennc , au nombre de cinq cens chevaux et quatre mille fantassins, s assemblèrent aux environs de Castres et de Montauban , sous les ordres de Bernard-Roger de Comminges vi- comte de Bruniquel, Bertrand de Rabastcns vi- comte de Paulin, Antoine vicomtedeMontclar, et du vicomte de Caumont. Ces troupes s'étant accrues jusqu'à sept mille hommes, se mirent en marche vers le Querci le dimanche 18. d'Octobre , et attaquèrent en passant la tour ou le château de Fronton entre Toulouse et Montauban. Comme les vicomtes n'avoient pas de canon , ils sapperent les murs, aidés par les païsans des environs, forcèrent la
• A non. de Montpclt.
•* Caches. - Anonym. de Moolpell. La Popclinicre liv. 13. - Tbuan. I 42.
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[1568]
place, et firent main-basse sur tous ceux qui s'y trouvèrent. Us continuèrent leur route par le fiouergue et les Ce vernies, et allèrent joindre vers A lais et Anduse, les troupes que le vicomte d Arjwjou avoit levées en Rouer- gue , et une partie des Provençaux et des Dauphinois, commandés par Mouvans et Kapio. Les autres éloient restés en Provcuce et en Dauphiné , sous les ordres de Cipiere , qui en avoit besoin pour tenir tôle à Gordes et à Maugiron qui y commandoient pour le roi, et qui avoienl assiégé S. Marcellin. Toutes les troupes religionaircs étant rassem- blées aux environs d A lais, composèrent une armée de mille à douze cens chevaux et de ( inqà six mille hommes de pied , sans comp- ter celles d'Acier , qui , ayant joint , prit le commandement de I armée.
Ce seigneur se rail aussi-tôt en marche pour aller au secours de S. Marcellin en Uauphiué, et s avança vers le Khône, qu il avoit dessein de passer au Pont saint Esprit : mais les Aviguonois prévoyaul son dessein, se saisirent de la tour du pont , et s'opposc- reot à son passage. Acier ayant fait venir du . canon pour le forcer , ils se retirèrent enfin sur deux frégates qu ils avoicnt sur le Khône, après avoir tenté inutilement de rompre une des arcades du pont, dont ils ne purent ab- haltre que les défenses et le parapet. Une partie de 1 armée d Acier prit en passant, par escalade, S. Marcel dArdeche en Viva- rais, où il y eut deux cens catholiques de nia>sicrés. Acier ayant traversé le Rhône, Gordes et Maugiron levèrent le siège de S. luarceiJin : il revint bientôt après avec une partie de ses troupes, en Languedoc, où sa présence éloit nécessaire. Les vicomtes, Mou- vans et Rapin , résolurent de leur côté de repasser le Rhône dans le Vivarais, cl d aller au secours du prince de Conde. Us furent harcelés 1 dans leur ma relie par le comte de Tende gouverneur de Provence , qui avoit été joint par les troupes catholiques de Joyeuse et de Gordes, et qui les suivoit de prés. Les deux armées étoienl campées à la vue l une de lautre , et elles cherchoient
1 Montagne , bifrt. manu», de l'Europ. liv. 0. ch. 25. - àoonjm. de Mootpell. ibid.
DE LANGUEDOC. LIV. XXXIX. 39
réciproquement à se surprendre, lorsque Mouvans, qui éloit à la lélc des religionaircs du bas-Languedoc , du Dauphiné et de la Provence, le vicomte de Bruuiquel comman- dant de la cavalerie , et le vicomte de Mont- dur commandant de l'infanterie du haut-
Languedoc, les vicomles de Paulin cl de Caumonl, qui, avec Savignac frère du sei- gneur de Terride , et quelques autres , con- duisoicnl les Gascons, entreprirent de passer le Rhône visa-vis du Poussin. Ils y réussi- rent enfin malgré l'opposition des catholiques, par le moyen dun fort, qu ils firent con- struire à Lauriol sur les bords du fleuve , d'où les catholiques, qui laltaquercnl plu- sieurs fois, furent toujours repousses avec perle. Les vicomtes , après leur passage , prirent la route de saint Agreve en Viva- rais, où une partie de leurs troupes fut entièrement défaite par les communes du haul-Vivarais qui s ctoient rassemblées : une autre partie se débanda ; en sorte qu'il ne leur resta plus qu'environ quatre mille hommes, avec lesquels ils passèrent la Loire au pont S. Lambert; d'où, après avoir traversé le Forez , ils se rendirent a Gannal sur les frontières de l'Auvergne , et passèrent l'Allier au pont de Vlchi , le i. de Janvier de lan 1568. Le mardi suivant 1 , jour des Rois, S. Hcrem grand-prieur et gouverneur d'Auver- gne , S. Chaumont , le baron de l'Aslic , Gordes, dUrfé, levêquc du Pui , Haulc- feuillc , Bressieu , et quelques autres sei- gneurs , ayant rassemblé un corps de trou- pes , formèrent une armée supérieure en cavalerie a celle des religionaircs, et mar- chèrent à la rencontre de ces derniers , pour leur couper le passage entre Gannal et le village de Cognac. Les vicomtes ne pouvant éviter le combat, raugerent leurs troupes en bataille , et mirent Claude de Lévis seigneur d'Audon , avec le capitaine la Boissiere, à lavant-garde. La bataille fut composée de huit enseignes du régiment de Monlclar, et des onze de celui de Mouvans: ils mirent à l avant-garde les régimens de Foix et de Ra- pin. Quant à la cavalerie , on posta sur l'aile gauche les gens-dannes du vicomte de Bru-
i La Popcl. ibid. - (iach. et Moniagne , ibid.
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HISTOIRE GÉNÉRALE
nique! , de Savignac et de Montamat. Le haron de Paulin , suivi de son guidon et secondé par le vicomte son frère et Ponce- nal , attaqua la cavalerie de Brcssieu , qui fut tué au premier choc , et sa troupe fut mise en déroute. Le vicomte de Bruniquel attaqua en même tems et défit la troupe de S. Gérons et de Hautcfcuillc ; et ce dernier ayant été tué, toute l'armée catholique prit la fuite. Mouvans fut détaché pour poursui- vre les fuyards : mais il fut tué par les siens. Les vicomtes , après avoir passé la nuit sur le champ de bataille, marchèrent vers Or- léans investi par les catholiques, quils obli- gèrent à décamper. Ils prirent ensuite Beau- genci , passèrent à Blois , et joignirent en- fin le prince de Condé occupé au siège de Chartres.
XXXVI.
Joyeuse fait la guerre aux religionairei le long du Rhooe.
Cependant les catholiques du Languedoc reprirent 1 la tour Carboniere auprès d'Ai- gucs-morlcs, par I intelligence qu'ils a voient pratiquée avec le gouverneur , à qui les reli- gionaires firent couper la tetc à Montpellier. Les catholiques prirent aussi par surprise au commencement de lan 1568. les lieux de Poussa n et de Balaruc au diosèse de Mont- pellier , qu'ils mirent au pillage , tandis que d'Acier lenoil à Montpellier l'assemblée , ou comme il plaît aux religionaires de lappel- ler, les étals, de la partie de la province qui leur étoit soumise.
Au milieu de ces troubles, le parlement de Toulouse et le vicomte de Joyeuse donnoient aux affaires le meilleur ordre qu'il leur étoit possible; et ils agissoient de concert , comme il parolt par une lettre 2 que ce seigneur écrivit de Beziersau parlement le 16. de Jan- vier. D'un autre côté le roi approuva les di- vers arrêts que le parlement donna contre les rebelles, cl lui ordonna de n'avoir aucun égard aux lettres royaux qu'ils avoient sur- prises , conformément à la réponse qu'il avoit faite aux articles de doléances, qui lui avoient été présentés par les députés de la
• Auonym. de Montpellier. ? preuves.
[1568]
le parlement continua de
province :
tenir en prison les religionaires donl il s'eloit assuré, nonobstant les ordres qu'ils avoient obtenus du roi pour leur élargissement.
Joyeuse marcha 1 quelque tems après au secours des comtes de Tende et de Suze, qui avoient assiégé le Pont S. Esprit. Les deux derniers étant partis d'Avignon le mardi 17. de Février pour aller en Dauphiné contre les Huguenots, apprirent que d'Acier étoit arrivé au Pont S. Esprit dans le dessein d'y passer le Rhône avec son armée. Ils marchèrent aussi-tôt vers celte ville, et commencèrent à battre la tour du ponl du côlé du Dau- phiné, le vendredi 20. de Février, ce quils continuèrent les deux jours suivans ; et après que les deux tours du ponl eurent essuyé cent vingt volées de canon , elles fu- rent obligées de se rendre. Ils y mirent en garnison trois cens arquebusiers, qui s'op- posèrent au passage des religionaires , maî- tres de la ville. Ils rassiégerent , en attendant la jonction du vicomte de Joyeuse, qui s'avanroit avec deux mille hommes de pied , cinq à six cens chevaux el quatre pièces d artillerie. 11 prit sa roule le long de la côte; cl étant arrivé aux bords du Rhône , il se rendit maître du château de la Molle sur ce fleuve , auprès de S. Gilles , où il le passa. Il se rendit ensuite à Arles et à Tarascon, et arriva le mardi 2fc. de Février à Avignon , où il conféra avec les cardinaux d Armagnac et Strozzi. Il y appril que d'Acier , après divers efforts inutiles pour reprendre la tour du Pont S. Esprit , avoit été passer le Rhône à Viviers; qu'il avoit été joint à Donzcre par Cipiere, qui lui avoit amené des troupes re- ligionaires de Provence , au nombre de qua- tre cens chevaux el de douze à quinze cens fantassins , cl .qu'il s'avancoit vers Picrrelate. Joyeuse partit le 27. avec sa cavalerie , el alla joindre le comte de Tende à Bolene. Son régiment d'infanterie composé de quatorze compagnies, le joignit deux jours après. Acier s'avança de son côlé vers le Pont S. Esprit avec son armée , résolut d'attaquer le comle de Tende et Joyeuse, qui sétoienl re-
■ Peyrusus. - Montagne, hist. de l'Europ. I 0. ch. 27. - Anonyme de Montpellier.
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[1568;
tronches au boni du Ponl S. Esprit. Il ran- I gea ses troupes entre le village de la Palu et le ponl ; et on escarmoucha de part et d au- tre pendant toute la journée , jusqu'à la nuit. Les calholiques-se voyant entre le feu de la ville du S. Esprit et celui du camp d'Acier , prirent le lendemain le parti de décamper el d'abandonner la tour du pont. En se reti- rant , ils tentèrent d'abbattre une arche de ce pont : maïs, par le plus grand bonheur du monde, leur entreprise ne put réussir.
Le gros de l'armée catholique, qui étoit campé à Dolene , Mondragon et Tulaincs , doit composé de cinquaute-huil compagnies (finfaoterie et de seize de gendarmerie. Elle èloit partagée en quatre corps ; sçavoir, du Comlat, de Provence, de Languedoc et de Dauphiné. (.es troupes du Comlat , comman- dées par le comte de Suze, consistoient en (rois compagnies de cavalerie, dont une étoit dargoulcts , et en douze d'infanterie. Le comte de Tende étoit à la tôle du corps des Provençaux , composé de sa compagnie d'hommes d'armes, d'une dargoulcts , el de dix-sept compagnies d infanterie. Le v icomtc de Joyeuse commandoit les troupes de Lan- guedoc , qui consistoient en neuf compagnies de cavalerie et en dix -sept d infanterie. Les compagnies de cavalerie éloient les trois compagnies d hommes d'armes de Joyeuse, de Darovillc et de Scipion Vimcrcat , de cin- quante hommes chacune : les six autres vtoienl dargoulcts, portant la plùpart des Uoces. Enfin les Dauphinois , commandés par Glandages el la Brosse , consistent en douze compagnies d'infanterie. Ces troupes , après avoir* abandonné le Pont saint Esprit , assiégèrent Mornas dans le Comlat , qui fut emporté d assaut le lundi premier de Mars. Jo)cuse repassa ensuite le Rhône à Avignon le dimanche 7. de Mars, el remit Laudun , Orsan el Tresques sous l'obéissance du roi. Il fui suivi par les comtes de Suze el de Tende, qui passèrent le fleuve le 10. sur le même ponl d'Avignon ; el toute l'armée catholique sélant jointe, elle s'avança le lk. dans le dessein d assiéger Bagnols "el le Pont S. Es- prit. Elle rencontra bicn-lôl après celle des tuoemis , qui itoient vêtus de chemise* , cam- pwcnlre Roquemaurc et Bagnols. En effet,
M
I Acier , après avoir repris la tour du Ponl S. Esprit , s étoit rendu en diligence à Bagnols avec toutes ses troupes , prévoyant que les catholiques pourraient entreprendre le siège de cette ville. Cipicrc et Monlbrun l avoient suivi ; et ils composoienl ensemble une ar- mée de douze à quinze cens chevaux et de soixante-dix enseignes de pied.
XXXVII.
Combat de Moutfriu.
Les deux armées furent occupées pendant quelques jours à se dresser des embûches , à la faveur du bois voisin de Roquemaure , qui les séparait ; et elles furent un jour sur le point d en venir à une action : mais tout se réduisit à quelques escarmouches, et le vicomte de Joyeuse étita le combat, qui pouvoil élrc périlleux pour les catholiques. Ce gênerai ayant reçu à Roquemaure l'artil- lerie qu'il allendoit d'Avignon, et qui con- sisloil en huit pièces , il se mit en marche la nuit du 23. de Mars, pour aller assiéger Aramon sur le Rhône. 11 dressa une batterie dans l'isle de Posquieres ; et après avoir fait une brèche considérable , il fil donner l'as- saut par baltcaux et à découvert. L'attaque fut vive : mais les assiégés la soutinrent avec une égale valeur ; et il y eut trois cens catho- liques de tués. Les assiégés capitulèrent tou- tefois le 24. de Mars au soir , et Joyeuse en- tra dans la place le lendemain. M retint la garnison pendant tout le jour , parce qu'il apprit que d'Acier, qui ignorait la reddition de la place , venoil à grands pas au secours, avec trois cens chevaux et quatorze ensei- gnes d'élite, cl qu'il éloit déjà arrivé à Rc- moultns. Les généraux catholiques allèrent au-devant de lui , le rencontrèrent dans la plaine de Monlfrin , l'attaquèrent aussi-tôt , et mirent sa cavalerie en fuite, après lui avoir tué quarante hommes. L'infanterie rc- ligionairc fut ensuite taillée en pièces , el obligée , après avoir perdu huit cens hommes sur le champ de bataille , de se jetter dans Thesiers el Reraoulins. La cavalerie Hugue- note se retira à Montfrin , situé sur les bords du Rhône : la catholique ne put la poursui- vre , parce qu'elle a voit été vingt-quatre
DE LANGl'EDOC LIV. XXXIX.
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42 HISTOIRE GÉNÉRALE
heures sans manger. Après celle expédition , les généraux catholiques laissèrent garnison dans Ara mon , et revinrent à Avignon , d'où le vicomte de Joyeuse partit le 13. d'Avril pour retourner en Languedoc.
XXXV1I1.
Le» catholiques et les religionaires continuent la guerre- dans la provii
Tandis que ces choses se passoienl aux en- virons du Khône, le baron de Ganges assié- gea et prit d'emblée sur les religionaires la ville de Sumenc dans les Cevcnnes : mais ils la reprirent bientôt après, et le baron y fut tué avec près de deux cens catholiques. D'un autre côté les religionaires de Puilaurens prirent ' d assaut le 23. de Février, le vil- lage de S. Julien , situé dans le voisinage ; et ils l'abandonnèrent au mois de Mars , n'étant pas assez forts pour le garder contre l'armée qui s'avançoit vers eux. En effet la ville de Toulouse avoil fait lever cinq à six mille hommes , qui marchèrent sous les ordres de Louis d'Amboise comte d'Aubijoux , cl de François de Voisins baron d'Ambres. Les Toulousains furent joints par divers corps de troupes catholiques levées à Carcassonne , Narbonnc, Castelnaudarri , Albi , Lavaur, el autres villes du haut-Languedoc. Cette ar- mée s étant assemblée dans la plaine de Rc- vel , elle assiégea la petite ville de Souals , située entre Castres el Puilaurens, le 23. de Février ; el après quatre jours de siège , elle se rendit par la trahison du gouverneur. L'ar- mée catholique assiégea ensuite le 7. d'Avril, la ville de Puilaurens , et l'attaqua par deux endroits différens : mais les habitans encou- ragés par Pierre de Vilete leur gouverneur , se défendirent avec tant de valeur, que les catholiques , voyant d ailleurs que les assié- gés avoient reçu du secours de Castres, furent obliges de lever le siège le huitième jour , après avoir perdu deux pièces de leur artillerie et une partie de leurs vivres.
» Faurin et Gâches, tn<?m.
XXXIX.
Etat* a Narbosme. La paix est conclue, et l edit de paci- fication cooûrmé.
Les troubles qui agitoient la province, n'empêchèrent pas le roi de faire assembler 1 à Narbonnc le mardi 10. de Mars , neuf dé- putés de chacune des trois anciennes séné- chaussées de la province. Le seigneur de Ricux gouverneur de Narbonne, principal commissaire du roi à cette assemblée, su- brogé par le vicomte de Joyeuse , demanda de la part de ce prince la somme de 150000. livres pour soutenir la guerre contre les re- belles. L'assemblée, à laquelle le vicaire général de Toulouse présida, ne fut compo- sée que des députés des deux sénéchaussées de Toulouse et de Carcassonne , et on refusa d'y admettre le vieaire de 1 evéque du Pui et le juge ordinaire de Montpellier, qui se pré- sentèrent par ordre du vicomte de Joyeuse , comme députes de la sénéchaussée de Beau- cairc , parce qu ils n'avoient pas de pouvoirs suftisans de celte sénéchaussée. L'assemblée supplia le roi de la tenir quitte de la somme demandée , qu'elle le pria de prendre sur la vente des immeubles des rebelles; s'excusant de laccorder , tant à cause des grandes dé- penses que le païs éloit obligé de faire, pour la défense des villes fidclles, pour la réduction tic celles qui étoient révoltées, et à cause du camp dressé par ces deux sénéchaussées en Lauraguais cl en Albigeois , qu'à cause de la stérilité et de la cherté des vivres. Il fut résolu, en casque les commissaires vou- lussent passer outre à limposition des cenl cinquante mille livres , d'y faire mettre oppo- sition par le syndic au nom du païs , et d'en instruire les députés de la province à la cour. II ne parolt pas que les commissaires ayciit insisté sur ce refus. On apprit d'ailleurs quel- que lems après , que la paix avoil été con- clue à Longjumcau le 23. de Mars , entre le roi et le prince de Condé. Les principales conditions furent, que le roi rentreroit dans la possession des villes dont les religionaires s'étoienl saisis; que les étrangers sortiroienl
• Arch de» et de Langued.
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DE LANGUEDOC UV. XXXIX.
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du royaume; que le roi accorderoit une amnistie générale aux religionaires , et que ledit de pacilicalion du mois de Janvier de l'an 1561. ( 1362. ) seroit exécuté suivant sa forme et teneur, avec la suppression de tontes les modifications qu'on y avoit mises depuis. •
XL.
rt Castres refusent d'accepter 1» paix divers prétextes.
Aussi-tôt que la paix eut été conclue, la reine et le prince de Condé envoyèrent de concert divers commissaires dans les provin- ces pour Taire desarmer les peuples, ttapi», maître d'hôtel du prince de Condé , fut char- ge 1 de cette commission pour Monlauban et le haut-Languedoc. Comme il avoîl été un des principaux de la conjuration de Toulouse en 1562. le parlement de Toulouse lavoit condamné par contumace à perdre la tète. Ce capitaiue étant allé descendre à une mai- son de campagne qui! avoit auprès de Gre- nade sur la Garonne , les consuls de cette Tille, suivis de gens armés, 1 arrêtèrent pri- sonnier; et en ayant donne avis au premier président d Affis , ce magistrat ordonna aux capitouls de 1 aller prendre, et de l'amener à la conciergerie ; ce qui fut exécuté. Le par- lement lui fit aussi-tôt son procès, et lui fit couper la téle trois jours après, ou le 13. d Avril, malgré l'amnistie que le roi lui avoit accordée. Celle exécution irrita extrêmement les rcligionaires , et le prince de Condé en porta des plaintes ameres au roi et à la reine mère, qui écrivirent à ce sujet une lettre fort tive au parlement : mais celte cour ne se re- lâcha en rien de sa sévérité contre les reli- g «ûoaires ; et par un arrêt 2 qu'elle donna le 7. de May, elle ordonna à ceux qui détenoient les places du rot , de les remettre incessam- ment, sous peine de la vie; avec défense aux officiers de la nouvelle religion d'exercer Wars charges, et aux ministres et diacres, de prêcher et de faire aucun exercice. Ce ne fut
' U Faille, annal, de Toul. p 287. et seq. -Thuan. 1 M. et 4t.
qu'après quatre jussions quelle enregistra 1 enfin le 5. de Juin le nouvel édit de pacifica- tion , à condition que les religionaires fugitifs et rebelles ne pourroient jouir du bénéfice de ledit, qu après qu'ils auraient remis entre les mains du roi ou de ses lieulenans, les places qu'ils occupoient, et posé les armes. De plus, le parlement de Toulouse députa 2 au roi , conjointement avec le corps de ville, pour demander que l'exercice de la religion pré- tendue réformée fût interdit dans toute l'éten- due de la sénéchaussée. Les députés eurent une audience favorable du roi, qui déclara , que l'exercice de la nouvelle religion n'au- roit pas lieu dans Toulouse ni dans sa vigue- rie : mais le refus que firent les principales villes Huguenotes, de se remettre sous 1 obéis- sance du roi , empêcha l'exécution de l'édit , et la province se vit bientôt replongée dans les désordres de la guerre civile.
La ville de Monlauban fut une des plus obstinées à refuser de se soumeltre. Les reli- gionaires de cette ville Rassemblèrent 3 au nombre de dix mille au commencement du mois de May, sous prétexte de faire la céne ; et sêtanl mis en campagne, ils saccagèrent tous les environs de Grenade, pour venger la mort de Kapin. Ceux de Castres se servi- rent aussi du prétexte de la mort de ce capi- taine, pour ne pas obéir4 au nouvel édit de pacification , et de ce que Villa , gentilhomme de Carcnssonne, ayant voulu, sous le béné- fice de la paix, habiter dans sa maison, si- tuée dans la cité, au lieu de le lui permettre, on lui avoit fait couper la tôle sans autre forme de procès. C'est pourquoi les consuls de Castres refusèrent de recevoir dans la ville le baron d'Ambres le perc, que le roi avoit nommé gouverneur de la ville et du diocèse de Castres, et deux compagnies catholiques, qui se présentèrent pour y entrer en garnison.
' Preuves.
2 La Faille, ibid.
3 La Faille, ibid. p. 289.
4 liaches.
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XLl.
La paix est publiée à Montpellier el dans plusieurs autres villes du Bat- Languedoc.
Le prince de Condc dépêcha 1 d'un autre côté d'Enlrechaux à d'Acier, avec une com- mission de la cour, pour lui faire part de la paix et faire poser les armes dans le bas-Lan- guedoc. Acier, ayant conduit d'Entrechaux de Nismesà Montpellier le 1. d'Avril, Gt as- sembler le corps de ville pour entendre ce député, qui partit ensuite pour continuer d'exécuter sa commission dans le reste du païs. En attendant d'autres nouvelles de la paix , le peuple de Montpellier acheva de raser el de ruiner toutes les églises de la ville qui avoient été épargnées, au nombre d'une douzaine, la maison épiscopale et celles des chanoines qui y éloicnl contiguès. On ne put détruire cependant que le dedans de la cathé- drale , avec ses voûtes et ses galeries ; la gran- deur et la force des murailles ayant préservé le gros de l'édifice : mais l'on lit tomber l'un des quatre clochers par la sape, et en tom- bant, il écrasa une partie de l'église, et ruina aussi dans le fort S. Pierre beaucoup de voû- tes el de murailles. L'église el le monastère de S. Ruf, qui formoient aussi un ires-bel édifice, furent entièrement ruinés, et on n'y laissa que les quatre murailles : ainsi Mont- pellier demeura sans églises ni clochers. Enfin la paix y fut publiée le dernier d Avril ; el le l.'du May, le sieur de Sarlabous chevalier de l'ordre, et colonel d'un régiment à pied de Languedoc, se présenta pour y entrer avec une partie de son régiment : mais les habi- tans lui en fermèrent les portes; déclarant qu'ils ne le rccevroienl pas dans la ville, à moins d un ordre exprès, cl on dépula à la cour, pour sçavoir les intentions du roi.
Les religionaircs de Montpellier firent 2 ces difficultés, parce que le prince de Condéct leurs autres chefs n'avoicnl consenti au nou- vel édit de pacification, que pour avoir le tems de reprendre de nouvelles forces : ils avoient défendu en effet aux gouverneurs des villes dont ils éloienl les maîtres, de les rc-
> Anonytn. de Monlpell.
3 Anon. ibid. - Montagne, List, de lKur. liv. 10.
HISTOIRE GÉNÉRALE [iS68j
mettre au roi sans leur ordre. Cependaut le roi s ciant expliqué clairement ; el ayanl or- donné au vicomte de Joyeuse de mettre des garnisons dans les villes occupées par les re- ligionaircs, Jean de Nadal sieur de la Croi- selle, lieutenant de la compagnie des gens- d'armes du maréchal de Dam ville, se présenta à Montpellier où il fut cnGn reçu au mois de Juin , avec deux compagnies de gens de pied; et les priucipaux habitans, au grand mécon- tentement de* autres, le reconnurent pour gouverneur de la ville. Les villes de Nismes, Sommieres, Lunel et autres, jusqu'au S. Es- prit , reçurent aussi les garnisons que le vi- comte de Joyeuse leur envoya. Les habitans de la première lui députèrent 1 le 9. de May, pour lui faire leurs soumissions, lui repré- senter que la garnison d'Aniane, depuis ledit de pacification , avoil massacre le ministre du lieu, sa femme et ses enfans, el que celle du S. Esprit avoil chassé les religionaircs , el pour lui demander la réparation de ces in- fractions. \jg vicomte donua 2 le gouverne- ment du Pont S. Esprit au sieur de Laval de S. Marcel d'Ardeche. La ville de Viviers, s'é- tanl rendue le 17. de May, on y prit le sieur de S. Auban, qui avoil refusé de rendre la place depuis la paix, el on le conduisit pri- sonnier à S. André d Avignon. Le parlement de Toulouse , après avoir confisqué ses biens, et l'avoir condamné à soixante mille livres d'amende, pour réparer 1 église de Viviers, qu'il avoit pillée plusieurs fois, lui fil couper la tète quelque tems après. Luncl-vieil ayanl aussi refusé de se rendre , le capitaine la Garde fil habiller ses soldats du régiment de Languedoc en moissoncurs , cl le prit par surprise.
XL1I.
Joyeuse fait prêter serment de Cdélilê au roi par les
religionaircs de Montpellier.
La défiance ' entre les chefs des Huguenots el la cour, augmentant de plus en plus, les premiers refusèrent de remettre au roi plu- sieurs de leurs villes, cntr'aulres, celles de
i Ilôt, de ville de Nism. i Peyrussis.
3 Anonyni. et Montagne, ibid.
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DE LANGUEDOC. L!V. XXXIX.
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Monladban et de Castres. Ceux de Montpellier ayant introduit dans la leur plusieurs étran- gers, et sur-tout des Cevennes, la Croiselte songea à prendre ses sûretés. Il se retira au palais avec ses deux compagnies, et Gt ap- procher secrètement deux autres compagnies «ta régiment de Sarlabous, et une partie de la compagnie des gens-d'armes de Dam vil le , qu'il tenta d introduire dans Montpellier le 27. de Juillet. Les habitans ayant pris l'ai- larme, lAcberent*de le dissuader de Taire en- trer ces troupes, et lui communiquèrent les soupçons qu'ils avoient, qu'il ne voulût exer- cer sur eux les mêmes violences qu'on avoit exercées sur ceux du S. Esprit, quoiquils n'eussent fait aucune résistance, comme il paroissoit par les informations qui avoient été envoyées à la cour. La Croiselte Gt son possible pour adoucir les esprits : mais comme il persistait néantmoins dans son dessein , les religionaires coururent incontinent aux ar- mes, se barricadèrent, tendirent les chaînes des rues ; et s 'étant assemblés au nombre de plus de deux mille, ils se postèrent aux ave- nues des portes, pour empêcher les troupes 1 catholiques d'entrer dans la ville. Les princi- paux ba bilans s entremirent néantmoins pour pacifier les choses; et étant secondés par le ministre la Plasse , ils engagèrent enûn ceux qui avoient pris les armes à les poser. Oi
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sortir de la ville tous les étrangers au nombre de plus de deux mille cinq cens, tandis que les troupes du roi entroient par une autre porte ;
la paix fut ainsi rétablie. Parmi ceux qui sortirent de Montpellier, il y en avoit plu- sieurs de la ville, entr'aulrcs, cinq consuls oi deux ministres, qui , craignant d'être mal- traités, se retirèrent dans les Cevennes, où plusieurs de Nismes et des villes voisines, furent les joindre *.
Le 30. de Juillet, le vicomte de Joyeuse arriva à Montpellier avec de nouvelles trou- pes, suivi des principaux catholiques, qui avoient différé de s'y rendre depuis l'édit de pKiûcalion. Le lendemain il remit en charge les consuls catholiques de l'année précédente , d il leur donna douze adjoints catholiques Pour le gouvernement de la ville, Toul pa-
' T. Additions cl Notes da Livre xxxtx , n» 19.
roissoit tranquille à Montpellier, lorsque la nuit du 4. d'Août quelques catholiques in- discrets mirent le feu à la porte du temple des religionaires, situé à la cour du baile, et rompirent la chaire et les bancs, ils se met- toieot en état de détruire le temple, lorsque le